DOM CLAUDE MARTIN
LA vie de Marie de l’Incarnation se réfléchit, et pour une part s’explique et se justifie dans celle de son fils, Dom Claude Martin.
Sans doute, le Bénédictin de Saint-Maur a moins
r. A l’inverse de la méthode adoptée plus haut pour l’esquisse monographique de Marie de l’Incarnation, nous avons cru devoir accompagner celle de Dom Claude Martin d’une annotation justificative surtout pour les années 1672-1696. Nous ne retrouverons, en effet, dans les écrits de la Vénérable Mère, qu’une partie seulement de la vie de son fils. L autre ne devait pas non olus rester ignorée.
Les sources manuscrites seules ont ete utilisées pour cette monographie. Les principales sont : a] Dom Martène. La Vie du Vénérable Père Dom Claude Martin, Religieux Bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, décédé en odeur de sainteté au monastère de Marmoutier, le neufesme Jour du mois d’Aoust 1696,
écrite par un de ses Disciples. Bibliothèque municipale de Tours, ms. 1442.
b] Dom Martène. Histoire de la Congrégation de Saint-Maur. Archives de Ligugé et de Solesmes. — c] Dom Martène. Histoire de l' A bbaye de Marmoutier. Bibliothèque Nationale, mss. 12876-12880 (fonds latin). — d] Dom Claude Martin. Lettres spirituelles. B. N., ms. 15793 (fonds français). — e] Dom Claude Martin. Correspondance B. N., ms. 19661 (f. fr.). — f] Dom Mommole Geoffroy. Relations des actions mémorables des Quatre premiers supérieurs généraux de la Congrégation de Saint-Maur. B. N., ms. 19622 (f. fr.). — g] Correspondance des Bénédictins de Saint-Maur. B. N., mss. divers, (f. fr.)
La Vie de Dom Claude Martin par Dom Martene a été imprimée sous ce titre * La Vie du Vénérable Père Dom Claude Martin, Religieux Bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, décédé, en odeur de sainteté au monastère de Mairmontier . le g du mois d’Aoust 1696, écrite par un de ses Disciples... A Tours, chez Philibert Masson... M. DC. XCVII. Avec Approbation et Permission. Cette vie imprimée, qui a une histoire dont il sera parlé plus loin, n’est souvent qu’un remaniement et même un extrait du ms. 1442 de Tours. D’où la nécessité de recourir constamment à ce dernier. C est lui que nous avons ordinairement cité.
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d’agrément dans les manières, de grâces dans l’esprit et d’harmonieux équilibre dans la physionomie morale et intellectuelle, que l’Ursuline de Tours et de Québec. Mais, comme elle, le goût de la vie intérieure le possède ; et il a le même génie dans les affaires, la même entente du gouvernement, et des aptitudes à toutes sortes d’arts. Enfin les mêmes privautés divines l’ont souvent comblé. Dans tout ce qu’il a de grand et de saint, qui inspire la sympathie, Dom Claude Martin est à l’image de Marie de l’Incarnation. Ses larmes l’ont engendré à la vie religieuse, son expérience religieuse l’a initié à la vie mystique. « Elle est sa mère, dit Bossuet, plus encore selon l’esprit que selon la chair1. » Par un juste retour, elle a trouvé dans les étapes rapides qui l’ont porté aux premières charges de sa Congrégation, la réponse providentielle décisive aux doutes qui, malgré les assurances de ses directeurs, l’ont agitée longtemps, pour l’avoir abandonné si jeune. La nature et la grâce ont tellement uni cette mère et ce fils qu’on ne peut bien les voir l’un sans l’autre. Leur histoire est inséparable. C’est, comme on l’a dit, une histoire en deux personnes2.
rom Claude Martin est né à Tours, le 2 avril 1619. C’était en la fête de saint François de Paule, le saint protecteur de la famille. Ses premières années appartiennent à la vie de sa mère. Sur le drame qui les assombrit, son retentissement dans la sensibilité de 1 enfant et sa formation morale, les mémoires de Marie et sa biographie nouvelle, diront l’essentiel. Le problème
Dossuet. Instruction sur les Étuts d Omison . L. IX, III.
