‹ Écrits spirituels et historiques (volume 2)Chapitre 50 sur 81 · HUITIÈME ÉTAT D’ORAISON · texte numérisé non relu

HUITIÈME ÉTAT D’ORAISON

IL ne se peut dire combien la religion me fut douce après un tracas tel que celui que j’avais quitté, et de me voir a dans la condition de novice, qui est de ne se mêler de rien que de l’observance de la réglé. Toute cette privation s’ajustait entièrement à mon esprit et 5 à ma nature aussi qui, de soi, n’aimait pas 1 embarras. Une des premières choses que l’on me fit observer fut de suivre la vie commune, de quitter mes tuniques de serge, <etc. >b ; de tout cela, l’on ne me laissa que ce qui s’accommodait à la règle. Quoique j aimasse et 10 me portasse d’affection à tous ces petits exercices de mortification dans le monde, neanmoins je ne ressentis pas une pensée ni mouvement contraire a 1 obéissance en cette occasion. Notre-Seigneur me donna un grand amour pour la vie commune et m’y a toujours ^conduite 15 depuis ce temps-là, sauf ce que l’obéissance m a permis et voulu de moi dans les occasions.

Notre-Seigneur permit que j’eusse une bonne épreuve d’abord. Ce fut qu’une troupe de petits écoliers, com-

1 r Après que j’eus quitté le monde et que Dieu m’eut ouvert la porte de son paradis terrestre ,] il ne douce j [surtout] après un embarras 5 cet état était [parfaitement] conforme 9 serge, [mes instruments de mortification, ma façon

de couche,] etc., et

a. Pour : et combien il me fut doux de me voir.

b. Ms. : et. Sans doute pour etc., car la suite suppose une énumération.

pagnons de mon fils, s’assembla, qui a commencèrent à le huer et crier de ce qu’il avait été si fol et enfant que de me laisser entrer en religion, et que maintenant il était sans père ni mère, et qu’il serait méprisé et 5 abandonné. «Allons la quérir, lui disaient-ils, allons faire beaucoup de bruit pour qu’on te la rende. » Cela émut si fort cet enfant qu’il pleurait lamentablement. Ils vindrent b donc un nombre c à la porte du monastère, qui, avec une grande confusion, faisaient des bruits et io des cris qu’on me rendît, qu’ils se faisaient entendre partout d. A l’abord, je ne savais ce que c’était. Mais parmi ces voix j’entendis mon fils qui à hauts cris disait : « Rendez-moi ma mère ; je veux avoir ma mère ! » Cela me perça le cœur de compassion et me donna beaucoup 15 de crainte que la communauté, étant si fort importunée, ne se lassât et qu’elle ne vînt à me congédier. En ce point, j’en traitais humblement et amoureusement à Notre-Seigneur, pour l’amour duquel j’avais abandonné cet enfant, pour suivre sa sainte volonté et ses divins ao conseils. Et ainsi mon âme était en paix. Nos Mères pleuraient de compassion d’entendre ses cris. Il venait à l’église lorsqu’on disait la messe et se passait partie du corps e par la fenêtre de la grille de la communion :

« Hé ! rendez-moi ma mère ! » disait-il. [Il] allait au 25 parloir et pressait la tourière pour qu’on me rendît ou qu on le fît rentrer avec moi. On m’envoyait le voir. Je 1 apaisais et le consolais. On me donnait quelques petits présents à lui faire. En s’en allant, il croyait que

8 un [grand] nombre 22 messe J et passant la tête par la

a. Syllepse du nombre.

b. Vindrent. Sur cette forme, voir l’article XXIX, p. 270, note c.

, '■ Nombre, une quantité. Ce mot était souvent employé seul dans des cas où nous le faisons toujours précéder de l’épithète grand. Voir Commines : «A Sainct Maur des Fossez se logèrent les ducs de Berry et Bretaigne avec un nombre de leurs gens. » ( Mémoires , I, 6.)

a. Cette construction — consécutive sans antécédent — si fréquente dans

le manuscrit, rappelle, comme nous l’avons dit, les tours de la conversation familière.

e. La Vie corrige : et passant la tête. Souvenir de l’acteur même.

j’irais au dortoir. Les tourières de dehors remarquaient qu’il s’en allait à reculons, les yeux fichés sur les fenêtres pour voir si j’y serais a ; et il faisait cela jusqu’à ce qu’il eût perdu le monastère de vue. L’on me racontait tout cela et m’étonnais comme il m’avait en si grande affection, vu qu’ayant dès son enfance résolu de le quitter pour obéir à Dieu, je ne lui avais fait aucune caresse comme l’on fait aux enfants, quoique je l’aimasse beaucoup, à dessein de le détacher de moi, lorsqu’il serait en âge de le laisser b.

