LA VIE RELIGIEUSE
La Servante de Dieu au noviciat. Son esprit d’enfance
spirituelle.
A L’INSTANT de mon entrée dans la religion, je sentis en mon âme une opération tout extraordinaire. Il me semblait qu’on m’ôtât toutes les dispositions intérieures que j’avais auparavant, me sentant remplie d’un nouvel esprit. Étant dans le siècle, je courais avec avidité à toutes sortes d’austérités, et j’étais si remplie de cet esprit que j’eusse cru désobéir à Dieu de ne pas suivre cet instinct. De plus, je communiais presque tous les jours a, et je me mêlais de beaucoup d affaires qui regardaient la charité du prochain ; mais, entrant en religion je me sentis dépouillée de tout cela, comme n ayant plus de vouloir ni de pouvoir sur moi-même. Je me trou-
a D'après les Constitutions des Religieuses ae Sainte-Ursule de la Congrégation de iW (édit, de 1640), la communion n'était d'obligation que Jes qu nze
jours : « de deux dimanches l’un », et toutes les fêtes de I ^ Lorsque Lois iours où la communion était de réglé venaient à la suite, 1 obligation ne portait que sur l’un d’eux. En pratique, la communion eta^ ant«risee t°us les manches et fêtes de I™ et IIe classe. Pour la communion trois fois de suite,
la permission de la supérieure était necessaire hebdomadaire
l Tours, les Constitutions de 1662 autorisaient la comrnumo^ le dimanche et le jeudi, ou au lieu du jeudi, un jour de fete. Cette pratique était
sans doute la même en 1631.
vais comme un enfant, sans aucun sentiment des choses dont on me privait, et j’étais revêtue d’une si grande simplicité que j’eusse obéi à un enfant. Et il me semblait que je le devenais, ne me pouvant persuader autre chose de moi. Et, en effet, je n’eusse pu souffrir en moi le plus petit défaut qu’on ne m’en eût corrigée, me semblant qu’autrement j’eusse passé pour une hypocrite devant les hommes, et que je n’eusse pas été assez enfant devant Dieu.
Comment elle se comporte envers les autres novices, et à l’égard, de ses supérieures.
Vie, p. 183.] Elle ne fut pas plus tôt entrée dans le monastère qu’elle donna des preuves évidentes que c’était l’Esprit de Dieu qui l’avait dirigée jusqu’alors, et qui lui avait fait mener une vie si pénitente et si austère. Car ce même Esprit ne lui eut pas plus tôt fait savoir, par la bouche de sa supérieure, qu’il voulait qu’elle changeât de vie et qu’elle quittât ses haires, ses cilices, ses chaînes et tous ses autres instruments de pénitence, afin de s’accommoder en toutes choses à la règle commune de la religion, qu’elle quitta toutes ces choses sans peine et sans réplique, conservant néanmoins le désir de les reprendre quand l’obéissance le permettrait. Rien ne lui les avait fait aimer que la volonté de Dieu, et la même volonté les lui faisant laisser, elle demeura dans une tranquillité qui fit voir qu’elle les avait aimées sans attachement. Elle savait que l’obéissance vaut mieux que les sacrifices et que la propre volonté est la plus agréable victime que l’on puisse immoler à Dieu, et c’est ce qui lui fit préférer cette soumission d’esprit, à tous les martyres volontaires qu’elle avait coutume de se faire souffrir. C’est la preuve la plus ordinaire et la plus assurée dont les Pères se soient servis pour juger si les pénitences effroyables de quelques saints venaient de l’Esprit de Dieu ou d’un esprit de vanité, et c’est aussi celle qui a pleinement convaincu que les austérités de cette Servante de Dieu ne procédaient que de l’esprit intérieur qui l’avait conduite avec tant d’amour, dès ses premières années.
On la mit donc au noviciat où elle conversait avec les novices, dans une simplicité qui ravissait toutes celles qui la connaissaient a.
