‹ Écrits spirituels et historiques (volume 2)Chapitre 18 sur 81 · ET A L’AIMER · texte numérisé non relu

ET A L’AIMER

Non glorietur sapiens in sapientia sua; et non glorietur fortis in fortitudine sua ; et non glorietur dives in divitiis suis ; sed in hoc glorietur scire et nosse me.

Que le sage ne se glorifie point en sa sagesse ; que le fort ne se glorifie point en sa force ; que le riche ne se glorifie point en ses richesses ; mais qu’il se glorifie dans la science et dans la connaissance qu’il a de moi. (Jerem., 9, 23.)

J’ai d’abord été saisie d’une très grande joie et d’un contentement nonpareil d’avoir en moi de quoi me glorifier, et de voir que le véritable sujet de ma gloire est de savoir Dieu et de le connaître par la foi.

J’ai pensé que cette science est bien différente des autres, en ce qu’elle n’est pas seulement dans l’entende-

LES RELATIONS ü’ORAISON

ment, mais encore dans la volonté, et dans la volonté plus que dans l’entendement 1.

C’est là la véritable science des saints, qui consiste à connaître Dieu et à l’aimer : la science de salut qui opère la rémission des péchés (Le., i, 77).

Cette joie foncière a été suivie d’un amour tout nouveau, dans la vue des particularités de cette science céleste dont la divine Bonté m’a fait une si bonne part.

Je me suis abandonnée tout de nouveau à la conduite de sa volonté ; et me glorifiant de la connaître, je disais : « Que les sages ne se glorifient point de leur sagesse, les démons sont plus savants qu’eux ; que les forts ne se glorifient point de leur force, les bêtes ont plus de force que les hommes ; que les riches ne se glorifient point de leurs richesses, les pécheurs sont ordinairement plus riches que les gens de bien ; mais que ceux qui se veulent glorifier, se glorifient de savoir et de connaître Dieu. C’est là ma gloire et mon honneur. Les grands du monde tirent leur grandeur, comme dit le prophète, de la grandeur de leur équipage (Ps. 19, 8) ; mais la connaissance de mon grand Dieu et la confession de son saint nom est ma grandeur, ma couronne et ma gloire. »

J’ai fait résolution de me mortifier en me retranchant quelques petits amusements et quelques pensées curieuses qui me dérobent quelquefois le doux repos 2 et une partie de l'attention que je dois à son amour. Oh ! faut-il que je m’oublie tellement de moi-même, que de mettre en compétence avec lui ce qui est indigne de lui et d’une âme qui le veut aimer sans mélange ! Faut-il que je mêle avec la connaissance d’un si grand Dieu la connaissance d’une vanité ! C’est une poussière qui couvre ma couronne et qui en offusque la gloire.

1. Ceci est vrai de la simple connaissance surnaturelle de Dieu par la foi, puisque la foi est une adhésion de tout l’être, intelligence et volonté, un attachement vivant à la Divinité; mais c’est plus vrai encore de la connaissance mystique, qui se définit : une connaissance amoureuse.

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