VOUS POUVEZ PARVENIR A VOTRE FIN
Et sit splendor Domini Dei nostri super nos ; et opéra manuum nostrarum dirige super nos, et opus manuum nostrarum dirige.
Que la splendeur de Dieu, notre Seigneur, soit toujours sur nous pour nous éclairer.
Et vous, Seigneur, dirigez sur nous les œuvres de vos mains, dirigez l’ouvrage de notre salut. (Ps. 89, 17.)
MON esprit n’eut pas plus tôt jeté les yeux sur cette sentence, que plusieurs autres vinrent au secours, et comme à la foule, pour la fortifier.
La première fut du premier chapitre de saint Jean, où il est dit que Notre-Seigneur est la vraie lumière qui éclaire tous les hommes qui viennent dans ce monde : lumière qui luit dans les ténèbres, c’est-a-dire qui les chasse et les dissipe (Jo., 1, 9 et 5).
Ensuite ces quatre paroles de saint Paul : Christus Jésus splendor Patris, que Jésus-Christ est la splendeur du Père, firent un merveilleux effet (Hebr., 1, 3).
Et enfin ces paroles du symbole de Nicée s’élevèrent en mon esprit comme un soleil qui le remplirent de clarté, savoir, que la seconde Personne de la très sainte Trinité est Dieu de Dieu et Lumière de Lumière.
Toutes ces connaissances m’étaient données pour me faire comprendre que le divin Jésus est la véritable et seule lumière, sans laquelle nous sommes toujours dans
les ténèbres du péché ou dans les ombres de l'imperfection.
J’en étais convaincue, et dans cette conviction mon cœur était embrasé du désir d’être sans cesse rempli de ce divin Verbe, de ce Verbe de lumière, de ce Verbe qui fait un si grand jour dans les âmes, que quiconque le suit ne marche point dans les ténèbres, mais il a en soi la lumière de la vie (Jo., 7, 12).
Je voyais les avantages de l’état de grâce au-dessus de celui de la loi. Tant de patriarches, tant de prophètes, tant de rois, ont désiré de le voir et de le posséder ; et ils ne l’ont vu ni possédé (Le., 10, 24). Nous le voyons et le possédons dans l’état de grâce : Il a été trouvé de ceux qui ne le cherchaient pas (Rom., 10, 20) ; et c’est pour cela que cet état est justement appelé l’état de grâce.
Je m’estimais particulièrement heureuse de le posséder, et je voyais clairement qu’il n’y a point de bonheur en ce monde qui égale celui-là. Sans cette possession même tout bonheur n’est que misère.
Il m’a semblé qu’il y a deux choses qui empêchent ordinairement que cette divine lumière n’éclaire l’esprit autant qu’elle le pourrait, et que quand elle l’éclaire, elle ne dirige pas les œuvres de nos mains ni l’œuvre de notre salut, qui par excellence est appelé notre œuvre, parce qu’en comparaison, tout le reste n’est qu’oisiveté. La première est la fausse lumière de notre esprit qui veut mêler du sien avec la lumière de Dieu. La seconde est l’affection déréglée des choses de la terre, qui s’élève comme un nuage qui empêche qu’elle ne nous éclaire et qu’elle ne nous dirige.
J’ai résolu moyennant sa sainte grâce de ne mettre rien du mien en ce qu’il me fait connaître, afin que les œuvres de mes mains, et surtout afin que l’œuvre de mon salut, se fassent avec toute la pureté qu’il désire.
LES RELATIONS D’ORAISON
ne méditation (17)
Que Jésus-Christ est particulièrement la lumière des humbles
Confiteor tibi, Pater, Domine caeli et terrae, quia abscondisti haec a sapientibus et prudentibus, et revelasti ea parvulis.
Je vous rends grâces, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux humbles. (Matth.,
Il» 25-)
Dès le commencement, mon esprit, encore rempli des connaissances et des lumières de la dernière oraison, n’a pu faire d’acte ; mais, regardant en gros son sujet, il l’a rapporté aux lumières qu’il avait reçues le matin, et il s’en est servi pour rendre à Dieu ses reconnaissances : Je vous rends grâces, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre.
L’entendement est demeuré dans un anéantissement profond, voyant que cette souveraine et infinie Majesté, qui cache ses secrets aux sages et aux savants du siècle, daigne bien les découvrir aux simples et aux petits, et à moi-même qui suis la dernière du monde et le rebut des créatures. C’est pourquoi, toute pleine de reconnaissance, je continuais de dire: Je vous rends grâces, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez cache ces choses aux sages du monde et les avez revelees aux humbles et aux petits.
La volonté ensuite s’est trouvée dans un amour extraordinaire, par forme de souffrance1. Tout ce qu’elle pou-
x. C’est-à-dire que la volonté pâtissait un amour qui lui était infus par Dieu, et auquel, comme le note la phrase suivante, elle ne pouvait qu’adhérer par l’acte de son consentement (Voir la note i de la page 39).
vait faire d’elle-même était de vouloir aimer éternellement, après tant de connaissances : d’aimer, dis-je, d’un amour parfaitement pur et dégagé.
Mon esprit a fait un retour sur quelques imperfections contraires à ce dégagement parfait, et particulièrement sur une chose qui me donne parfois de la distraction et qui affaiblit l’attention que j’ai à Dieu. J’ai fait résolution de m’en corriger, afin que mon entendement soit uniquement consacré à ses lumières, et mon cœur à son amour.
Ille MÉDITATION (18)
Que votre véritable gloire consiste a connaître Dieu