”*• ‘^u noviciat de Tours, à cette date, on pouvait voir des filles de qualité, des filles de bourgeois et de gros marchands. Une grande ferveur, dont les Chroniques de l Ordre des Ursulines, rédigées à Paris, au monastère du Faubourg Saint-
Elle était plus enfant que ces enfants mêmes, non d’une simplicité rustique ou d’une enfance aveugle, mais de cette simplicité évangélique et de cette enfance sainte et innocente, que le Fils de Dieu recommandait à ses disciples, quand il disait : Si vous ne devenez petits et simples comme des enfants, vous n’entrerez point dans le royaume des deux. (Matth. XVIII, 3.) Car, oubliant son âge, son esprit, ses lumières, ses talents, sa dextérité à traiter toutes sortes d’affaires, les communications extraordinaires qu’elle avait avec Dieu, et son expérience dans les choses spirituelles, elle vivait avec ces jeunes filles, comme si elle n’eût jamais rien vu et comme si elle eût été la plus ignorante de toutes. Elle prenait plaisir à se faire instruire par elles, comment il fallait se comporter dans les pratiques et les cérémonies de la religion, et elle était ravie lorsqu’elle pouvait apprendre quelque chose par leur moyen, n’ayant point de honte de s’accuser devant elles d’ignorance ou de bêtise, lorsqu’elle ne se trouvait pas si stilée dans les pratiques de la régularité.
Sa fidélité envers la maîtresse du noviciat était admirable, car elle ne lui a jamais entendu donner un avis ni une instruction, soit en public soit en particulier, qu’elle ne la mît aussitôt en pratique : ce qu’elle faisait d’une manière d’autant plus pure que sa perfection acquise lui faisait faire les plus petites actions, avec un esprit intérieur très sublime et tout divin. On avait, à la vérité, pour e^e des égards que l’on n’avait pas pour les autres, à cause de son âge et de 1 estime que l’on avait de sa sainteté et de son mérite ; mais quand elle s en apercevait, elle en demeurait toute confuse, et l’on n eût pu lui faire une plus grande peine que de la considérer en quoi que ce fût. Plus on la voulait distinguer, plus elle s’abaissait en elle-même, et se joignait à ses sœurs novices pour vivre avec elles dans la simplicité. Nulle observance régulière ne lui semblait petite, mais la volonté de Dieu qu’elle y voyait reluire, lui en donnait une si haute estime, qu’elle les prenait toutes pour des trésors, et elle eût cru faire une grande perte, si elle eût laissé passer une observance pour petite qu’elle eût été, sans la mettre en pratique. De la sorte, elle se rendit en peu de temps l’exemple du noviciat, où l’on eût pu dire qu il y avait deux maîtresses, l’une qui enseignait les novices de paroles et l’autre qui les instruisait par ses exemples.
Jacques, par la Mère de Pommereu (1673), nous ont conservé des traits admirables^ animait tout ce jeune monde. Plus tard, il y aura lieu de revenir sur la composition de ce noviciat dan» les années qne Marie , Retenons att“e
dre, la présence, dans ce petit groupe chois., d une enfant -Jk ” av»‘* Quatorze ans — qui fit sa profession, quelques mois avant Marie, sur la ùn de iôS la sœur Marie de Saint-Bernard, de la maison de Savonmères, en Anjou. Fn i’ôiq à peine âgée de vingt-trois ans et malgré une santé très frele, elle s offrira à Marie pour la fondation de Québec. Elle y sera, sous le nom de Marie de Saintlosenh la fille préférée de la Vénérable Mère, — celle qui a le plus participe de son esprit. - et méritera d’y être comptée parmi les trois saintes fondatrices du premier monastère d’Ursulines dans la Nouvelle-France.
Quant à sa personne, en particulier, se voyant dans la maison de Dieu, elle avait un plaisir et une paix si grande qu’elle ne la peut décrire qu’en la comparant à celle du paradis. Elle avait désiré quasi toute sa vie le bonheur qu’elle possédait ; mais surtout, depuis qu’elle se vit dégagée des liens du mariage, elle l’espérait et l’attendait sans cesse. Se voyant en ce lieu saint, elle était dans le centre où tous ses désirs devaient être accomplis. Et c’était ce lieu écarté des tumultes du monde, où elle désirait trouver son Époux pour le caresser dans le repos, lorsqu’elle lui disait, dans une impétuosité d’amour, avec une autre Amante : Qui me fera cette grâce, ô mon Bien- Aimé, que je vous trouve à l’écart, afin que je vous embrasse à mon aise? (Cant. VIII, i.)
