‹ Écrits spirituels et historiques (volume 2)Chapitre 69 sur 81 · XXV] XI · texte numérisé non relu

XXV] XI

Qu’est-ce que je vous dirai touchant cet épithalame dont je vous ai avancé quelques mots en divers endroits de mes écrits, comme de transports et d’autres semblables mouvements d’amour ? Il y en a de diverses sortes dans la voie par laquelle la divine Bonté m’a appelée, conformes aux divers degrés d’oraison par où il m’a conduite. Et je vous dirai en passant que cela ne se fait pas par méthode, mais par l’abondance de l’Esprit de grâce qui domine et qui agit l’âme, laquelle expérimente ce que dit saint Paul, que le Saint-Esprit prie pour nous avec des gémissements inexplicables a, parce que tout cela se fait passivement, tantôt par une tendance vers l’objet aimé, puis par des gémissements qui mettent l’âme en langueur ; tantôt par une suspension qui la fait agoniser, puis par des transports qui lui font oublier le respect de la Majesté ; ensuite par un martyre d’amour très pénible, mais pourtant très aimable ; après cela par une privauté toute suave et toute douce, et enfin par un attrait qui l’oblige à un retour conforme aux attaques de l’Époux. Mais qui pourrait nombrer tous les jeux sacrés et les saintes inventions du divin Amour ! Il n’y a que l’Esprit divin qui meut ainsi ses enfants qui les puisse écrire avec une plume de son divin feu, qui est lui-même, et le divin Agent sur les cœurs et sur les esprits qu’il possède par ses divins écoulements et ses divines touches. L’on écrirait un gros volume sur chacun de ces états, lorsqu’on en expérimente l’acte formel opéré par celui qui possède l’âme, et cela soulagerait la nature qui souffre en portant un état si disproportionné à sa faiblesse. Mais hors de là, l’esprit retient tout à soi par nécessité, ne trouvant rien au dehors qui

a. Épître aux Romains, VIII, 26.

le puisse soulager : son bien étant au dedans de soi, il y demeure, et l’esprit souffre selon le bon plaisir de son divin Agent a.

Page 1