L’on me parlait diversement de l’action que j’avais faite, le quittant, et avais besoin de courage, qu’il plaisait à mon divin Époux me donner. J’entretenais sans cesse sa Bonté à ce qu’elle eût compassion de ce pauvre abandonné, qui n’ayant pas douze ans c, je prévoyais qu’il aurait beaucoup à souffrir, car, d’ordinaire, les parents n’ont pas la tendresse d’une mère, ni un enfant un recours si assuré. Enfin, j’avais devant les yeux tout ce qui pouvait arriver en cette rencontre, et en portais la croix amoureusement pour l’amour de mon cher Jésus, lequel un jour, comme je montais les degrés du noviciat, m’assura, par paroles intérieures, avec un grand amour, qu’il aurait soin de mon fils, et me consola suavement, en sorte que toute l’affection d que j’avais se changea en une paix et certitude qu’il serait pour son saint service, puisqu’il en prenait le soin e.

3 j'y serais j, \parce qu’il m’y avait vue une fois ] 9 beaucoup j afin que mon

absence lui fût moins sensible quand le temps serait venu de me séparer de lui 24 me consola j si doucement que toute V affliction

a. Il est possible que l’addition de la Vie appartienne à l’original. Elle n’est peut-être aussi qu’un souvenir personnel de Dom Claude Martin.

f. Voir la Relation de 1633, fragment 60 (Vol. I, p. 270).

«. Marie entra aux Ursulines le 25 janvier 1631. Les épisodes qu’elle raconte durent se passer aussitôt. Ils précédèrent sa prise de voile qui eut lieu en mars. Claude devait avoir douze ans en avril suivant.

a Le même terme reviendra bientôt. Ce n’est donc pas une inadvertance de copiste. Affection signifie ici : peine. La Vie porte : affliction.

e Après une tentative d’entrée chez les Jésuites, Claude sera un jour bénédictin dans la Congrégation de Saint-Maur.

A quelque temps [de là], mais presqu aussitôt, une occasion se présenta qu’on l’envoya à Rennes, en Bretagne, au séminaire de la Compagnie de Jésus. Ce fut Monseigneur de Tours et le Révérend Père Dom Ray- 5 mond, qui racontant au Révérend Père Dinet (1) tout ce qui s’était passé pour mon entrée en religion au sujet de mon fils, qui le fit aller au dit lieu, où il était recteur a. Ma sœur lui fournissait ses nécessités, comme elle fit jusqu’à la fin de ses études b.

10 J’eus encore un autre assaut. Mon père, qui était âgé lorsque je le quittai, m’assura qu’il mourrait d’affection c si je me retirais. Moi, qui voulais obéir à Dieu, ayant d’autre part trois sœurs dans le monde capables de l’assister s’il en eût eu besoin, je passai par-dessus toutes 15 les tendresses de la nature, appuyée sur les paroles de Notre-Seigneur : Qui aime son père et sa mère plus que moi n est pas digne de moi A En effet, il mourut environ six mois après. Toutefois j’étais bien avec lui. Il me donna sa bénédiction et me visitait à la grille. Néanmoins 20 les personnes qui ne jugeaient que selon le monde avaient divers sentiments à ce sujet, pendant que mon divin Époux me faisait expérimenter qu’il fait bon tout quitter pour l’amour de lui.

Ensuite des rencontres e susdites, les personnes qui 25 avaient blâmé mon entrée en la religion changèrent de pensee et avouaient que la Bonte divine conduisait

n-12 affliction

a. La construction est incorrecte. La Vie a refait la phrase en donnant le premier rôle dans cette affaire à l’archevêque. C’est le sens du manuscrit.

b. Dans la suite, les circonstances, comme nous le verrons, l’obligeront à mettre quelques réserves à sa générosité.

G. Ms. : affection. Se reporter à la note d de la page précédente,

d. Saint Matthieu, X, 37.

e. Rencontres, événements.

toutes mes affaires. S’ils eussent vu ce qu’elle faisait à mon âme, ils m’eussent aidée à chanter ses miséricordes ; mais c’était un secret qui leur était caché.