D’une tentation pressante de la part de son fils.
Dieu lui promet qu’il en aura soin.
Elle s’offre en victime pour lui, et son offre est acceptée.
Vie, p. 184.] Sa paix néanmoins ne fut pas si constante qu’elle ne fût troublée extérieurement, car pour l’intérieur elle ne le fut jamais.
Je jouissais d'une paix si accomplie de me voir libre de tous les soins qui m’occupaient dans le monde, que je trouvais un paradis de délices dans tous les exercices de la religion, et je ne croyais pas, après cette paix, qu’aucune tempête me pût attaquer. Posséder un si grand bien après l’avoir attendu dix ou douze ans, quel bonheur ! Je laisse à penser combien je caressais Notre- Seigneur, qui m'en donnait la jouissance. Mais sa bonté, qui veut que je ne vive que de croix, ne me laissa pas longtemps sans m’exercer. Plusieurs personnes de dehors commencèrent à se mal édifier de ma retraite, et à dire à mon fils qu’il devait venir sans cesse crier au Monastère, afin qu’on m’en fît sortir. Cela le jeta dans une telle affliction qu’il ne bougeait presque de notre grille à faire ses plaintes et à me demander. D’autre part, une personne qui m’avait le plus promis d’assistance était
celui qui m’était le plus contraire, avec menaces de ne pas faire ce qu’il m’avait promis a. Les autres disaient que j’étais une marâtre ou une mère de peu de cœur, qui pour me contenter avais lâchement abandonné mon fils. Les autres, enfin, faisaient courir le bruit que bientôt les religieuses me mettraient dehors, ne pouvant souffrir tout ce bruit si contraire à leurs repos. L’on me rapportait toutes ces choses, et plusieurs de mes amis, les croyant véritables, me priaient de sortir de mon bon gré, avant que de prendre le voile, plutôt que de recevoir une telle confusion après l’avoir reçu.
Vie, p. 185.] Voilà comme cette femme forte et généreuse décrit les assauts qu’elle recevait.
Et, en effet, il ne se peut dire combien elle fut combattue, ni en combien de manières sa constance fut agitee de la part de son fils. C’était dans le temps que l’on bâtissait le monastère b, et comme à l’occasion des ouvriers les portes étaient souvent ouvertes, il prenait adroitement ce temps pour entrer dans les enclos réguliers, afin de chercher sa mère. Tantôt il se trouvait dans le jardin avec des religieuses, tantôt il entrait dans les cours les plus intérieures de la maison, et une fois, il fit tant de tours, sans savoir où ü allait, qu’il se trouva enfin dans une salle où toute la communauté était assemblée pour se mettre à table. Je laisse à penser quelles impressions la présence si inopinée d’un fils put faire en une mère, dans une circonstance si extraordinaire. D’un côté, son cœur fut percé au vif par des sentiments d’amour et de pitié, et d autre part, elle se sentit couverte de confusion de se voir à charge à une communauté qui lui avait tendu les bras avec une bonté si extraordinaire.
Quand ce fils trouvait le guichet de la communion ouvert, il se passait quelquefois à demi pour entrer dans le chœur, et quelquefois il y jetait son manteau ou son chapeau qui, tombant à la vue de
. Ce personnage, à la façon dont il est fait mention de lui, est certainement un homme. Faut-il y voir Paul Buisson lui-même, qui aurait tente par cette intimidation malheureuse de faire renoncer Marie à son dessein . au n’était pas un méchant homme. Il fut un bon frere pour Marie et pour Claude un oncle affectueux, nous le savons. Mais, Marie lui manquait dans sa maison, nous le savons aussi. Du reste, il n’aurait point mis ses menées ^ à executl z puisqu’il consentit aussitôt après à faire les frais de 1 éducation de Claude chez
les Jésuites de Rennes.