2. Comme précédemment pour Marie elle-même, il ne peut guere s agir ici que d’une simple suite de la vie de Dom Claude Martin. La publication des écrits de Marie de l’Incarnation manifestera à l’évidence la continuité de la mère dans son fils, et leur mutuelle dépendance.
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est trop vaste, trop complexe pour être seulement touché en passant. Claude est alors une petite nature, candide, timide et replié sur lui-même, impulsif, inquiet. Les circonstances le veulent ainsi. Une fugue qu’il fit à l’âge de douze ans le montre aussi capable de décision. Il se détendra et se fixera définitivement plus tard, quand il aura trouvé sa voie. Mais ce ne sera qu’après bien des détours. Son instruction commença de bonne heure. A dix ans, il signe comme parrain sur les registres de catholicité de Tours. A cet âge, il est déjà en pension, Marie ne pouvant mener de front le soin de son éducation à la maison et la direction des entreprises de son beaufrère. Une fois sa mère aux Ursulines, il ira étudier chez les Jésuites, à Rennes d’abord, 1631-1633, puis à Orléans, 1633-1636, d’où il reviendra à Tours pour sa rhétorique, 1636-1638, et de là retournera à Orléans pour sa philosophie, 1638-1639.
Il était à Orléans, quand Marie, en février 1639, traversa cette ville, en route pour Paris, Dieppe et Québec. Quelques jours plus tard, il la rejoignait à Paris, où il venait demander son entrée dans la Compagnie de Jésus. Cette démarche imprévue apporta une grande consolation à Marie. Elle avait toujours vu son fils bénédictin ou jésuite : son vœu allait être comblé. Des membres influents de la Compagnie, le P. Georges de la Haye, ex-recteur du Collège d’Orléans, le P. Saint- Jure qui y professait, s’employaient à presser l’affaire. Le provincial de France, le P. Jacques Dinet ne ménageait pas les bonnes paroles. Mais, Marie partie pour le Canada, Claude rentre à Orléans, Dinet, on ne sait pourquoi, atermoie, se reprend et refuse enfin tout net de le recevoir, sur ce qu’il était dur d’oreille et court d’esprit. Beaux prétextes ! « On ne s’est jamais aperçu qu’il fût sourd, écrira de lui, son disciple et biographe, Dom Martène,... et on ne croit pas faire tort à cette illustre Compagnie, si féconde en beaux esprits, de dire qu’on ne
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pense pas qu’elle ait beaucoup de sujets de sa force pour la beauté, la solidité et la délicatesse de l’esprit. Mais que dire à cela, sinon que souvent les hommes, pensant faire leur volonté, exécutent celle de Dieu, qui voulait se servir de Dom Claude Martin dans un autre Ordre, qui a trouvé qu’il avait assez d’esprit pour être un grand serviteur de Dieu et pour soutenir l’observance par son exemple, par sa sagesse, par ses conseils et par son autorité1. » Bonnes raisons ou faux semblants, l’étrange refus du P. Dinet n’en fermait pas moins des portes déjà à demi-ouvertes. Déçu dans son attente, désemparé, Claude se voit soudain rejeté dans les hasards. Décidé à se suffire à lui-même, — il ne veut plus vivre aux crochets de sa famille, — en 1640, il revient à Paris, en quête d’une situation. La duchesse d’Aiguillon lui a fait espérer un emploi. Mais elle oublie sa promesse. A Québec, Marie qui a su l’échec de Claude chez les Jésuites et semble croire à un nouveau caprice de sa part, passe à son sujet par les pires inquiétudes. Cependant l’heure de Dieu est toute proche. Elle sonne sur la fin de cette même année.
