‹ Écrits spirituels et historiques (volume 2)Chapitre 22 sur 81 · PÉCHÉ · texte numérisé non relu

PÉCHÉ

le MÉDITATION (31)

Et retri buet mihi Dominas secundum iustitiam meam, et secundum puritatem manuum mearum in conspectu oculorum eius.

Le Seigneur me rendra selon ma justice et selon la pureté des actions que je fais en sa présence. (Ps. 17, 25.)

MON esprit, considérant la justice d’une âme sainte et la pureté de ses actions, n’a pu acquiescer à ce qui m’était proposé que j’eusse rien de tout cela, ou si j’en avais quelque chose, que c’était un effet de la bonté de celui qui est l’auteur de tous les biens 1.

1. Construction obscure. Marie ne pouvait consentir à se reconnaître dans cette âme qui, d’après le texte du Psaume 17, s'appuie sur le sentiment de sa justice

Il en était de même des bonnes actions et de la fidèle pratique avec laquelle je tâche d’obéir à ses saintes lois, et de suivre en toutes choses les mouvements de sa volonté.

Je voyais, par un retour et réflexion d’esprit, le dégagement où j’étais de toutes choses, qui faisait que je ne pouvais rien m’attribuer des grâces qu’il me fait. Et j’étais convaincue que ce dégagement même était un pur don de sa libéralité.

Alors mon âme, attachée aux pieds de son bienfaiteur, se confirmait dans ces vérités et prenait de la complaisance dans la pauvreté, qui lui faisait voir que tout bien est en Dieu et de Dieu.

Cette vérité, qui me paraissait claire dans les grâces continuelles que Dieu me fait, me parut bien plus évidente en ce que saint Paul dit de la prédestination, de la vocation, de la justification et de la glorification (Rom., 8, 30), qui sont les grâces fondamentales qui soutiennent toutes les autres. Cela me faisait entrer en de nouvelles joies de ce que tout vient de Dieu, souverain et unique auteur de tous les biens.

Quant à la rétribution dont il est parlé dans mon sujet, je la voyais comme une véritable récompense ; et néanmoins, elle me paraissait encore en quelque façon comme une grâce, parce qu’il ne récompense que ce qu’il fait ou ce qu’il fait faire. Il nous fait des dons et il récompense ses dons mêmes.

C’est pour cela qu’il prépare une gloire qui est la grâce des grâces et la couronne de tous ses dons. Mais pour convertir cette grâce en récompense, il nous fait, dès cette vie, son royaume et ses sacrificateurs 1, habitant dans nos âmes pour les remplir des dons du Saint-Esprit et les fortifier de ses secours, par le moyen desquels elles peuvent sans cesse immoler de très pures victimes.

pour attendre la récompense divine. Si cependant elle était contrainte de constater en elle quelques vertus, elle ne pouvait qu’acquiescer à en renvoyer tout le mérite à Dieu, leur unique auteur.

r. Réminiscence de l’Apocalypse, 1,6.

LES RELATIONS ü’ORAISON

Ces victimes sont les bonnes œuvres et les actions de vertu que la grâce fait en nous et par nous, et qui, par ce moyen devenant méritoires, acquièrent le droit à une récompense.

L'invention admirable de la sagesse de ce grand Dieu pour faire que ses dons nous tournent à mérite et à récompense, me faisait crier en sa présence, ou plutôt, c’était lui qui me le faisait dire : Le Seigneur me rendra selon ma justice et selon la pureté des actions que 'je fais en sa présence. Je n’ai point de justice que celle qu’il me donne ; je n’ai point de bonnes œuvres que celles qu’il me fait faire, et néanmoins, elles sont miennes par la fidélité que je rends aux mouvements de sa grâce.

Je contemplais toutes ces vérités d’un doux et simple regard, dans l’union que j’avais avec Dieu, et j’étais toute ravie d’aise de ce qu’il est tout et que je ne suis rien, de ce que tout est de lui et que je n’ai rien de moi.

Toute pénétrée de cette vérité, je ressentais en moi un amour de jalousie contre moi-même, craignant de faire quelque larcin en m’appropriant quelque chose de ce qui est à Dieu et en me glorifiant de sa propre gloire.

Je suis demeurée dans ces vues jusqu’à la fin de l’oraison, sans sortir de Dieu ni interrompre l’acte de la jouissance.

Ile MÉDITATION (32)

Ego ero ei, ait Dominas, murus ignis in circuitu, et in gloria ero in medio eius.

Je lui serai, dit le Seigneur, un mur de feu qui l’environnera, et je serai en gloire au milieu d’elle. (Zach., 2, 5.)

Ces paroles m’ont aussitôt donné l’idée de la grandeur et de l’immensité de Dieu, qui fait que cette suprême

Majesté est toute en toutes choses en général et toute en chaque chose en particulier.

C’est par cette immensité que nous sommes en Dieu, et que selon saint Paul, nous avons en lui l’être , la vie et le mouvement (Act., 17, 28).

C’est encore par elle que Dieu est en nous, et qu'il est présent par sa substance dans les lieux le plus bas et les plus cachés de la terre, comme témoigne le prophète.

De ces idées générales, mon esprit est descendu à cette particulière, savoir, que je me suis vue toute pénétrée au dedans et toute investie au dehors de cette sainte et aimable prison, dans laquelle se trouve la vraie et souveraine liberté et hors de laquelle il n’y a qu’un dur esclavage ou des démons ou des hommes ou de nousmêmes.

Je respirais avec complaisance le doux air de cette prison. Le mur de feu dont elle est fermée me la rendait encore plus aimable. Et cette complaisance était d'autant plus grande que je m’y voyais comme en assurance : cette maison n’ayant point de sortie que le péché, non pas même dans l’ordre de la nature, où, si Dieu laissait agir le péché dans toute sa malignité, il serait capable d’anéantir le pécheur, et de la sorte, le pécheur sortirait de Dieu et de son immensité, qui n’a point de bornes que le néant.

Sur cela, j’ai demandé à ce grand Dieu ce que lui demandait le prophète David : un cœur net et un esprit droit, qu’il ne me rejette point de devant sa face et qu’il confirme en moi son esprit principal (Ps. 50, 12, 13), afin que, toute pure et toute sainte, je puisse toujours lui plaire ; que puisqu’il était au milieu de moi et qu’il y était feu, il lui plût de consommer tout ce qui lui est désagréable.

Il me faisait expérimenter la vérité de son aimable demeure dans mon âme : ce qui me portait à lui dire par des élancements plusieurs fois réitérés : « Vous êtes

LES RELATIONS ü’ORAISON

donc tout feu, ô mon grand Dieu, et vous êtes en moi ; il ne se peut donc faire que je ne brûle, et que je ne brûle par vous-même. Que cet aimable incendie ne laisse rien à consommer : vous avez promis que vous seriez en gloire au milieu de V âme qui vous serait agréable, soyez en gloire au milieu de la mienne ; et afin qu’elle vous puisse plaire, brûlez-la, consommez-la, changez-la toute en feu. O Feu divin, faites-en un buisson ardent, digne de votre Majesté ! Alors, vous y serez en gloire, comme vous étiez en gloire dans le buisson ardent de la montagne sainte. »

Après ces élancements qui sortaient d’un cœur tout embrasé de ce feu divin, je suis demeurée dans une douce et tranquille union.

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