». On construisait alors (1630-1640) le bâtiment principal du eouvenE celui qui existe encore. Il fermait le cloître, du cote Sud. Plus tard, le petit Séminaire y installa des études et des dortoirs.
Marie de l’Incarnation.
sa mère, lui était un spectacle qui renouvelait toutes ses peines *. Les sœurs lui eussent pu dire ce que les frères de Joseph dirent à leur père Jacob : Voyez si c'est là l’habit de votre fils. (Gen. XXXVII, 31.) On ne lui disait pas ces paroles de crainte de l’affliger, mais la vue qu’elle en avait donnait des atteintes mortelles à son âme.
Elle avait un beau-frère fort savant qui, entre ses belles qualités, avait un talent particulier pour la poésie française. Il composait des vers lugubres sur le sujet de sa retraite, faisant parler ce fils, auquel il faisait faire des plaintes de la perte qu’il faisait, de l’abandonnement où il était réduit, et des malheurs où il pouvait tomber avec le temps ; et tout cela, en des termes si tendres et avec des affections si animées, qu’il eût fallu n’être pas de chair pour n’en être pas touché. Il donnait ensuite ces écrits à cet enfant pour les présenter à sa mère, qui les lisait extérieurement avec une constance inébranlable qui donnait de l’admiration à ces bonnes Mères, mais qui n’empêchait pas que son cœur ne reçût des coups très sensibles, qui ne paraissaient qu'aux yeux de Dieu et des anges b.
Mais ce qui toucha plus vivement cette âme généreuse et invincible fut (une) armée d’enfants... qui allèrent assiéger le Monastère. Le sujet de cette innocente conspiration fut que les autres, le voyant privé de beaucoup de petites douceurs que les mères donnent aux enfants, et qu’ils avaient, en effet, à son exclusion, lui faisaient quelquefois des reproches, mais comme il était aimé de tous et qu’ils le virent un jour fort abattu de tristesse, ils en furent touchés de compassion, autant que les enfants le peuvent être. Ils se mirent donc à le consoler et pour le faire efficacement, ils lui dirent : Tu n’as point de ceci ni de cela, parce que tu n’as point de mère c ; mais viens, allons quérir
*. Cette chapelle des Ursulines existe encore. Elle fait l’angle de la rue des Ursulines et de celle du Petit-pré. La porte d’entrée pour le public donnait sur cette dernière rue. Elle est murée aujourd’hui, mais son ouverture se reconnaît toujours avec la croix en relief qu’elle portait à sa partie supérieure. La chapelle est orientée. L’autel se trouvait au fond, face à la porte d’entrée. Près de l’autel, à droite, était la grille du chœur des religieuses, encastrée dans une arcade en plein cintre. C’est par cette grille que le petit Claude, entré par la rue du Petit-pré avec le public, se glissait pour appeler sa mère.
La chapelle était dédiée à saint Michel. C’est là que Marie de l’Incarnation prononça ses vœux de religion. En 1657, après la construction de la chapelle définitive du monastère, elle fut désaffectée et convertie en salle de classe.
b. Les deux autres sœurs de Marie étaient mariées. L’une, Catherine, avait épousé à une date inconnue un Marc Barillet. L’autre, Jeanne, peut-être un Sylvestre Normand. Cf. E. Chambert, l. c ., p. 95. Entre ces deux oncles de Claude, il est impossible de retrouver le compositeur de complaintes. Ce n’est sûrement pas Paul Buisson, qui ne savait ni lire ni écrire.
