L’expression est empruntée au prophète Malachie
2. Appellation de la Liturgie (Noël: Introït de la messe du jour) d’après Isaïe, 9, 6,
LES RELATIONS ü’ ORAISON
Ces saillies de cœur étaient entremêlées de la vue de ses faveurs, en sorte que l’ardeur des affections rendait la vue plus claire, et la vue étant plus éclairée, elle fortifiait encore les affections. Ainsi la volonté éclairait l’entendement, et l’entendement échauffait la volonté 1.
Je ne voyais pourtant rien en moi que je lui pusse donner en reconnaissance de ses faveurs, s’il ne voulait se payer d’amour. Je le priais de vouloir se contenter de cela, et de regarder plus mon cœur que tout le reste.
Mon cœur néanmoins fit un effort, et je lui dis : « O mon grand Dieu, vous êtes tout à moi, puisque vous vous êtes libéralement donné aux hommes. Je vous offre donc vous-même à vous-même, pour vous payer en rigueur ce que je vous dois, et je me joins à vous afin de me donner avec vous. »
Je suis sortie avec l’amour dans le cœur, conservant un très grand désir de correspondre de tout mon possible à l’excès de ses faveurs.
i. Notations tout à fait justes. Les deux puissances de l’âme, touchées l’une et l’autre de Dieu, se portent par leurs réactions mutuelles à une union toujours plus haute Toute connaissance se change en amour, mais l’amour lui-même donne des forces nouvelles à l’intelligence et l’excite à connaître davantage. Il est donc vrai de dire que « la volonté éclairait 1 entendement et 1 entendement échauffait la volonté ». Mais il reste que, naturellement, l’amour est fils de la connaissance, et que son ardeur est en proportion de la clarté et de l’élévation de la connaissance.
POUR LE Ile JOUR
Que l’amour que Dieu vous porte est la cause de
CELUI QUE VOUS LUI PORTEZ ; ET CE QUE VOUS DEVEZ FAIRE POUR LUI, VOYANT CE QU’lL A FAIT POUR VOUS
le MÉDITATION (34)
Charitas Christi urget nos, aestimantes hoc, quoniam si unus pro omnibus mortuus est, ergo omnes mortui sunt, ut et qui vivunt iam non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est et resurrexit.
La charité de Jésus-Christ nous presse, tenant pour certain que, si un seul est mort pour tous, tous par conséquent sont morts, afin que ceux qui vivent ne vivent plus à eux-mêmes, mais à celui qui est mort et ressuscité pour eux. (II Cor., 5, 14-15.)
IL ne me faut que jeter les yeux sur ce Dieu Amour sur cet adorable Objet des cœurs, pour être toute persuadée qu’il m’aime. Il se présente tout à la fois à mon esprit une nuée de grâces et de bienfaits qui convainquent mon esprit, ou plutôt qui l’accablent, en sorte que je n’en puis douter.
L’empire que son amour a sur les cœurs et sur les âmes y allume aussitôt le feu par ses douces communications et par ses divines touches, quand il le veut et qu’on ne lui résiste pas.
Ainsi il ne m’est pas difficile de comprendre que l’amour qu’il nous porte inspire l’amour que nous lui
LES RELATIONS ü’ORAISON
portons, puisque le sien est la cause du nôtre, et que nous ne l'aimons que parce qu’il nous aime.
J’ai expérimenté cette vérité dès la première vue que j’ai jetée sur les paroles de l’Apôtre : La charité de Dieu nous presse, car sa charité m’a pressée, et cet empressement n’a eu d’autre effet que l’amour qu’elle a excité dans mon cœur.
L’embrasement a été si grand que je n’ai fait que lui parler d’amour, durant tout le temps de l’oraison. Mais c’était en des termes si hardis que, quand j’y fais réflexion, j’en suis toute confuse en moi-même, et ma confusion m’empêche de le dire.
Durant cet entretien, mon âme était quelquefois dans l’impuissance de parler, demeurant simplement attachée aux pieds de cette Majesté, sans rien vouloir que son union. Elle retournait à de nouvelles saillies, et ces redoublements revenaient dans la vue de ce que mon amour doit faire pour lui, après ce que son amour a fait pour moi.
