ÉPOUX
le MÉDITATION (49)
Beatus qui vigilat et custodit vesiimenta sua, ne nudus atnbulet et videant turpitudinem eius.
Heureux celui qui veille et qui garde bien ses habits, de crainte qu’il ne soit obligé de marcher nu, et que le monde ne voie sa honte et sa turpitude. (Apoc., 16, 15.)
BAISSÉE devant Dieu en la connaissance de mon
TA néant, j’ai pensé quels pouvaient être les péchés, les taches et les imperfections dont les âmes parfaites se doivent garder pour ne point souiller la couche de l’Époux céleste.
J’ai vu que ce n’est point le péché mortel, dont la seule pensée leur donne de l’horreur. La présence de Dieu, dont elles sont occupées, les rend si clairvoyantes, qu’elles en découvrent aussitôt les approches ; et l’horreur qu’elles en ont fait qu’elles se ferment sans peine à une chose si incompatible avec l’Hôte qui les éclaire.
L’âme pure est comparée au ciel, où il n’y a point de nuit, car, comme il est dit dans l’Apocalypse : L’Agneau est la lumière qui fait son 'jour (Apoc., 21, 23)- Ainsi, cette âme étant éclairée de la même lumière et ayant en soi le même soleil, elle ne peut donner entrée au péché qui seul la peut obscurcir.
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Ce n’est donc point au péché mortel que l’âme doit appliquer son attention : il est horrible de lui-même ; mais aux péchés véniels, qui sont moins opposés à la grâce et dont l’on se donne moins de garde.
Et encore, ce ne sont point les péchés véniels d’affection, parce que je parle des âmes pures et parfaites ; et une âme ne peut être appelée pure et parfaite quand elle pèche par affectation ou par affection, pour petits que soient ses péchés. Mais ce sont les péchés de faiblesse, de fragilité, de lâcheté, qui les rendent confuses et toutes honteuses devant Dieu. Ces sortes de péchés ne font pas perdre l’amitié de l’Époux céleste, mais ils empêchent les purs embrassements et les redoublements de l’intime union.
Cela fait voir que ceux-là sont véritablement heureux qui veillent et qui écartent tout ce qui se peut opposer à l’union parfaite, qui fait la béatitude de cette vie, puisqu’elle donne la vision de Dieu par la foi et la jouissance par l’amour.
Une autre sentence qui s’est présentée à mon esprit m’a donné de la crainte : Que celui qui est debout se donne de garde de tomber (I Cor., io, 12), de peur qu’il ne perde en un moment par ses infidélités un bien dont la perte serait irréparable, et que sa honte ne paraisse non seulement à la vue de Dieu, qui a dit qu’il viendrait de nuit comme le larron pour nous surprendre (Apoc., 16, 15), mais encore à la face de tous les peuples, dont il serait le jouet et la risée.
Toutes ces vérités étaient entremêlées d’entretiens familiers avec Dieu. Je lui demandais la parfaite pureté, et le priais de faire sa demeure en moi, afin de s’opposer lui-même à tout ce qui lui pourrait déplaire. Je lui témoignais que je ne voulais plus agir par moi-même, afin qu’étant le principal agent, il fût glorifié dans mes œuvres, ou plutôt dans les siennes.
Je me suis trouvée ensuite dans une suspension d’entendement, sans aucune impression des choses susdites, comme si cette puissance se fût laissée emporter à la
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volonté, regardant son union comme s’il y eût été perdu et anéanti. Je pense que je dirai mieux, que les puissances étant retirées dans l’unité de l’âme, la seule volonté agissait, ou plutôt était agie dans un très grand repos1.
L’action était dans l’entretien et dans les embrassements de celui à qui elle était unie, ne pouvant faire d’autres actes que ceux qui lui étaient permis, poussée par l’effort de son esprit.
Ile MÉDITATION (50)
Quando egressus fueris ad hostes tuos ad pugnam, custodies te ab omni re mala.
Quand vous serez sorti pour combattre vos ennemis, donnez-vous de garde de toute action mauvaise. (Deut., 23, 9.)
La préparation a été un colloque avec Dieu, lui demandant en termes amoureux quelles sont les sorties de l’âme et quels sont ses ennemis
Le premier est le diable, auquel je ne me suis guère arrêtée, parce que j’en ai bien d’autres qui me nuisent plus que lui.
Ce sont mes passions et mes autres déréglements de la partie inférieure qui troublent les puissances raisonnables pour les attirer avec elles dans le parti des sens, et les engager dans des actions contraires à la perfection et à la loi de Dieu, que ces misérables ennemis ne connaissent point.
Sur ces paroles : Quand vous serez sortis, il m'est venu en pensée que l’âme éclairée de la lumière céleste, des le premier point qu’elle voit le désordre de cette partie maligne, sort de soi-même par des actes d’hostilité qui détruisent tous ces rebelles. Ces actes d hostilité sont
1 Voir plus haut, dans la méditation 46, l’expression : les puissances se sont y étirées au fond de l’âme ; et dans la méditation 47 : les puissances de l'âme... ayant presque toujours été abstraites. De part et d autre, c est le même sens»
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les actes de foi, d’espérance, d’amour, de patience, d’humilité, et des autres vertus.
Sur cela, je suis demeurée dans l’admiration, voyant les avis et les secours que le Saint-Esprit nous donne pour conduire les âmes à la perfection : tout cela pour empêcher que son temple ne soit poilu 1 et profané.
