Les
astérisques
désignent
les
irag
ments d’origine douteuse.
5oi
Dans ce nombre si considérable de fragments aucun ne se rapporte à la période qui va de i599> date de la naissance de Marie, a 1622. Pourtant, la Vénérable Mère en avait sûrement parlé, le P. de la Haye le lui ayant prescrit. Les souvenirs de ces vingt-deux premières années tiennent encore neuf chapitres dans la Relation de 1654 ; ils occupaient une place au moins égale dans celle de 1633. En particulier, Marie devait y parler longuement du premier ravissement qui lui ouvrit, en 1620 l’accès aux voies mystiques. Peut-être, ces souvenirs n’apportaientils aucun élément historique nouveau. Pour ce motif, fidèle à sa méthode utilitaire, Dom Claude Martin les aura supprimés.
Le premier fragment commence à l’année 1622, les autres se réfèrent aux années qui suivent. Vu l’abondance et l’étendue de ces pièces, on peut légitimement inférer qu’ils constituaient la majeure partie de la Relation, pour la période de 1622-1633. Même, on pourrait avancer sans témérité qu’ils représentent
pour nous, aujourd’hui, plus des trois quarts de la Relation totale.
Dom Claude Martin a fait
passer dans la Vie le plus qu’il
a pu de la Relation de 1633. H l’a fait, mais en s’armant d’une paire inexorable de ciseaux. Et voilà un beau sujet d’embarras pour l’éditeur moderne. Tirer les pièces de la glose qui les encadre, et quelquefois les encombre et les étouffe, n’est qu’un jeu. Tenter de rétablir le document dans sa forme primitive est une entreprise difficile, voire irréalisable. La plupart des connexions de l’original font défaut. Puis, dans cet éparpillement de pièces, des transpositions sautent aux yeux, mais d’autres se laissent soupçonner, sans qu’il soit possible de retrouver avec sûreté l’ordre véritable. D’un même texte dont on parvient à relier les tronçons, le début a permuté avec la fin. Ce phénomène, dont on a un exemple certain, n’est peut-être pas unique. Enfin, si au sein de ce mélange des groupes se reforment d’eux-mêmes et d’autres s’ébauchent, ces groupes, faute de leur liaison naturelle disparue, se juxtaposent souvent plus qu’ils ne s’enchaînent. Évidemment, la difficulté n’est pas comparable à celle des Pensées. Elle est sérieuse tout de même.
Une restauration de tout point conforme à l’original n’étant pas permise, on peut néanmoins en essayer une reconstitution rationnelle.
Tout d’abord, dans la Relation de 1633, même telle que nous la possédons, deux groupes de faits se dessinent dès la première lecture : d’une part, l’itinéraire mystique proprement dit de Marie de l’Incarnation ; d’autre part, sa vocation et sa vie religieuse. A l’intérieur de ces deux sections principales, que sépare une ligne de démarcation nettement tracée, des points de repère autorisent des subdivisions. Des fragments s'attirent par-dessus le commentaire de Dom Claude Martin. Il est facile de les ressouder. Pour d’autres, on peut utiliser le parallélisme entre les deux Relations et s’appuyer sur l’ordre de la Relation de 1654 Pour retrouver la suite de celle de 1633. Il y a aussi certaines affinités des textes, les données de la chronologie, et quelques trop rares indications de la Vie. Des fragments, en petit nombre, échappent à toute prise précise, leur point d’insertion faisant totalement défaut. Des analogies générales de contenu permettent alors de les ranger dans un ordre logique. Enfin, il est des pièces répétées deux fois : le doublet est à éliminer. Reste une vingtaine d’extraits, dont la Vie, qui introduit habi-
tuellement ses citations par une indication marginale de leur provenance, ne fournit que des origines douteuses ou même nulles. L'examen des textes permet de les rattacher, pour la plupart, à la Relation de 1633. Pour les autres, leur appartenance à des documents de nature différente est plus vraisemblable. Ils doivent être renvoyés ailleurs.
A l’aide de comparaisons et de recoupements, malgré quelques tâtonnements inévitables, et des vides, on aboutit donc à rétablir un enchaînement approximatif des textes. Ce n’est point tout à fait leur état primitif. Ce n’est qu'une mosaïque. Mais en tout ce qui importe, a dit Pascal, nous travaillons pour l'incertain. Heureux sommes-nous, quand nous pouvons, comme ici, toucher quelquefois la certitude !
La Relation de 1633 ou Première Relation est-elle un document homogène ? Dom Claude Martin nous la donne comme telle et la mentionne toujours sous la date de 1633. Mais dans un très long fragment, où Marie de l’Incarnation nous fait le récit de la grande épreuve, commencée en 1631, qui motiva son recours au P. de la Haye, nous trouvons des indications contraires. Parlant de son entrée en religion, 1631, et des croix qui l’assaillirent presque aussitôt de toutes parts, la Vénérable Mère ajoute : « Il n’y avait pas deux mois que j’étais au noviciat, et mes peines m'ont encore duré près de trois ans depuis. J» Quelques lignes plus bas, elle écrit de même : « L’oraison m’était un tourment, y étant assaillie par toutes sortes d’abominations ; les choses que je n’avais jamais aimées dans le monde, et celles que j avais congédiées, il y avait plus de seize ans renaissaient en mon esprit. » Ainsi, d’une part, l’épreuve de 1631 n’aurait fini qu’en 1634, et d’autre part, il y avait déjà plus de seize ans que Marie avait fait son vœu de chasteté perpétuelle, ou, du moins renoncé dans son cœur à tout remariage, — car c’est de cela qu’il est question dans la dernière citation — quand elle écrivait ce mémoire. Ce qui nous reporte à 1636, sinon à 1637. Ces dates, si elles sont exactes, ne donneraient-elles pas à supposer qu’à son mémoire de 1633, remis cette même année au P. de la Haye, Marie en ajouta un autre, complémentaire