•. Par la force des choses, en effet, bien « des petites douceurs » allaient manquer à Claude. Les époux Buisson n’étaient pas toujours à la maison. Marie nous a parlé de leurs fréquents déplacements. Claude alors retrouvait son grand-père, un vieillard, ou ses autres tantes. Ce n’était plus sa mère ; le pauvre enfant était
la tienne ; nous ferons du bruit, nous romprons les portes, nous te la ferons bien rendre. Il ne fallut pas délibérer davantage. Ils allèrent au Monastère, les uns armés de bâtons, les autres de pierres, les autres d’autres choses. Ce fut certes un spectacle bien nouveau de voir une armée d’enfants vouloir faire violence à une maison forte et bien fermée, et entreprendre une chose qui surpassait les forces de leur âge. Beaucoup de personnes qui passaient, voyant une conspiration si aveugle et si vaine, s’arrêtaient pour s’informer de ce que c’était. Les uns en riaient comme d’un jeu d’enfant, les autres en avaient de la compassion et se mettaient du côté des enfants, disant qu’ils avaient raison, que cette mère était cruelle et qu’elle ne méritait pas le nom de mère de quitter un fils dans un âge si tendre et si faible. Au même temps que cette troupe d’enfants investit le Monastère, le cœur de cette forte mais pourtant tendre mère se trouva bien plus fortement assiégé, car parmi cette confusion de cris, elle entendit distinctement la voix de son fils, comme une brebis innocente qui distingue entre mille celle de son agneau. Le bruit était grand, l’insulte quoique vaine causait du trouble, mais la confusion n’empêchait pas que ses paroles ne se distinguassent de toutes les autres pour lui aller frapper les oreilles et le cœur: Rendezmoi ma mère, rendez-moi ma mère ! A ce coup, il fallut que la force cédât, pour un moment, à la tendresse dont ce cœur invincible fut tout pénétré, et à laquelle tout autre courage que le sien se fût laissé abattre. Elle crut que c’en était fait, et qu’encore qu’elle ne fût point vaincue de sa part, les religieuses le seraient assurément, et qu’elles la prieraient honnêtement de se retirer pour prendre l'éducation d’un fils qui lui serait toujours un sujet de tentation et à la communauté une occasion de trouble.
Jamais, je ne fus tant combattue. Je pensais qu’on me mettrait bientôt hors de la maison, et que puisque je ne pouvais supporter toutes ces choses, à plus forte raison notre Révérende Mère et toutes les sœurs ne les supporteraient pas, n’y ayant nulle obligation. Je trouvais cela juste, pour ce qui était de leur part; mais pour moi, je trouvais cette croix bien pesante, qu’il m’en fallût retourner au monde, car simplement je croyais que cela
un peu abandonné. Devons-nous pour cela taxer son oncle et sa tante d’égoïsme et de méchanceté? Cf. M. Bremond, Op. cit., p. 60. Ils ne méritent pas sans doute ces mots si gros. En tout cas, ni Marie, ni Claude, ni plus tard Dom Martène ne nous autorisent à les écrire à leur sujet.
serait, et je m’abandonnais entre les mains de Notre- Seigneur, qui me voulut enfin consoler en cette peine, car, montant un jour les degrés de notre noviciat, il me donna une certitude intérieure que je serais religieuse en cette maison, ce qui me fortifia entièrement, et d’autre part, notre Révérende Mère m’assura que ni elle ni aucune des sœurs n’avait la pensée de me faire sortir.
