‹ Écrits spirituels et historiques (volume 2)Chapitre 7 sur 81 · I. RETRAITE DE DIX JOURS · texte numérisé non relu

I. RETRAITE DE DIX JOURS

POUR LE Ier JOUR. DIEU CRÉATEUR

le MÉDITATION (i)

Que Dieu est votre Père dans l’ordre de la nature

Manus tuae, Domine, fecerunt me ;vitam et misericordiam tri buisti mihi : et visitatio tua custodivit spiritum meum.

Vos mains, Seigneur, m’ont formé, vous m’avez donné vie et miséricorde : et votre visite a gardémon esprit 1.( Job, 8, 12.)

MON esprit a considéré en général le bienfait de la création ; mais il n’a pu se contenir dans les bornes de la nature. Il s’est aussitôt porté à ceux de la rédemption et de la justification, sans s epancher néanmoins, c’est-à-dire sans raisonner ni s etendre aux circonstances de ces incomparables bienfaits, sinon que

1. Les traductions des textes de l'Écriture ont été ajoutées par Dom Claude Martin, ou, tout au moins, fortement retouchées par lui.

j ai vu que c’est le Père qui m’a créée, le Fils qui m’a rachetée, le Saint-Esprit qui m’a justifiée.

J’ai vu encore que le Père en me donnant l’être a laissé une infinité de créatures dans le néant ; que le Fils en me rachetant a laissé une infinité d’âmes dans la perdition, en sorte qu’elles ne se ressentent quasi pas de sa rédemption ; et que le Saint-Esprit en me justifiant a laissé une infinité de personnes dans le péché.

Là-dessus, ma volonté s’est toute épanchée en actions de grâces ; et s’unissant par amour à la très sainte Trinité, tantôt je la regardais dans l’unité de l’essence, puis dans la distinction des Personnes, me confirmant en ce que l’Église en croit1, savoir, que tous les biens que Dieu communique aux créatures sont communs aux trois Personnes divines, encore que l’on attribue la création au Père, la rédemption au Fils, et la justification au Saint-Esprit, lorsqu il se répand dans les âmes par l’infusion de la grâce ; parce que les trois Personnes n’ayant qu’une même puissance, ce que l’une fait, les deux autres le font indivisiblement.

Ma volonté ainsi embrasée de l’amour de celui qu’elle connaît si libéral en son endroit par ses divines communications, s’est sentie poussée à l’imiter autant qu’elle le pourra faire dans la faiblesse de sa nature, faisant des especes de sorties hors d elle-même, pour se communiquer au prochain en lui faisant du bien.

J en ai fait la résolution, et j’ai demandé la grâce d’être fidèle dans les occasions.

i. L’original arrêtait vraisemblablement la phrase ici. Le développement qui suit ne paraît être qu’une de ces amplifications d’éditeur dont parlait plus haut la préface de Dom Claude Martin, nécessitées par le caractère de méditation que l’on voulait donner à ces notes d’oraison, en les publiant. Cet exposé didactique sur les attributions des opérations ad extra à l’une ou à l’autre des Personnes de la Trinité n’a, en effet, rien à voir avec le dessein de Marie dans la rédaction de ses impressions. Nous signalerons, à l’occasion, d’autres cas probables de pareilles amplifications. v

LES RELATIONS D’ORAISON

ne méditation (2)

Que Dieu est votre Père dans l’ordre de la grâce

Voluntarie genuit nos verbo veritatis, ut simus initium aliquod creaturae eius.

Il nous a engendrés volontairement par la parole de vérité, afin que nous soyons comme les prémices de ses créatures. (Jac., i, 18.)

J’ai considéré dans ce passage l’élection que Dieu a faite de toute éternité de ceux qu’il a appelés au christianisme ; et toutes ses paroles m’ont mis devant les yeux les circonstances de cet incomparable bienfait.

Il nous a engendrés : Il est donc notre Père, nous sommes ses enfants.

Il nous a engendrés volontairement et librement : Cette génération divine est donc un effet de sa grâce et de sa pure libéralité.

Il nous a engendrés par la parole de la vérité, c’est-à-dire de son Fils : c’est donc ce Fils bien-aimé qui a exécuté dans le temps ce qui avait été déterminé dans son conseil éternel.

Et il nous a engendrés pour être les prémices de ses nouvelles créatures : c’est-à-dire de ceux qui vivent dans la loi de grâce ; ceux-là sont donc proprement les créatures de Dieu, et ils lui appartiennent par un titre particulier, qui vivent dans la loi nouvelle et qui sont ses enfants par la grâce d’adoption.

Toutes ces circonstances m’ont tellement embrasé le coeur, qu’il semblait aller tomber en défaillance, en caressant le Verbe eternel, a qui le Pere m a donnée pour être des premières de ses créatures.

Je n’ai pu découvrir de moyen pour correspondre à tant d’excès de grâces et de faveurs, sinon de conjurer ce même Verbe de me recevoir sur son divin Cœur, pour y brûler en continuel holocauste, en la presence de son

Père 1. Partout ailleurs je lui suis infidèle et j’abuse de ses dons ; mais le feu de ce divin Autel consomme toutes mes infidélités, et sanctifie ma vie, mes pensées et mes actions.

Ille MÉDITATION (3)

Que Dieu ne vous a élevée a l’ordre de la grâce que pour

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