Je me voyais néanmoins dans l’impuissance de rien faire, quoique toute pleine de désirs de tout entreprendre et de tout faire pour témoigner à tout le monde combien il est digne d’être aimé et obéi. Mais comme j’ai tout reçu de lui jusqu’ici, c’est aussi de lui que j’attends tout le reste. Si son amour m’inspire de l’amour, il me donnera aussi le pouvoir et l’action (Philipp., 2, 13).
C’est ainsi que je ne veux plus vivre à moi-même, mais à celui qui est mort et ressuscité pour moi. Car, sans cette vie de ce Dieu d’amour, il me semble que je serais plus que morte, et par conséquent dans l’impuissance d’exciter à son amour et son obéissance, ceux au salut et à la perfection desquels il veut que je prenne intérêt.
ne méditation (35)
Contristatus est Petrus quia dixit ei tertio: Amas me? Et dixit ei : Domine, tu omnia nosti, tu sois quia amo te. Dixit ei : Pasce oves meas.
Pierre fut attristé de ce que Notre-Seigneur lui dit pour la troisième fois: M ' aimez-vous ?
Et il lui répondit : Seigneur, vous savez tout, vous savez par conséquent que je vous aime.
Notre-Seigneur lui dit : Paissez mes brebis. (Jo., 21, 17.)
L’entendement a presque toujours été dans l’impuissance d’agir; il avait devant les yeux ces paroles de Notre- Seigneur, comme une simple impression, et il se reposait dans cette vue.
La volonté néanmoins se joignait à l'entendement, et tous deux ensemble suivaient le dessein de ces paroles : Pierre, m’ aimez-vous ? et compatissaient à leur effet. Car il me semblait que c’était assez pour arracher le cœur de ce saint Apôtre qui connaissait que son Maître ne pouvait rien ignorer, et néanmoins, il l’éprouvait par tant d’interrogations: M’ aimez-vous? m’ aimez-vous? m' aimez-vous plus que les autres?
Il n’y a rien qui blesse tant un cœur qui aime que de lui demander s’il aime, et surtout quand c’est la personne aimée qui fait cette demande. En cette rencontre, chaque demande fortifie son feu et lui fait une nouvelle plaie. Combien de blessures recevait donc le cœur de ce saint Disciple, étant percé d’autant de flèches ardentes que son Maître lui faisait de demandes !
Cela m’a fait ressouvenir d’une semblable mortification que j’avais soufferte de la part du même Sauveur. Il se plaisait à voir brûler mon cœur sans me rien dire. Il me semblait néanmoins qu’il m’interrogeait si je l’aimais. Il m’interrogeait, dis-je, non de paroles comme il avait
LES RELATIONS ü’ORAISON
fait avec saint Pierre, mais par ses regards ; ce qui m’embrasait tellement le cœur qu’il ne pouvait contenir son feu.
Là-dessus, je me suis entretenue avec lui de la même manière et avec la même hardiesse que le matin, y étant poussée du même esprit. L’amour va quelquefois à un tel excès qu’il se donne toute liberté ; mais il ne perd jamais le respect. Celui qui l’excite lui découvre sa bonté, mais il ne lui cache jamais sa majesté ; c’est pourquoi la première lui donne de la hardiesse, l’autre le retient dans l’humilité.
Ces paroles ensuite : Paissez mes brebis, ont occupé mon esprit. Elles m’ont paru douces par-dessus toute douceur ; et Notre-Seigneur ne les ayant proférées qu’après avoir demandé par trois fois à saint Pierre: M’aimezvous? j’ai reconnu que pour les mettre en pratique, il était nécessaire d’avoir trois amours : le premier pour parler, le second pour agir, le troisième pour souffrir pour les brebis qui sont recommandées.
me MÉDITATION (36)
In hoc cognovimus charitatem Dei, quoniam ille pro no bis animant suam posuit; et nos debemus pro fratribus animas paner e.
C’est en cela que nous connaissons la charité de Dieu, qu’il a donné sa vie pour nous; et nous devons aussi donner nos vies pour nos frères.
(I Joan., 3, 16.)
Dès la première appréhension de ces paroles, mon esprit est entièrement demeure dans 1 impuissance d agir. Il s’est trouvé fortement appliqué à la divine Majesté par un regard que j’avais eu, et qui m’était demeuré comme habituel, de l’amour que son amour produit en moi.