Ainsi cette bourrasque passa pour un peu de temps, mais ce fut pour recommencer avec plus d’effort. Avant mon entrée dans le Monastère, il n’y avait rien de plus innocent que mon fils, mais toutes les choses qu’on lui dit l’aigrirent et le changèrent de telle sorte qu’il ne voulait plus étudier, ni faire autre chose, et il faisait croire qu’il ne serait jamais bon a rien. Le diable m attaqua beaucoup de ce côté-là, me persuadant que j étais la cause de tout ce mal; que j’étais obligée de retourner au monde pour y donner ordre ; qu’autrement, je serais la cause du malheur de mon fils ; qu’il paraissait bien que c’était pour me contenter que j’étais entrée en religion ; que ce n’était pas l’esprit de Dieu qui m’avait fait quitter le monde, mais la seule inclination de mon amour-propre ; qu’enfin cet enfant serait perdu, que je n’en aurais jamais que du mécontentement, et que je serais la cause de sa perte. Mon entendement fut tellement obscurci de toutes ces pensées, que je croyais que tout cela arriverait assurément, et que toutes les certitudes que je croyais avoir de ma stabilité dans la religion n’étaient que des imaginations. En tout cela néanmoins je n’avais crainte que d’avoir offensé Dieu, et j’eusse mieux aimé mille fois n’être point religieuse, que de le mécontenter en la moindre chose. Or, nonobstant toutes mes peines et quoique je me crusse la cause de tous les malheurs que la tentation me faisait voir, je ne sortais point pour tout cela de la familiarité avec Notre-Seigneur, et un jour que je lui étais fortement unie, et que je lui faisais mes plaintes de toutes mes peines, il m’inspira de lui demander de souffrir encore davantage pour mon fils. Je lui dis avec beaucoup d’ardeur : O mon Amour, faites-moi souffrir toutes les croix qu’il vous plaira,
pourvu que cet enfant ne vous offense point car j aimerak mieux le voir mourir mille fois, que de le voir vous offenser dans le monde, et qu’il ne fût pas de vos ; en i an s$ Oh I je veux bien être dans la croix, martyrisée en toutes les manières, pourvu que. vous en preniez le soin. U m’était impossible de ne lui pas dire toutes ces ; choses, après lesquelles me voilà dans les croix de tout p Tü me semblait que j’en eusse fait une paction avec Notre-Seigneur, et que c’ était un accord ®n r« moi, dont je n’eusse jamais pu ni voulu me d d
Comment elle recherche en toutes choses l'étal d'abjection.
T/- CAO 1 Onand elle fut religieuse, sa Supérieure, qui avait vu Vie, p- 502.] Quand eue m ë > entra ^ gon esprlt
de quelle maniéré son directeur 1 avait traite , 1aissait Dasser
toutes les religieuses, qui etaient main qui l’avait travaillé,
IL le^e qu’eue avaitpour -tohu put
en du pain et des raisins, v, q . . , crP11T Marie' Otez-moi,
la charge, drsant : « Que, Des ramns Jr ’ ell, ,
le monde lui donnait... ^ dVlle-même lui paraissaient si
;tÏcboreS ;‘u'on eût uletrl’ ££^££3^
mismJZu TsZ iTdeêiii2Z°?J,eett
de souffrir pour son fils . car, en q ^ ^ j7 avait besoin d’une puissante
fort innocent, il était neanm aî-ws* que je dirai ailleurs, où je ferai voir
Z Z7te««™ « sain* s.r,n> * «e. •'.O
294 LES écrits spirituels de tours
néanmoins qne tout le monde en eût de semblables, et que voyant ses défauts comme elle les voyait, on ne la regardait qu’avec mépris et avec horreur. Cet état d’abjection lui plaisait extrêmem ent, et elle ne trouvait point de plus grand trésor dans le monde que le mépris. Dieu même qui se plaisait à la voir s’humilier de la sorte, l’anima encore davantage, lorsqu’il lui commanda de ne point mettre de bornes à ses humiliations et de s’abîmer, si elle pouvait, jusques dans le néant. Car, comme elle pensait un jour aux moyens qu’elle pourrait prendre pour s’humilier parfaitement, il lui dit ces paroles dans son intérieur: «Abaisse, abaisse-toi jusques au fond de l'abjection ; c’est là le centre où tu trouveras ton repos. » Après ce commandement, il n’est pas facile d’exprimer ce qu’elle désira de faire ni ce qu’elle fit en effet pour parvenir au plus parfait anéantissement d'elle-même. Il n’y a que Dieu qui le sache et il n’y a qu’elle qui en puisse dire quelque chose.
