‹ Écrits spirituels et historiques (volume 3)Chapitre 14 sur 65 · Ibid., fol · texte numérisé non relu

Ibid., fol

2. Les plaidoyers et les mémoires de Dom Claude Martin étaient, nous apprend Dom Martène, conservés aux archives de la Congrégation. Peut-être devrions-nous reconnaître 1 un d’eux dans la pièce dont il sera fait état à propos du prétendu jansénisme de Saint-Maur.

3. Ce veto royal est rapporté dans la Vie imprimée, mais sans les circonstances qui 1 attirèrent. Isolé dans la page où il figure, il y pose une énigme, que certains avaient cru résoudre par des sympathies jansénistes de Dom Claude Martin On voit, et l’on verra mieux encore dans un instant, que le jansénisme n’était

INTRODUCTION GÉNÉRALE

l'élection des hommes, il le fut dans l’estime, le désir et le cœur de toute la Congrégation, surtout des bons religieux qui avaient une très grande confiance en lui et qui s’y adressaient plutôt qu’à tout autre quand il s’agissait de faire observer quelque point de régularité. » Personnellement, Dom Claude Martin, qui avait travaillé de tout son pouvoir à détourner sur un autre le choix des Pères, se réjouit du coup qui le frappait ; mais il ressentit très vivement pour la Congrégation cet abus de pouvoir. C’était la première fois que les puissances séculières entravaient la liberté des élections à Saint-Maur ; et cette intrusion était un fait grave.

Évincé du généralat, Dom Claude Martin, malgré la défaveur du roi, n’en fut pas moins maintenu dans ses fonctions d’assistant pour un nouveau triennat, 1687- 1690. Comme précédemment, tout le contentieux lui incombe, et il y apporte la même indépendance et le même dévouement éclairé. Au chapitre général de 1690, après neuf ans consécutifs passés dans le régime, il s’en retire conformément aux constitutions. Le Général vou-

pour rien dans cette affaire. Dom Martène nous a conservé le mémoire que Dom Claude Martin écrivit sur son exclusion. Le voici. « Lorsque l’on a été sur le point de faire les élections, le roi a fait signifier au Définitoire qu'il donnait l’exclusion pour la charge de Supérieur général au P. Dom Claude Martin, sans autre raison, sinon qu’il ne lui était point agréable. On a su depuis que le sujet ou plutôt le prétexte de cette disgrâce est qu’on a fait entendre à Sa Majesté que ce père était un entêté, qu’il ne revenait point quand il avait quelque chose en tête, qu’il aimait les procès, qu’i/ avait même plaidé contre le roi dans l’affaire des cinq abbayes, ainsi que le roi lui-même s’en est expliqué depuis. Cette signification ne s est point faite par une lettre de cachet ; mais seulement, Mr. de Paris a dit au R. P. Dom Claude Boistard qu’il avait ordre du roi de lui dire, et par son moven, au Définitoire, que Sa Majesté donnait l’exclusion dont je viens de parler. Le^ R. P. a dit ses raisons pour se charger de cette commission, et quoiqu’il n’eût aucune lettre ni aucune marque de créance, néanmoins parce que c’est un homme d'honneur et de probité, qui est hors de suspicion qu’il en voulût imposer au chapitre, on le crut à sa parole, et ensuite il a été élu lui-même à la charge de Général. Voilà la première fois que la Cour s’est mêlée des affaires du chapitre général et qu’elle a ôté la liberté des élections. Il est peu important que le susdit père ait ete exclu de la charge de Général, mais la conséquence en est très grande et l’exemple très périlleux que les puissances séculières fassent violence au régime dans un point de« plus essentiels. On ne peut en attribuer la cause qu’aux grands dehors et aux

MARIE DE L’INCARNATION

lait le garder auprès de lui comme secrétaire et conseiller ; il refuse. Malgré ses instances pour être enfin rendu à la vie de retraite qu’il avait toujours ambitionnée, il est nommé prieur de Marmoutier. Marmoutier était alors une des principales maisons de la Congrégation, qui le choisissait souvent pour y tenir ses assises triennales. Dom Claude Martin ne s’éloignait donc pas définitivement de toute participation aux affaires. Dans la grande abbaye tourangelle, les supérieurs de Paris continueront de rechercher ses avis et ses directions, et il y présidera les chapitres généraux de 1693 et de 1696. En 1693, il fut question de le reelire a Saint-Denis, comme grand prieur , mais dans cette charge, il s était opposé autrefois « aux divertissements injustes et illicites d’un homme de la première distinction, qui faisaient des torts considérables à son monastère et causaient des ravages dans tout le voisinage, dont les pauvres étaient notablement incommodés h » Cet homme, très considéré alors « dans le royaume et dans l’Église, » était même cardinal. Le motif était plus que suffisant pour obliger le chapitre à renoncer a son dessein*". Dom Claude Martin fut maintenu à Marmoutier.

conversations mutiles de quelques religieux avec les personnes de qualité, qui conçoivent, facilement des inclinations pour ceux en qui ils remarquent des talents extérieurs éclatants et agréables. L'expérience a fait voir, jusqu’à présent que ces grands dehors inutües ont plus causé de dissipation que d’édification! L expérience a fait voir au contraire que la Congrégation n’a jamais plus prospéré devant Dieu et devant les hommes, que quand les supérieurs se sont éloignés avec prudence de ces grands dehors pour s’attacher à la conduite intérieure de la Congrégation. Quant aux raisons de cette exclusion il est facile de les deviner ; mais, comme il est aussi facile de se tromper dans les choses qui ne sont pas tout a fait claires, il vaut mieux ne point faire de jugements que de s’exposer à en faire de téméraires. Quoiqu’il en soit, quand les raisons des hommes seraient injustes, celles de Dieu, sans la Providence duquel rien n’arrive dans le monde sont toujours très justes et très équitables ». Dom Martène. La Vie... fol. 134!

Page 1