Je sentais mon âme, dans son fond, se lier de plus en plus à ce Dieu Charité ; et la force et la douceur se rencontraient dans ce redoublement d’union. C’était lui qui tenait mon âme dans cette heureuse captivité, et mon âme acquiesçait à son opération.
Dans cette union, mon cœur, comme par un assaut, sortit de lui-même, proférant intérieurement ces paroles : «Je le veux, mon grand Dieu, je le veux ; je le veux jusqu’à la mort. » Cela dura peu, parce qu’aussitôt, je me trouvai dans ce grand abîme, par une nouvelle opération que je ne puis expliquer, me sentant comme perdue dans son immensité et incompréhensibilité.
Je dis que cette opération ne se peut expliquer, parce que l’on sait bien que l’on est dans cet abîme, mais l’on ne peut dire ce que c’est, parce qu’on ne le voit que comme un grand amour dont la largeur, la hauteur et la profondeur n’ont ni bornes ni limites.
Je disais, de fois à autres, ou plutôt, je respirais doucement ces paroles : « O grand abîme ! ô grand abîme ! ô amour immense, incompréhensible, infini ! »
Cependant je ne laissais pas d’être instruite d’une manière sublime et éminente de la façon avec laquelle il faut pratiquer la charité. Car encore que, dans ces grandes unions, l’on ne pense qu’à Dieu, l’on y reçoit néanmoins, d’une manière imperceptible, la lumière et la force pour faire tout ce que Dieu demande de nous, en sorte qu’elles ne nous manquent point au besoin. Et c’est peut-être le sens du Disciple bien-aimé quand il dit que l’onction de Dieu nous instruit de toutes choses (I Joan., 2, 27).
Toute l’oraison s’est passée de la sorte, retenant cette haute leçon d’amour, que comme Notre-Seigneur a donné sa vie pour nous, ainsi nous devons donner la nôtre pour lui et pour nos prochains. Et, bien résolue de la pratiquer avec fidélité dans les occasions, je suis sortie de l’oraison le feu et l’amour dans le cœur.
LES RELATIONS D’ORAISON
POUR LE IIIe JOUR
VOUS MÉDITEREZ SUR L’UNION DANS LAQUELLE DlEU VOUS TIENT, SUR L’AMOUR QU’iL A POUR VOUS, ET SUR CELUI QUE VOUS AVEZ POUR LUI
le MÉDITATION (37)
Deus charitas est, et qui manet in charitate in Deo manet, et Deus in eo.
Dieu est charité, et celui qui demeure en charité demeure en Dieu, et Dieu en lui. (I Joan., 12, 16.)
’AI commencé cette oraison par un Veni Creator,
« J lequel n’a pas plus tôt été fini que je me suis trouvée perdue en Dieu, sans m’en apercevoir ni savoir comment cela s’est fait.
Cette oraison a été comme une suite de celle du soir précédent, car je me suis vue dans ce grand abîme de feu, dans ce Dieu Charité où je ne voyais ni fond ni limites. Et j’avais de la complaisance dans ma perte, ne croyant pas pouvoir jamais être mieux.
J’avais une claire connaissance, ou plutôt une expérience certaine de la vérité de mon sujet : Dieu est charité, et celui qui demeure en charité demeure en Dieu et Dieu en lui. Je le caressais à mon aise, car bien que je le visse comme infini et incompréhensible, il donnait néanmoins tant d’accès à mon âme, que, charmée des connaissances, ou plutôt des expériences qu’il est Amour, et qu’étant dans l’amour, j’étais en lui et lui en moi, elle lui disait avec une humble hardiesse tout ce que l’amour lui pouvait suggérer.
Sans sortir de cet abîme de charité, je faisais une forte résolution de demeurer dans la privation de tout ce qui est au-dessous de lui afin d’être uniquement sa
Marie de l’Incarnation.
captive, et de ne cesser jamais d’avoir les regards de mon esprit et les mouvements de mon cœur sur ce suraimable Objet, pour le louer, le bénir et le glorifier sans cesse.