Je l’entretenais amoureusement sur ses inventions admirables, et il versait dans mon âme de nouvelles lumières qui me faisaient voir que, procédant du Père et du Fils, il était le Dieu de bonté, et qu’étant l’amour de tous les deux, il ne se pouvait faire qu’il ne fît du bien aux hommes. Puis il me liait à lui par de nouveaux liens d’amour, qui me serraient fortement à la Divinité par jouissance dans le fond de l’âme.
Me ressouvenant de ces mots : Gardez-vous de toutes choses mauvaises, j’ai reconnu cette vérité que souvent l’âme se souille elle-même par le trop de réflexion qu’elle fait sur les rébellions de la partie inférieure, et que ces réflexions excessives lui nuisent plus que les rébellions mêmes.
Cette excellente leçon est une de celles que nous fait le Saint-Esprit, dans le zèle qu’il a de la pureté de nos âmes.
Il me faisait voir, et j’en avais l’expérience, qu’un généreux mépris fait avec douceur d’esprit anéantit plus tôt toutes ces furies que des actes violents et impétueux ; qu’au reste, l’oraison est le champ de bataille où la victoire s’emporte avec les armes de l’amour et de l’humilité.
J’ai fait réflexion sur ma conduite dans ces combats, qui est de dire amoureusement à Notre-Seigneur: «Divin Époux, vous voyez cette misérable ; dissipez toutes les attaques des passions et de la partie rebelle à votre saint amour, car il n’y a pas moyen que je vous caresse, si vous ne me faites cette grâce. » Puis, passant par-dessus moi-même, je n’en fais plus d’état et n’y pense non plus
i. Poilu, souillé. Terme aujourd’hui vieilli, mais encore usité, au moins quelquefois, aux XVIIe et XVIIIe siècles, chez les grands écrivains.
LES RELATIONS ü’ORAISON
qu’à une chose qui serait fort éloignée de moi. Par ce moyen, j’expérimente de très grandes faveurs.
Toutes ces choses me sont venues en l’esprit à la vue de la sentence susdite ; après quoi, je me suis trouvée dans la même suspension que le matin, expérimentant dans la substance de l’âme de très vives touches de l’adorable Saint-Esprit. Je n’ai point de paroles pour les exprimer. Que ce Dieu d’amour soit éternellement béni des Anges et des hommes !
me MÉDITATION (51)
Nescitis quia templum Dei estis, et Spiritus Dei habitat in vo bis?
Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? (I Cor., 3, 16.)
Dès la première vue de ces paroles, mon esprit s’est laissé transporter, disant à la Majesté de Dieu : « O mon grand Dieu, je suis le néant et la misère même. Vous regarderai-je dans le ciel ? Mettez-y donc mon âme qui en est si éloignée. Vous regarderai- je dans la grandeur de votre immensité qui n’a ni fond ni limites ? Mon esprit faible et borné s’y perd. Vous regarderai-je enfin dans vos créatures ? Vous y êtes trop caché, et vous y voir, c’est ne vous pas voir. Ah ! je suis votre temple, mon grand Dieu. Je vous regarderai donc en moi-même, suradorable et incompréhensible Trinité, ma Vie, ma Miséricorde ! O mon grand Dieu ! Vous appellerai-je mon Père, mon Roi, mon Maître, mon Époux ? Vous êtes mon Père, car je vous veux obéir ; vous êtes mon Roi, car c’est à vous seul que je veux rendre mes honneurs et mes hommages ; vous êtes mon Maître, car c’est vous qui instruisez mon esprit, et qui le remplissez
de vos lumières. Mais surtout, vous êtes mon Époux, mon Amour et mes Délices, car je suis toute à vous, et vous êtes tout à moi, vous le savez, ô Verbe incompréhensible ! »
Ceci n’était que le commencement de l’oraison. Mais les puissances s’étant réunies dans l’unité de l’esprit, leur action a cessé. L’entendement n’a point du tout agi, ayant été arrêté dès le premier regard qu’il a fait sur la Divinité. La volonté passive se sentait agir parfois, mais d’une action si simple que je ne puis dire si c’était action ou émotion de Dieu. C’était une heureuse expiration et une amoureuse passion.
Je ne laissais pas de voir mon néant, et que j’étais un temple mal orné; et j’avais le pouvoir de dire à mon grand Dieu qu’il le parât et qu’il en fût lui-même l’ornement ; qu’il n’y avait point de Séraphins que je ne voulusse égaler en pureté pour le respect de sa divine Majesté ; que je désirais avoir toutes les perfections que je ne connaissais pas, mais que lui seul connaissait, n’ayant pas dessein de m’y plaire, mais de plaire à mon grand Dieu, à mon grand Amour, à mon grand Tout.
L’esprit a fait quelques saillies au dehors, par des paroles extérieures et embrasées ; puis il est rentré en soi-même et dans le fond de l’âme, où il s’est fait un commerce inexplicable avec Dieu.
Le signal m’a fait ressouvenir de l’obéissance que j’ai suivie, conservant toujours cette liaison intérieure. J’ai dit à mon grand Dieu : «O mon Amour, je quitte le lieu, mais je ne vous quitte pas ; allons faire votre volonté, allons chanter vos louanges. »
J’y suis allée toute hors de moi-même, et le corps extrêmement affaibli et épuisé, parce qu’il avait presque toujours été sans sentiment durant l’oraison.
LES RELATIONS D’ORAISON
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POUR LE Ville JOUR
Le sujet de vos méditations sera qu’il ne suffit