L’état d’union auquel j’étais pour lors tenait même l’âme en silence au regard de a l’amoureuse activité, de laquelle j’ai ci-devant parlé b. Et l’âme est comme une personne qui sortirait du combat, auquel c on donnerait un lit de fleurs odoriférantes pour se reposer. Cette comparaison est impropre, mais je n’en ai point qui ne le soit davantage. Elle est donc en ce < repos > d adhérente aux douces impressions de l’Esprit du sacré Verbe Incarné, qui la dispose à choses grandes, desquelles il ne lui découvre pas le secret, et l’âme ne veut pas savoir davantage que ce que ce divin Esprit lui fait entendre. Elle ne peut qu’aimer.

Il me semble que je l’ai déjà dit, que dans la voie par laquelle il a plu à Dieu me mener, je n’ai jamais eu de curiosité de savoir davantage, et j’ai reconnu que c’est une notable imperfection que d’appéter de savoir par sa propre industrie. Mais pour aimer, ce n’est pas de même. L’âme a une pente et inclination d’aimer toujours davantage. Je ne veux pas parler de ce qu’il faut savoir par méthode pour bien vivre et s’instruire dans le chemin de la vertu, et enfin pour ne pas errer : les pères spirituels et les livres à qui il faut avoir recours sont pour cela ; mais j’entends [parler] des grâces et lumières extraordinaires, en lesquelles, comme j’ai dit ailleurs e, Dieu laisse l’âme satisfaite, et ce serait une

7 combat j et à qui l’on 10 en ce repos 19 imperfection que de j désirer

savoir plus que Dieu ne fait connaître 20 aimer j il n’en est pas de même

[parce que ] l’âme 24-26 vertu j car les pères spirituels et les livres pieux sont

destinés pour en tirer des instructions afin de ne pas errer, mais j’entends parler des

a. Au regard de, par rapport à.

». Il s’agit des états décrits à l'article XXVII, et, en particulier, de celui qui causait l’ activité amoureuse et les privautés suaves de l’âme avec son divin Époux. L’âme était alors dans un flux et reflux perpétuels.

c. Syllepse du genre.

d. Ms. : propos.

e. A l’article XIX.

lourde faute que l’esprit de nature s’y voulant fourrer, y voulût mettre du sien pour chercher au delà de sa capacité. Et quelquefois, cet esprit de nature est si fin qu’il abuse la partie supérieure pour suivre sa pente a.

5 A ce propos, j’ai autrefois eu fort longtemps en mon esprit ce passage de l’Écriture sainte : Comment es-tu tombe, Lucifer, qui te levais au matin * **? Et je voyais que ce n’était que la pure curiosité d’être et de savoir au delà de ce pourquoi Dieu l’avait créé. C’est pourquoi 10 la suite me confirmait ce sentiment : Tu es chu, qui troublais et navrais les gens c. Non, il n’y a rien en ces matières extraordinaires capable de perdre l’âme comme la curiosité qui, à l’abord, est si < spécieuse > d, mais elle renverse et trouble ses puissances, en sorte que 15 l’esprit de grâce ne se peut apercevoir d’avec celui de nature, ensuite de quoi l’âme tombe en de lourdes fautes et est continuellement errante dans la voie de 1 esprit, et si j’étais capable de donner conseil aux âmes que Dieu appelle à la contemplation, ce serait de 20 rendre un compte fidèle au directeur de leur conscience de tout ce qui <s’y> passe e, car la candeur émousse la curiosité et rend l’âme simple, attirant les grâces de Dieu, et 1 unit a lui qui est un être pur et simple, qui ne veut que des âmes qui lui ressemblent pour leur 25 faire porter ses saintes impressions, qui sont ennemies de l’esprit de nature (2).

J ai suivi le mouvement qui m’a portée de faire cette petite digression au sujet de la curiosité si préjudiciable

1-2 s y voulant j mêler Ht des efforts pour s’étendre au delà de 4 pour lui

faire suivre son inclination 8-9 au delà j de la condition pour laquelle Dieu

13-15 est± spécieuse [parce qu’elle se porte à connaître des choses saintes et divines 1 mais [a la fin ] elle renverse et trouble les puissances en sorte qu’à peine peut-on distinguer l’esprit de la grâce d’avec 22 simple j et capable des grâces

* Pour lui faire suivre sa pente ou pour avoir toute liberté de la suivre. b. Isaïe, XIV, 12.

e. Ibid. Navrer au sens de blesser, et gens au sens de nations, sont vieillis

d. Ms. : précieuse.

e. Ms. : se passe.