A ce moment, la fortune se prend tout à coup à lui sourire. Des amis en place lui ont trouvé des positions prometteuses. Mais c’est trop tard. Claude a déjà demandé son admission dans la Congrégation de Saint- Maur, où le Supérieur général, Dom Grégoire Tarrisse, charmé de son bon air, lui fait un paternel accueil. Enfin il est au port. Le 15 janvier de l’année suivante,
t. Dom Martène. La Vie du V. P. D. Cl. Martin. .. Ms. 1442 de Tours, fol. 18. On lit au verso du premier feuillet du manuscrit la note suivante, qui est passée dans le catalogue Dorange 1875, et dans le Catalogue Général des manuscrits des Bibliothèques publiques de France, 1905 : « Cette Vie a été imprimée à Tours, 1697, in-8°, mais le manuscrit contient plusieurs passages qui ont été retranchés à l'impression et dont quelques-uns renferment des traits contre les Jésuites, qui avaient refusé d’admettre dans ieur compagnie dom Claude Martin... » Le seul trait contre les Jésuites, si c’en est un, est celui qu’on vient de voir. La pointe en est assez bénigne. Quant aux passages supprimés, ils visent Nicole, et des différends avec la Cour dont ü sera question tout à l’heure.
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1641, il entre à la Trinité de Vendôme, abbaye où il va faire son noviciat. Il y prononce ses vœux le 3 février
1642, à 23 ans.
Les dates qui vont suivre marquent les étapes d’une carrière monastique à peu près unique de son temps, pour sa rapidité, sa continuité et sa fécondité. Plusieurs reviendront avec leurs circonstances dans les écrits de Marie de l’Incarnation. Nous nous contenterons ici d’une sèche nomenclature.
Sa profession émise, Claude Martin est envoyé à 1 abbaye de Tiron, près de Chartres, pour son noviciat de jeune profès, 1642. Ce temps de probation supplémentaire, que les constitutions de Saint-Maur ont fixé à deux ans, est réduit pour lui à une année. De Tiron, il passe à Jumièges en Normandie, où, durant cinq ans, i643"i648> il étudie en philosophie et en théologie. A la fin de 1648, il est a Saint-Martin de Séez, pour l’année de récollection des scolastiques au terme de leurs études. Là, il est ordonné prêtre et célèbre sa première messe en la fête de saint Martin, le 11 novembre, 1649. Après dix-huit mois au prieuré de Bonne-Nouvelle, à Rouen, 1650-1651, où il se perfectionne dans les pratiques de la retraite et d un ascétisme déjà rigoureux, il revient à la Trinité de Vendôme, le monastère de sa profession, mais en qualité de sous-prieur. C’est dans les derniers mois de 1651. Enfin, au mois de mai de l’année suivante, 1652, le chapitre général de Saint-Maur l’élit prieur dé Saint-Nicaise de Meulan, près de Versailles. Dom Claude Mai tin, a cette date, a 33 ans d âge, 10 ans de profession et 3 ans de prêtrise. Il ne sortira plus de charge que quarante-quatre ans plus tard et pour mourir.
Pendant dix-sept ans, il est d’abord employé au gouvernement des monastères particuliers : deux ans
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au monastère de Saint-Nicaise de Meulan, 1653-1654 ; trois ans aux Blancs-Manteaux de Paris, 1654-1657, « ministère qui avait toujours été rempli par les premiers supérieurs de la Congrégation, » et où il se signale par l’oraison funèbre qu’il prononce à Saint-Germain des Prés (1657) de Messire Pomponne de Bellièvre, premier Président du Parlement de Paris ; un an encore à Meulan, 1658, où le rappelle le conflit violent du Gouverneur et du Lieutenant-Général de cette ville ; deux ans à Saint-Corneille de Compiègne, 1658-1660 ; six ans à Saint-Serge d’Angers, « où sa vertu devait recevoir un nouveau lustre par la pratique de plusieurs actions héroïques, dont on a peu d’exemples dans les plus grands saints de l’antiquité, » 1660-1666 ; deux ans enfin à Bonne-Nouvelle de Rouen, 1666-1668. C’est là, que cette même année 1668, la diète annuelle de Saint-Maur vient le prendre pour le créer assistant du Supérieur général, Dom Audebert, la seconde charge de la Congrégation.
