‹ Écrits spirituels et historiques (volume 2)Chapitre 23 sur 81 · III® MÉDITATION · texte numérisé non relu

III® MÉDITATION

Deus meus misit angelum suum, et conclusit or a leonum et non nocuerunt mihi, quia coram eo iustitia inventa est in me.

Mon Dieu a envoyé son ange qui a fermé la gueule des lions, et ils ne m’ont point fait de mal, parce que j’ai été trouvé juste en sa présence.

(Dan., 6, 22.)

Ces paroles du prophète ne m’ont pas seulement fait voir les faveurs que j’ai reçues des saints Anges 1

1. Voir dans le Vol. I, p. 368, l’Oraison sur les Hiérarchies angéliques et la glose de Dom Claude Martin qui l’introduit [Lettres de conscience, Lettre X). Ces grâces que Marie rapporte au ministère des Anges, et dont elle ne donne nulle part le détail, sont surtout des grâces d’illumination surnaturelle. Les uns pour les autres, suivant leurs Hiérarchies, les Anges sont des transmetteurs de lumière. Tous, ils le sont aussi pour les âmes.

il y en a un nombre innombrable qui me sont connues, mais il y en a incomparablement davantage qui me sont cachées — elles m’ont encore mis devant les yeux celles que j’ai reçues de l’Ange du Testament 1, le divin Verbe Incarné ; car c'est à lui que je suis redevable de tout ce que j’ai et de tout ce que je suis.

C’est cet Ange du Grand Conseil 2 qui m’a tirée de la gueule des lions, savoir, du démon, qui, comme dit saint Pierre, rôde sans cesse comme un lion rugissant cherchant quelqu’un à dévorer (I Petr., 5, 8) ; du monde, dont les fausses caresses et les vanités flatteuses font bien souvent des plaies plus cruelles et plus dangereuses que celles des démons ; de moi-même, c’est-à-dire de la nature corrompue, qui déchire l’âme avec autant de dents qu’il y a de passions indomptées.

Il m’en a délivrée — non que je fusse juste, comme était le prophète, parce que j’étais remplie d’iniquités qui tiennent encore mon esprit dans un humble abaissement — mais parce qu’il est bon, et que par sa bonté, il a voulu me prévenir des bénédictions de sa douceur.

Il m’a donc tirée de la gueule de mes ennemis, non pour ma justice, mais par sa miséricorde, comme il en tire les pécheurs qu’il aime lorsqu’ils sont encore ses ennemis, comme dit saint Paul (Rom., 5, 10).

A la vue de ces faveurs, mon cœur s’est épanché comme de l’eau, en la présence de mon bienfaiteur. Je lui disais : « O mon grand Dieu, c’est vous qui avez fait cela ! O Amour, ô Charité, c’est vous qui m’avez ainsi aimée ! O Blesseur des cœurs, c’est vous qui avez blessé le mien ! O Roi des Saints, c’est vous qui m’avez assujettie sous le joug de vos saintes lois ! Enfin vous êtes l’ Ange qui a fermé la gueule des lions et qui les avez empêchés de me nuire! »

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