Je pensais à tous les moyens que je pourrais prendre pour arriver à ce fond d’abjection a, et me priver de tout ce que j aimais le plus, afin d’en faire un sacrifice à Dieu. Or ce que j’aimais le plus, c’étaient les fonctions de sœur de chœur, et particulièrement la psalmodie et 1 instruction, où j’espérais que je pourrais être quelquefois employée. C est ce qui me fit prendre la résolution de supplier notre Révérende Mère de me faire sœur liée *>, afin d être pour jamais dans l’humiliation. J’étais encore conviée à cela pour une autre raison, qui était que je ne voyais en moi aucune capacité pour m’acquitter dignement des fonctions des sœurs du chœur, et ainsi que cette autre condition me conviendrait mieux, outre que cela servirait à détruire mon orgueil, qui, étant si enraciné en moi, s'anéantirait enfin avec l’aide de Notre-
a. Ce fragment doit vraisemblablement se placer avant la profession de Marie. Après, 1 épisode qu il raconte n’aurait plus eu de raison d’être. Orx ne peut préciser la période du noviciat à laquelle il se rapporte.
b. Sœur liée, répété deux fois dans ce fragment n’a pas été corrigé à Yerrata Mais cet errata est très incomplet. Un peu plus haut, dans le fragment 61 Marie’ d apres le texte imprimé de la Vie, aurait écrit : sœur laie. La double répétition de sœur liée devrait exclure l'hypothèse d’une faute de typographie Peut-être ce mot était-il une corruption populaire de sœur laie. En tout cas, comme on peut lui donner un sens — les sœurs laies ou converses, étant dans une condition plus dépendante que les sœurs de chœur — il a été conservé ici.
Seigneur, dans lequel seul je souhaitais d être a jamais cachée, en la bassesse de cet état que je recherchais. J’eusse voulu me pouvoir abaisser davantage, mais ma condition de religieuse ne me permettait pas de passer outre, en ce qui était des choses extérieures. Je fus donc trouver notre Révérende Mère, laquelle m’ayant interrogée de la cause pour laquelle je demandais a changer de condition, et moi lui ayant répondu à tout ce qu’elle me demandait, elle ne me voulut pas accorder ce que je lui avais proposé qu elle n’y eût pense plus a loisir. L’espérance que j’avais de posséder ce bien m’occupa plusieurs jours, pendant lesquels je pensai mûrement si cela était pour la plus grande gloire de Dieu. Te ressentais un grand contentement d’esprit de voir combien je serais heureuse en cet état, où tous mes sentiments intérieurs et extérieurs seraient humilies, au lieu que dans la condition de sœur de chœur, ils pourraient prétendre à plusieurs choses qui les pourraient contenter, quand ce ne serait que l’entretien familier des choses spirituelles avec les personnes du dedans et du dehors, en quoi, comme en plusieurs autres rencontres, je voyais’ qu’on pouvait commettre de l’imperfection et nourrir les sentiments de la nature orgueilleuse dont je serais affranchie dans l’état de sœur liée, où je les ferais mourir malgré qu’ils en eussent. Je fus trouver derechef notre Révérende Mère, qui me remit à ce que les personnes capables en jugeraient.
Te me soumis à cela, offrant le tout à Notre-Seigneur, lequel, lorsque j’étais en oraison, où je me familiarisais avec lui, me dit au cœur, par une lumière subite et inopinée que je me donnasse bien de garde de rien faire contre sa volonté. Je répondis à cela : Ah ! mon cher Amour, je ne veux cela que dans la vue de vous plaire davantage. J'en ai fait les propositions, apres quoi, j ai tant de confiance en vous que vous inspirerez vos volontés à ceux de qui je dois savoir la réponse. Ne le ferez-vous pas, ô mon divin Époux ? Car en cela et en toute autre chose, je ne veux que ce que vous ordonnez. Je ferai tout mon possible afin qu on me 1 accorde, e
je m’assure que de votre part, il ne m’arrivera rien que ce qui sera pour votre gloire, et pour mon bien. Après cela, je demeurerai parfaitement contente du oui ou du non qui me serait dit. Et au même temps, je me sentis sans aucun vouloir que d’agréer ce qui me serait commandé. J'eus comme une certitude en l’âme que l’on ne m’accorderait point ma demande, et que je demeurerais en la condition où Notre-Seigneur m’avait mise par sa providence. Je ne laissai pas pourtant de poursuivre et d’employer ceux qui me pouvaient aider en ce dessein, jusqu’à ce que la volonté de Dieu me fût entièrement manifestée.
Comment Notre-Seigneur lui renouvelle la grâce qu’il lui
avait déjà faite de l’union de son cœur avec le sien.
