CXI.V
il n’a développé qu’une seule question , mais vaste et féconde. La manière nouvelle dont il envisage la nature devait porter son attention plus particulièrement sur les arts qui ont avec elle le rapport le plus intime.
Les arts du dessin tiennent, à la fois, à la nature physique d’ou ils tirent leurs formes et au monde de l’ame , puisque dans ces images c’est la vie et l’esprit qu’ils ont pour but de représenter. De là, deux théories également exclusives et fausses. Les uns ne voient dans les arts du dessin que la reproduction fidèle des formes réelles delà nature sans l’espritqui lesanimect les vivifie. Les au très, s’attachant à l’idée comme à l’élément essentiel, accordent à l’expression une importance absolue, au point de négliger la forme, celle-ci n’est plus qu’uneenveloppe, un vêtement, un pur accessoire. D’un côté, on recommande et on pratique à la lettre le précepte de l’imitatton de la nature , de l’autre on préconise l’idéal. Mais , outre que le principe de l’imitation de la nature est vague et susceptible d’interprétations très diverses, il s’agit toujours d’une nature morte, inanimée. Aussi l’art ne crée-t-il que des masques, des copies vides de formes, vides ellesmêmes. D’un autre côté, qu’est-ce que l’idéal séparé de la forme qui lui donne un corps et de la réalité? Une ombre pâle, une froide allégorie. Là ce sont des corps sans ame , ici des âmes sans corps.
Ces deux systèmes ont régné tour-à-tour, ou à la fois, à toutes les époques de l’art, ils ont égaré le talent
et faussé le coup d’œil de la critique. NVinctelmann, dont Schelling fait ici un magnifique éloge , sentit le premier leur insuffisance; il eut la pensée de considérer l’art d’après le procédé et les lois que suit la nature dans ses œuvres; et il jeta ainsi les fondements d’une véritable histoire de l’art. Néanmoins malgré son sens inné du beau, qui lui a fait retrouver la beauté antique , il conçoit encore les deux termes comme séparés. Au moins n’a-t-il pas saisi clairement le lien qui les unit. Quant à ses successeurs, il n’ont pas compris la pensée de ce grand homme; ils sont retombés du principe grossier de l’imitation de la nature dans celui de l’imitation non moins servile des ouvrages de l’antiquité.
L’art véritable est celui qui se place entre les deux extrêmes; qui, au lieu d’isoler les deux termes, la forme et l’idée, sait les réunir par un lien vivant, comme le fait la nature elle-même dans ses œuvres. Chez les êtres de la nature, la matière n’est pas séparée de la vie, ni la vie séparée de la matière; la vie anime toute les parties de l’organisme, les remplit et les pénètre; elle est répandue dans tous les membres. Ainsi doit il en être dans les œuvres de l’art.
L’imitation de la nature est une maxime vraie, mais non telle qu’elle est vulgairement comprise, quand on regarde la nature comme un ensemble d’existences corporelles privées de vie , ou comme un simple mécanisme mû par des ressorts , des agents et des forces capables de lui imprimer le mouvement.
DU TRADUCTEUR