à l’ union a qui met le calme partout, en sorte que rien ne trouble l’âme dans l’adhésion qu’elle expérimente avec l’Époux céleste, qui la fait un même esprit avec lui. Les règles, le chœur, toutes les actions d’obéissance contribuent à la perfection de cet état, parce que l’Esprit 5 de Dieu y est. J’expérimentais cette vérité qui me faisait aimer ma vocation et l’état religieux, au-dessous duquel je voyais toutes choses, et ne pouvais comprendre l’abus du < monde > b qui ne fait état que du néant et de la boue de sa vanité. 10

Dans l’union susdite, je voyais bien que la divine Majesté disposait mon âme à quelque chose de grand, et familièrement je disais à mon Époux : « Qu’est-ce que vous me voulez faire, mon Bien-Aimé ? Faites de moi tout ce qu’il vous plaira. Vous charmez mon âme 15 en sorte qu’à peine le puis-je supporter ! » Je fus trois jours en attente de ce qu’il voulait faire et à lui parler de cette disposition.

Un jour, à l’oraison du soir, au même moment qu’on eut donné le signal pour commencer, j’étais à genoux 20 en ma place du chœur, un soudain attrait ravit mon âme c. Lors, les trois Personnes de la très sainte Trinité se manifestèrent de nouveau d à elle, avec l’impression des paroles du suradorable Verbe Incarné : Si quelqu’un

1 union j. Mais je reviens. Mon âme était donc dans le calme après le combat, en sorte que rien ne la troublait 5-7 état j, parce que j’y voyais l’esprit de Dieu, ce

qui me faisait aimer 16 à peine j puis-je supporter l exces de votre douceur

19-20 jusqu'à ce qu'un soir, au même moment qu’on eut donné le signal pour commencer l’oraison, étant à genoux

». L’état d’union dont il est question au début du présent article.

b. Le manuscrit porte ici un signe idéographique qu on peut interpréter par monde ou siècle.

c. La Relation de 1633 fait précéder ce ravissement du renouvellement de l’union du cœur de Marie avec le Cœur du Verbe Incarné (Voir le fragment 66. Vol. I, p. 296).

d. Ce ravissement eut lieu le jour de la fête de l’Ange Gardien, le lundi 17 mars 1631 (Voir le fragment 67 de la Relation de 1633. — Vol. I, p. 298).

m aime, mon Père V aimera ; nous viendrons à lui et nous ferons une demeure chez lui a. Cette impression portait les effets de ces divines paroles et les opérations des trois divines Personnes en moi, plus éminemment que 5 jamais ; et elles me les donnèrent à connaître et à expérimenter dans une pénétration d’elles à moi. Et la très sainte Trinité, en son unité, <s’appropriait > b mon âme comme une chose qui lui était propre et qu’elle avait rendue capable de sa divine impression et des io effets de son divin commerce c.

En ce grand abîme, il m’était signifié que je < recevais >d lors la plus haute grâce de toutes celles que j 'avais reçues au passé, dans les communications des trois divines Personnes. Cette signification était plus distincte 15 et <intelligible > e que toute parole, en cette sorte : « La première fois que je me manifestai à toi, c’était pour instruire ton âme dans ce grand mystère f ; la seconde fois, c’était à ce que le Verbe prît ton âme pour son épouse ; mais à cette fois, le Père et le Fils et le Saint- 20 Esprit se donnent et communiquent pour posséder entièrement ton âme. » Et lors, l’effet s’en ensuivit, et comme les trois divines Personnes me possédaient, je les possédais aussi dans l’amplitude de la participation des trésors de la magnificence divine. Le Père Éternel 25 était mon Père ; le Verbe suradorable, mon Époux, et le Saint-Esprit, Celui qui par son opération agissait

3 effets] de [la promesse faite dans 1 ces divines 7 unité j s’emparait de

& comme] d’une chose qui 11 que je\ recevais 15 intelligible 26 opé¬

ration j disposait mon âme

a. Saint Jean, XIV, 23.

b. Ms. : s’ appropriait à.

c. « Comme les autres fois je me sentais ravir l’âme par la Personne du Verbe, ici, toutes les trois Personnes de la très sainte Trinité m'absorbèrent en elles, de sorte que je ne me voyais point dans l’une que je ne me visse dans les autres. Pour mieux dire, je me voyais dans l’Unité et dans la Trinité tout ensemble. j> (Relation de 1633, fragment 67. — Vol. I, p. 298.)

d. Ms. : recevrais.

e. Ms. : illigente, abréviation pour intelligente.

1. Nouvelle affirmation du caractère pédagogique du premier ravissement.

en mon âme et lui faisait porter les divines impressions.