Alors je me suis ressouvenue des entretiens et des familiarités qu’il me permet à son égard, dans les occupations même ordinaires. Et quoique je visse actuellement ses grandeurs et mes bassesses, l’inégalité infinie qui est entre lui et moi, et qu’il est la pureté essentielle et moi le péché même, nonobstant cette vue qui me devait abattre jusqu’au néant, je me suis sentie pressée de son amour de lui dire : « O grand Dieu, ô grand Amour, quoique je ne sois que néant et péché, je veux être à vous ; et quand vous me devriez envoyer en enfer, il faut que je vous aime, que je vous caresse, et que vous soyez l’entière possession de mon cœur. Je ne puis aspirer qu’à vous, ô grand Dieu, ô grand Amour ! »
Ces aspirations, qui étaient comme des emportements d’amour, fortifiaient mes résolutions, et elles étaient comme de nouveaux liens qui m’attachaient à Dieu. Car quoique l’occupation intérieure fût fort simple et éloignée de ce qui peut tomber sous les sens, et même sous la réflexion des puissances supérieures de l’âme, je voyais clairement que les choses dont on traite avec Dieu en sont plus fermes et plus solides. Je veux dire que les choses qui sortent hors du centre de l’âme où se font ces communications ne sont pas si fortes et n’ont point tant d’effet, à cause de l’épanchement qui s’en fait dans les sentiments; et l’expérience fait voir que ces sentiments étant passés, les résolutions qu’on avait faites dans ces sorties perdent souvent beaucoup de leur force. Cela vient de ce que les sentiments sont souvent la cause qui les produit, ou au moins qui aide à les faire ; ainsi la cause étant passée, il ne faut pas s’étonner si l’effet demeure faible et languissant. Mais dans cette retraite intérieure si pure et si dégagée des sens, les promesses qui se font entre Dieu et l’âme sont fermes et constantes, parce qu’elles demeurent imprimées dans l’âme comme
LES RELATIONS D’ORAISON
par un amoureux sceau, qui n est autre que la présence de ce Dieu Charité, qui dans les occasions la fait obéir comme il lui plaît.
Tous ces regards à Dieu, toutes ces résolutions, toutes ces promesses sont demeurées dans la même simplicité, jusqu’à la fin de l’oraison.
IIe MÉDITATION (38)'
Qui adhaeret Deo unus spiritus est.
Celui qui demeure uni à Dieu devient un même esprit avec lui. (I Cor., 6, 17.)
Je me suis tout aussitôt donnée à ce grand Dieu Charité pour demeurer dans sa très aimable union, afin d’être un même esprit avec lui. Je ne voulais rien moins que d’être lui-même par une transformation d’amour, ne pouvant souffrir d’être séparée de lui ni de le perdre de vue un seul moment.
Je ne pouvais comprendre comme l’on peut vivre séparé d’un Dieu si plein de charmes et de douceurs, ni comme j’y avais pu vivre moi-même autrefois que je ne le connaissais pas comme je le connais.
Cette opération était dans une simplicité et solitude intérieure encore plus grande que celle du matin. Car je me sentais attachée et comme identifiée à cette divine Majesté, regardant avec une pénétration d’amour le bonheur qu’il y a de lui être ainsi unie un si long temps, sans autres impressions que celle de la jouissance de cette union.
Je me voyais en Dieu dans une entière désappropriation de moi-même et de toutes choses, comme si je n’eusse plus été. Il me semblait que je n’étais plus moi et que je n’avais plus rien. Ce qui me faisait dire à cette incompréhensible Majesté: «O mon grand Dieu, vous êtes mon moi, vous êtes mon mien ! Je ne suis plus, c’est
vous qui êtes en moi ; je ne vis plus, c’est vous qui vivez en moi (Gai., 2, 20) ; me voilà donc toute perdue en vous, ô mon grand Dieu, ô mon moi, ô mon tout ! »
Comme je goûtais ce bonheur, l’on m’a dit intérieurement par paroles distinctes et qui n’ont fait que passer, ce passage de saint Paul : « Chantas numquam excidit, la charité ne tombe jamais» (I Cor., 13, 6). Et au même moment, une nouvelle opération intérieure a fait un renouvellement d’union, avec cette vue que c’était un avis qu’on me donnait d’être fidèle à Dieu, et une leçon qu’on me faisait de ne point déchoir par ma faute de la grâce sublime que je possède par l’accès que cette divine Majesté me donne.
Cette divine leçon m’a toute émue jusqu’à répandre beaucoup de larmes. Et toute transportée d’amour, je pressais ce grand Dieu de me faire la faveur de lui être inviolablement unie afin d’être éternellement un même esprit avec lui.