Au titre d’assistant, Dom Claude Martin prend rang parmi les supérieurs majeurs ; il entre dans le gouvernement, le régime, comme l’on disait alors, de la Congrégation tout entière. Désormais, durant près de trente ans, il sera mêlé activement, et souvent plus à fond que nul autre, à toutes les affaires de Saint-Maur. Assistant de 1668 à 1675, grand prieur de Saint-Denis en France, de 1675 à 1681, de nouveau assistant de 1681 à 1690, enfin prieur de Marmoutier de 1690 à 1696, rien de difficile et d’important ne devait plus se traiter sans qu’il y eût part ou qu’il fût consulté. Définiteur dans tous les chapitres généraux, depuis 1672, président des cinq derniers, 1684-1696, il sortait de celui de 1687 Supérieur général, n’eût été le véto du roi. Marie de l’Incarnation put voir les débuts de ces magnifiques états de service. Un moment effrayée d’une telle élévation, elle se rassura vite avec ses vues surnaturelles, joyeuse de sentir Dieu si libéral dans l’accomplissement de ses promesses.
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Il est difficile de surestimer l’action de Dom Claude Martin dans ses nouvelles fonctions de supérieur majeur. Par la direction religieuse qu’il donne aux jeunes profès de Saint-Germain des Prés, résidence du régime et le premier monastère de Saint-Maur ; par les traités que le Supérieur général, Dom Audebert, lui demande en vue d unifier la formation monastique dans la Congrégation, et qui y deviennent, tout de suite, avec leurs rééditions rapides, des classiques de la spiritualité bénédictine, l’influence qu’il exerce ne le cède à nulle autre en profondeur et en étendue. Il est comme le père spirituel de Sain't-Maur et de ses deux cents maisons.
Dans le domaine des lettres, ses initiatives ne sont pas moins considérables. A peine assistant, il se fait le champion ardent, persuasif, de l’édition, qui allait bientôt devenir si fameuse, des œuvres de saint Augustin. L idee d engager Saint-Maur dans cette entreprise lui est venue, non du grand Arnauld, comme on l'a dit à tort, mais d’une conversation avec Dom Luc d’Achery, le bibliothécaire- de Saint-Germain des Prés. « Il aimait la doctrine de saint Augustin par-dessus celle des autres Pères, à cause de sa douceur et de sa modération dans les expressions et d un certain caractère de droiture qui éclate dans ses traités. » Une nouvelle édition des œuvres du saint Docteur s’imposait. Il en fit aussitôt le projet. C était un travail immense \ mais « il avait le cœur noble et natuiellement porte aux grandes entreprises qui regardaient la gloire de Dieu 1. » Quant aux difficultés, aucune «ne l’effrayait lorsqu’il s’agissait... du bien de la religion. » Pourtant celles-ci étaient nombreuses, immédiates. D’aucuns auraient voulu que Saint-Maur prît violemment parti dans la controverse du moment. Sa
r. Dom Martène, l. c., fol. 92.
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réserve était suspecte. Déjà dans certains quartiers, on agitait contre la Congrégation le spectre du jansénisme. Éditer saint Augustin à cette heure, n’était-ce point fournir des armes aux adversaires ? Quelques supérieurs du régime le pensaient. Mais que venait faire le jansénisme dans cette affaire ? Devant les raisons de Dom Claude Martin toutes les hésitations tombèrent. Le projet décidé, on lui en confie l’exécution. Il le met donc en train, recrute l’équipe des travailleurs, la dirige, la surveille 1, la relance après un premier échec, la mène au succès. Il aura de même la haute main sur presque tous les grands ouvrages qui se faisaient dans la Congrégation. C’est lui qui distingue Dom Bernard de Montfaucon, la future lumière de la société littéraire de Saint-Germain des Prés. Montfaucon était alors tout jeune religieux en Languedoc. Il le fait travailler, le trouve bon pour le grec, mais lui conseille de s’appliquer à la belle latinité avec « Térence, Cicéron (dans ses traités) et César, qui sont la source du beau latin, » avec aussi le P. Sirmond et l’humaniste Muret dans son De variis lectionibus 2. Enfin, il le fait venir à Paris, et lui confie saint Athanase. Il fera encore entreprendre saint Basile et Clément d’Alexandrie, chez les Grecs, et chez les Latins, saint Hilaire et saint Jérôme. Saint-Maur lui doit ainsi une bonne part du plus pur de sa renommée scientifique.
