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la vie, à ce milieu vivant, dont il a été parlé plus haut ; c’est de retourner à son origine et de remonter successivement les dégrés de son développement. Autrement, il s’arrête immobile au terme de sa course, ou il s’égare à poursuivre une fausse originalité et tombe dans la manière et le mauvais goût. En vain dira-l-on que le beau existe, puisqu’il a été réalisé par les grands maîtres, qu’il n’y a rien de mieux à faire que d’imiter leurs chefs-d’œuvre. L’art est essentiellement créateur; se résignera un pareil rôle, pour lui, c’est abdiquer. Où en seraient les grands maîtres eux-mêmes, s’ils avaient ainsi compris l’imitation des anciens ? A la place de leurs merveilles nous n’aurions quedes copies. Il faut renouveler l’art sur leurs traces, avec originalité. C’est le seul moyen de leur ressembler. Encore moins doit-on revenir aux mauvais commencements de l’art et reproduire ses premières ébauches , autre imitation qui ne fait qu’ajouter à l’impuissance et à la stérilité une affectation de simplicité. Mais il est nécessaire de se retremper à la véritable source de l’art dans ce milieu vivant , où l’artiste, en participation, à la fois, avec la nature et avec le inonde de l’esprit, cherche à saisir le lien qui les unit, à combiner la forme et l’idée, à les fondre ensemble par un procédé semblable à celui de la nature dans ses créations. 11 doit débuter par un caractéristique vrai qui , à la détermination et à la précision des formes, joigne le talent de saisir vivement l’esprit qui anime les objets , chercher à acquérir ainsi de la
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force , de l’énergie , du naturel , à se préserver du vague , de la mollesse et de la mignardise. Il apprend, parla, à respecter librement les limites de la nature, à donner de la vie et de la vérité à ses tableaux , du calme et de la simplicité à ses figures. Se former longtemps à ce rude exercice, au lieu de vouloir atteindre, du premier coup, à la grâce , à la beauté parfaite et à l’expression de l’ame, tel est le principe qui doit présider à l’éducation des artistes.
Pour ce qui est de l’avenir de l’art, il ne dépend pas des efforts des individus ; il ne peut naître que d’un enthousiasme général et de circonstances qui tiennent à la vie publique, à l’état de la société. L’art est une plante délicate qui ne peut croître et fleurir que dans une atmosphère favorable ; il n’y a qu’un changement antérieur dans les idées qui soit capable de le relever de son épuisement. Schelling , qui voit partout des symptômes d’un renouvellement universel, devait annoncer une nouvelle ère de l’art. «Un second Raphaël, dit-il, n’apparaîtra pas, mais un autre qui, d’une manière originale, atteindra au sommet de l’art. » H pense que le point de vue nouveau qui domine aujourd’hui dans les sciences naturelles , de même que le mouvement correspondant imprimé à l’histoire ne peuvent manquer d’exercer sur l’art une salutaire et féconde influence. L’étude de la nature, comme partout vivante et animée, le sens historique qui caractérise notre siècle et qui , de son côté, s’attache à comprendre la vie , l’esprit des sociétés , et à faire leur vt-
PU TRADUCTEUR
Cl.U
vant tableau , ne peuvent manquer de se communiquer à l’art et de lui faire prendre un nouvel essor. Il termine par des vœux et des espérances qui s’adressent spécialement à sa pairie, et qui, on ne peut le nier, sc sont depuis, au moins en partie, réalisés.
§ III. Dante sous le rapport philosophique.
Schelling conçoit le rapport de la poésie et de la philosophie comme offrant leur synthèse ou leur réunion au terme le plus élevé de leur développement. Or, aucun monument ne présente cette alliance à un plus haut degré que le poème de Dante. L’auteur annonce, dès le début, que cette étude a une portée générale, qu’il s’agit pour lui de déterminer la loi selon laquelle l’art et la philosophie tendent à se combiner dans les temps modernes.
S’il est difficile d’admettre sa théorie sans réserve , on ne peut nier que ce morceau ne renferme des aperçus élevés et ingénieux , et qu’il ne contienne plus d’idées que plus d’un gros commentaire de la Divine Comédie.
Le poème de Dante ne rentre dans aucun des genres admis en littérature ; c’est ce que tout le monde reconnaît; il appartenait surtout à un philosophe d’en chercher la raison.
L’idée fondamentale est celle-ci : Le poème de Dante est le premier type de la poésie ; il inaugure l’art nouveau. Si, dans un avenir inconnu, toutes