Je l’ai entretenu ensuite avec des paroles amoureuses, mais humbles, jusqu’à la fin de l’oraison.
Ille MÉDITATION (39)
Neque altitudo, neque profundum, neque creatura alia poterit nos separare a charitate Dei quae est in Christo Jesu, Domino nostro.
Ni le ciel, ni l’enfer, ni auaucune créature ne nous pourra séparer de la charité qui nous unit à Dieu, en Jésus- Christ Notre-Seigneur. (Rom.,
Je me suis abandonnée à cet Amour liant et unifiant, je veux dire au divin Jésus. M’étant donnée à lui, et lui possédant mon esprit, il ne me permettait de m’arrêter à cette sentence que par de petits regards qui passaient
LES RELATIONS ü’ORAISON
en un moment. Je l’entretenais ensuite dans des discours amoureux dont le sujet était principalement que c’est lui qui est venu mettre l’amour dans les cœurs et l’incendie dans le monde.
La pensée m’est venue que ce pouvait être ce qu’il voulait signifier à l’Épouse des Cantiques en lui disant : Mettez-moi comme un cachet sur votre cœur (Cant., 8, 6).
Saint Paul, étant possédé de ce même amour, avait aussi son cœur cacheté de Jésus, ce qui lui faisait dire avec une grande assurance, que ni le ciel ni la terre ni aucune autre créature ne lui pourrait jamais ôter du cœur l’amour qu’il possédait en Jésus-Christ. Et généralement, tous ceux qui aiment et qui sont toujours prêts d’obéir ont ce trésor dans le cœur, et Jésus en est le cachet qui le tient en assurance contre les ennemis du saint amour.
Encore qu’il n’y ait point de forces capables d’ébranler une âme qui a la charité dans le cœur et dont Jésus est le sceau, j’ai pourtant été saisie de crainte et de tremblement, voyant que l’on peut pécher, et que le péché peut lever le sceau et faire perdre le trésor.
Durant cette disposition humiliante, je demeurais fortement attachée à Notre-Seigneur dans la crainte de le perdre.
Je lui parlais de ma crainte et de son amour, et tout d’un coup, son amour a surmonté ma crainte, et je me suis trouvée dans une nouvelle union, qui m’a fait connaître l’abandon que je devais lui faire de tout moimême. J’y consentais amoureusement et de tout mon cœur, lui disant qu’il était le Verbe et la Sagesse du Père, qui était venu au monde pour mettre la paix entre son Père et les hommes, et pour nous faire des leçons du saint amour. Je le priais de me confirmer dans ce même amour. Et comme s’il eût écouté ma prière, je l’ai toujours caressé jusqu’à la fin de l’oraison. Et lui. de sa part, me faisait goûter comme il est Amour.
POUR LE IVe JOUR
Les méditations de ce jour seront que, nonobstant
LES CONNAISSANCES QUE DlEU VOUS DONNE DE SES BOIs TÉS, ET NONOBSTANT L'AMOUR QUE VOUS LUI PORTEZ ET LA FIDÉLITÉ AVEC LAQUELLE VOUS VOUS TENEZ EN SA PRÉSENCE, VOUS DEVEZ LE SERVIR AVEC HUMILITÉ ET DANS LA CRAINTE DE DÉCHOIR DE SES GRACES, VU LES IMPERFECTIONS ET LES PÉCHÉS AUXQUELS LA NATURE CORROMPUE EST SUJETTE
le MÉDITATION (40)
Quomodo cecidisti de coelo, Lucifer, qui mane oriebaris ?
Corruisti in terrant , qui vulnerabas gentes.
Comment es-tu tombé du ciel, ô Lucifer, qui te levais au matin ? Tu es tombé à terre, toi qui blessais les nations. (Is., 14, 12.)
LA préparation fut un abaissement profond devant Dieu, me reconnaissant pour un chien mort devant sa divine Majesté, et me contentant de ce qu’il est tout et de ce que je ne suis rien.
Vie, p. 510.]
La pensée de cette interrogation du prophète m’a épouvantée 1 et m’a mise dans un très grand saisissement intérieur : Comment es-tu tombé du ciel, ô Lucifer, qui te levais au matin?
Je regardais cette chute arrivée dans le plus bel astre qui fût au ciel et qui ne venait que de naître, qui même 2 presque au même temps qu’il se regarda soi-même 3
r. R ajoutent : tout d’abord.