Mais Saint-Maur lui a bien d’autres obligations. A son apogée, la Congrégation a connu des passages difficiles qui ont mis en jeu son existence même. D’an-
1. Lorsqu’à est nommé grand prieur de Saint-Denis en 1675, toute l'équipe des travailleurs se transporte avec lui dans cette abbaye. Dom Delfau, qui a la responsabilité littéraire de l’œuvre, s’excuse ainsi de son silence à son confrère D. Jacques Du Chemin, de Saint-Serge d’Angers : « L’embarras où j’ai été depuis mon arrivée à Saint-Denis, ou nous avons suivi le R. P. Dom Claude Martin, notre patron et le promoteur de notre ouvrage, (en) a été la cause ». Lettre du 20 août, 1675. B. N., ms. 12803, fol. 204. (f. fr.)
2. Lettre à Dom B. de Montfaucon, 20 mars 1687. B. N., ms. 19661, fol. 32. Toute cette lettre avec ses conseils de stylistique est fort intéressante. Son auteur eût fait un professeur éminent de belles-lettres.
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ciennes abbayes, ramenées à l’observance, supportaient mal sa réforme. Ses richesses — purement imaginaires au reste — ses maigres bénéfices, dont on grossissait à plaisir le nombre et les revenus, allumaient les convoitises à la Cour... et ailleurs. Depuis plusieurs années déjà, rancunes et intérêts conjuraient contre elle. Après un temps d’accalmie relative, les imprudences d’un religieux de Corbie, le trop fameux Dom Gerberon, l’emportement et l’audace de deux ou trois brouillons, servirent à souhait les malveillants. Brusquement, en 1681, la situation empira. A ce moment, Dom Claude Martin fut véritablement le seul pour défendre Saint-Maur et le sauver de la ruine h
Il venait de quitter les fonctions de grand prieur de Saint-Denis en France et de reprendre la charge d’assistant. « Ce ne fut pas sans une providence particulière, dit Dom Martène, qu’il rentra dans le régime de la Congrégation, dans un temps où elle eut besoin plus que jamais de sa sagesse et de ses avis. » C’était celui, en effet, où l’on voyait «fondre sur (elle) les plus grandes affaires qu’elle ait jamais eues depuis sa naissance1 2. » La crise fut même si aiguë qu’en 1682 la suppression
1. Dom Claude Martin venait d'être réélu assistant, au chapitre général de cette année. Ce lut « par un coup singulier de la divine Providence qui le lit rentrer dans le régime de la Congrégation pour en être le principal et presque l’unique appui, dans un temps qu’elle était sur le point d’endurer des secousses si furieuses qu’elles étaient capables, non seulement de l’ébranler, mais même de la renverser entièrement... Car, par un juste et adorable jugement de Dieu, elle se vit tout d’un coup déchirée par les faux-frères au dedans, persécutée par les puissances du siècle au dehors, et presque abandonnée de tous... » Dom Martène : La Vie... fol. 109. Trois mois après le chapitre, Dom Vincent Marsolle, le Supérieur général, meurt. Il est remplacé par le premier assistant Dom Brachet. Celui-ci, appesanti par l’âge, se décharge de tous les soins de sa fonction sur Dom Claude Martin qui reste seul assistant , jusqu’en 1684. Tout le poids du gouvernement tombe sur lui. Il eut alors « besoin de toutes ses forces pour (le) soutenir et de toute sa sagesse pour se tirer avec honneur des méchantes affaires qui vinrent fondre tout d’un coup sur la Congrégation, étant obligé d’agir et de résoudre presque lui seul ce que faisaient auparavant trois personnes tort éclairées ». Dom Martène, La Vie... fol. 110.