En toute cette opération, je me voyais le néant et le rien que ce grand Tout choisissait pour porter les effets de ses grandes miséricordes. Je ne pouvais dire autre chose que : « O mon grand Dieu ! ô suradorable Abîme ! Je suis le néant et le rien! » Et lors, m’était répondu :

« Encore que tu sois le néant et le rien, toutefois tu es toute propre pour moi. » Cela me fut répété plusieurs fois, à proportion de mes abaissements ; et plus je m’abaissais et plus je me voyais agrandie, et mon âme expérimentait des caresses qui ne sauraient tomber sous la diction humaine. Ah ! qui est-ce qui pourrait dire l’honneur avec lequel Dieu traite l’âme qu’il a créée à son image, lorsqu’il lui plaît de l’élever dans ses divins embrassements? C’est une chose si étonnante, eu égard au néant et au rien de la créature, que si, par la douceur et tempérament de l’Esprit du même Dieu, cette âme n’était soutenue, elle serait réduite à néant pour n’être plus. Je ne puis m’exprimer autrement.

Toute cette grande impression et occupation se passa en demi-heure a. Je me trouvai appuyée sur ma chaire. J’eus assez de liberté pour dire Complies au chœur en portant l’impression que les écoulements et embrassements divins avaient faite en mon âme, qui était toute liquéfiée là-dedans.

Ensuite de ce que j’ai dit ci-dessus, qui m’arriva environ deux mois après mon entrée en religion, mon esprit, portant l’impression et l’onction de cette grande

1 et lui faisait J recevoir les 3 pour] me faire recevoir xo mon âme]

recevait des 1 1 tomber [sous les sens ni] sous les paroles des hommes mortels

17 tempérament j que l’Esprit du même Dieu y apporte 21 chaise C chaire 22-25 chœur J nonobstant les restes des écoulements et des embrassements divins dont mon âme avait été remplie et dont elle était encore toute liquéfiée [comme un vaisseau qui demeure tout humecté quoiqu’ on ôte la liqueur dont il était rempli.] 26 Après la faveur insigne dont j’ai parlé 28 esprit j qui conservait toujours

a. Ce ravissement représente le point culminant des grâces extraordinaires de Marie.

grâce, était plus abstrait que jamais des choses d’icibas a et enclin aux vertus religieuses et au service divin b, où Notre-Seigneur me donnait des intelligences accompagnées d’une suavité nourrissante sur la sainte Écriture.

5 J’entendais le français de ce que je chantais et récitais en latin au chœur ; ce qui emportait mon esprit, en sorte que, si je n’eusse fait violence à mon extérieur, cela eût paru. En chantant, cela soulageait et donnait air à mon esprit, et touchait les sens. Ils participaient 10 à ce bien, en sorte que j’avais de puissants mouvements de sauter et de battre des mains et de provoquer tout le monde de chanter les louanges d’un si grand Dieu, digne que toutes c se consommassent pour son amour et service, et faire comme l’Épouse : se réjouir et sauter 15 d’aise du souvenir des mamelles de V Époux d, que je goûtais par l’esprit de ces divines paroles, et chanter 6 un Eructavit f pour annoncer les grandeurs et les prérogatives de mon Époux, duquel les paroles m’étaient esprit et vie, dans une exubérance qui est indicible. 20 Dans la psalmodie, je voyais ses justices, ses jugements, ses grandeurs, ses amours, son équité, ses beautés, ses magnificences, ses libéralités, et enfin, qu’il avait au sens de l’Église, son Épouse, les mains faites au tour, toutes remplies d’hyacinthes 2, et autres fruitions h convenables

1 abstrait J [et plus éloigné ] que 3 donnait J l’intelligence de l’Écriture sainte

8 cela eûtj éclaté au dehors 9- 1 1 Les sens en étaient touchés de telle sorte que

j’avais de puissants mouvements de battre des mains 23-24 toutes pleines

de hyacinthes et propres pour

a. « Je demeurai longtemps renfermée en moi-même, sans pouvoir avoir de l’attention à rien... » ( Relation de 1633, fragment 67. — Vol. I, p. 298.)

b. Service divin. D’après le contexte, l’office du chœur.

c. Toutes. La Vie a transposé au masculin. La copiste a conservé le genre de l’original.

d. Cantique des cantiques, I, 3.

e. Et faire.., et chanter se rattachent à provoquer tout le monde de. Toute cette phrase est refaite dans la Vie, mais sans altération du sens.

i. Psaume XLIV.

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