‹ Écrits philosophiques et morceaux propres a donner une idée générale de son systèmeChapitre 53 sur 69 · DES MYSTÈRES DE L’ANTIQUITÉ · texte numérisé non relu

DES MYSTÈRES DE L’ANTIQUITÉ

ganisme de la religion publique , on aurait , depuis longtemps , compris comment le paganisme et le christianisme se rapprochaient; on aurait vu que le second ne s’est détaché du premier que parce qu’il rendait les mystères publics, vérité qui peut se démontrer historiquement, par la plupart des usages du christianisme , par ses actes symboliques, scs degrés et ses initiations ; imitation manifeste de ceux qui étaient en vigueur dans les mystères.

Comme il est contraire à la nature d’une religion spirituelle de se mêler au réel et au sensible, et qu’elle ne peut le faire sans se profaner , ses efforts pour se se donner une vraie publicité et une objectivité mythologique sont infructueux.

Une véritable mythologie est une symbolique des idées, et celle-ci n’est possible que par les formes de la nature ; c’est une parfaite incarnation de l’infini dans le fini. Or, c’est ce qui ne peut avoir lieu dans une religion qui se rapporte immédiatement à l’infini, et ne peut concevoir une manifestation du principe divin dans la nature que comme destruction de ses lois. Telle est l’idée du miracle. Le miraculeux est le côté exotérique d’une telle religion. Ses formes sont historiques ; ce ne sont ni des êtres de la nature, des individus, ni même des espèces; ce sont des manifestations passagères , non des natures impérissables et qui durent éternellement.

Si donc vous cherchez une mythologie universelle , rendez-vous maître du côté symbolique de la nature;

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laissez les dieux prendre possession d’elle et la remplir. Au contraire , le monde de la religion , qui est un monde spirituel , reste libre et entièrement séparé de l’apparence sensible; ou, tout au plus, n’est-il célébré que par des chants sacrés et enthousiastes , et par une espèce de poésie également mystérieuse , comme l’était la poésie sacrée et religieuse des anciens, dont la poésie moderne, à son tour, n’est que la manifestation exotérique, et par conséquent imparfaite.

Nous nous contenterons d’indiquer, dans la doctrine et l’institution des mystères , ce qui , sur ce point , peut se dégager des récits des anciens de plus conforme aux idées de la raison.

La religion ésotérique est nécessairement monothéisme, comme la religion exotérique se résout nécessairement , sous quelque forme, en polythéisme. C’est seulement avec l’idée de l’f/n simple et de l’idéal absolu que toutes les autres idées sont posées. De lui seul dérive, quoiqu’immédiatement, la doctrine d’un état absolu des âmes dans les idées et de la première unité avec Dieu , où elles participent de la contemplation du vrai , du beau et du bien en soi ; doctrine qui peut aussi être représentée d’une manière sensible comme une préexistence des âmes dans le temps. A cette connaissance se rattache immédiatement celle de la perte de cet état, par conséquent de la chute des idées et de ce qui en est la conséquence , l’exil des aines dans les corps et dans le monde sensible. D’après les différentes conceptions qui, sur ce sujet.

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ont leur principe dans la raison elle-même , cette doctrine peut aussi se prêter à diverses représentations. Ainsi, l’explication de la vie sensible par une innocence perdue parait avoir dominé dans la plupart des mystères grecs ; mais cette doctrine fut représentée dans les divers mystères sous des images différentes , par exemple, celle d’un dieu devenu mortel et souffrant. La réconciliation avec l’absolu, après la chute, et la transformation du rapport négatif du fini avec lui en un rapport positif, est un autre but de la doctrine religieuse, qui s’appuie nécessairement sur cette donnée première; car elle tend à la délivrance des âmes des corps comme étant leur côté négatif. De môme l’entrée dans les anciens mystères était décrite comme un abandon et un sacrifice de la vie, comme une mort corporelle et une résurrection de l’ame. Un même mot désignait la mort et l’initiation. Le premier affranchissement des âmes des liens du corps était la guérison de l’erreur comme la première et la plus profonde maladie de l’ame , le recouvrement de la vue intellectuelle de ce qui seul est vrai et éternel , ou des idées. Le but moral était la délivrance de l’ame des affections auxquelles elle est soumise tant qu’elle est unie au corps, et de l’amour de la vie sensible, qui est le principe et I instigateur de l’immoralité.

Enfin , à cette doctrine est liée nécessairement celle de l’éternité des âmes et du rapport moral entre l’état actuel et la vie future.

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C’est à ces doctrines , à ces bases éternelles de la vertu comme de la plus haute vérité, que toute religion spirituelle et ésotérique devait retourner.

Quant à la forme extérieure et à la constitution des mystères, ils doivent être considérés comme un institut public dérivant du sentiment ou de l’esprit national. Cet institut, érigé et tenu pour sacré par l'État luimême , se distingue des associations secrètes formées d’après des finsplusou moins temporelles, etqu’il permet aux uns et refuse aux autres ; il contribue à la réunion intérieure et morale de tous ceux qui appartiennent à l’État, comme celui-ci lui-même contribue à l’unité extérieure. Cependant, il y a , entre les initiés , nécessairement , des degrés ; car ils ne peuvent pas tous également arriver à la contemplation de la vérité en soi. Pour le grand nombre, il doit y avoir une sorte de vestibule , une préparation qui, d’après l’image employée par Euripide , soit à sa suprême initiation comme le sommeil est à la mort. Le sommeil est purement négatif ; la mort est positive , elle est le dernier , l’absolu libérateur. La première préparation aux plus hautes connaissances ne peut-être que négative ; elle consiste dans l’affaiblissement, el , autant que possible, dans l’anéantissement des affections sensibles et de tout ce qui trouble l’organisation calme et morale de I’ame. Il suffit que la plupart parviennent jusques-là dans l’affranchissement; et la participation des non-libres pourrait se borner , en général , à ce degré. Il y a plus , les images terribles

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