Encore que les assauts que je recevais de la part de mon fils fussent fréquents a, Dieu, ainsi que j’ai dit, ne me privait point de son union amoureuse, ni de sa douce familiarité. Un soir, étant en oraison et m’adressant à lui avec confiance, je lui donnais mon cœur, bien qu’il fût tout sien et que je le connusse hors de l’affection de toute autre chose. Il me semblait que pour me faire souffrir, il me voulait laisser dans le doute s’il le voulait, et je sortis ainsi de l’oraison toute soupçonneuse, sans pourtant sortir de l’union où j’étais. Le matin suivant, sitôt que je fus à l’oraison et réunie à lui, il me dit
a. Cette épreuve devait prendre fin quelques mois plus tard par le départîde Claude pour Rennes, où il entrait au collège des Jésuites. Le recteur de la maison de Rennes, le P. Jacques Dinet, avait été mis au courant, par l'archevêque de Tours, et pa.r Dom Raymond de Saint-Bernard, de la vocation de Marie et de la singularité du cas. Il s’était intéressé à Claude et avait offert de le prendre avec lui. ^
Marie eut aussi, à la même époque, à subir les assauts de son vieux père. Florent Guyart, cependant, avec ses trois filles pour l’assister, ne restait pas seul. Il mourut six mois après 1 entrée de Marie en religion, non sans être venu souvent la voir à la grille, et lui avoir envoyé sa dernière bénédiction.
dans l’intérieur, comme ne me pouvant laisser plus longtemps souffrir : « Donne-moi ton cœur. » A ces paroles je me sentis toute liquéfiée en lui, et il me semblait qu’à cette parole si subite et si douce, il tirât tout ce qui était en moi, l’acceptant pour sien. Cela fut si prompt que l’âme se sentit prise, sans s’être aperçue qu’elle y eût consenti, car dans ces attraits et dans les autres semblables, elle lui est tellement unie et attachée qu’il ne demande plus ce consentement, comme il faisait au commencement ; mais ce ne sont plus que comme des réunions, par lesquelles il l’applique à sa divine Majesté, comme une chose qui s’est donnée à lui depuis longtemps, et dont il n’est pas besoin de savoir si elle veut être à son Dieu. Il sait que c’est pour lui qu’elle soupire sans cesse et languit, et ainsi il lui fait sentir ses caresses d’amour quand il lui plaît. Et quand elle s’aperçoit que son Bien-Aimé s’est plus tôt saisi d ellemême qu’elle n’a entendu sa demande, elle l’appelle un saint et agréable ravisseur, qui par ses doux larcins lui vole et enlève le cœur, qui, au reste, est très aise de se voir ainsi ravi, car ce divin Époux ne prend jamais de la sorte qu’il ne donne, qui est une grâce qui ne se peut exprimer et dont l’impression demeure toujours dans l’âme, pour l’encourager et la fortifier à être plus hardie et plus familière avec lui. Que l’on s’imagine toutes les paroles d’un amour saint, tant charmantes et pressantes qu’elles puissent être, elle ne sait point d’autre langage, mais cela ne se peut écrire et le tout demeure entre le Bien-Aime et 1 âme, comme un secret cacheté du même amour. Ces faveurs donnent un peu de trêve à ses croix et à ses souffrances et c’est là qu’eîle prend un peu de rafraîchissement et de nouvelles résolutions de souffrir tout de nouveau. Car elle est comme assurée que les croix l’attendent partout, et que c’est en cela qu’elle peut témoigner qu’elle aime son Dieu.
Vie p. 193.] C’est ainsi qu’elle décrit cette grâce, laquelle, bien qu’elle ne paraisse pas d’abord des plus extraordinaires, elle l’a néanmoins toujours mise au nombre des plus signalées faveurs
qu’elle ait reçues de la bonté de Dieu, à cause des admirables effets qu’elle opéra dans son âme. J’estime que c’est une suite ou plutôt un renouvellement de celle que Notre-Seigneur lui avait faite quelques années auparavant, lorsqu’il lui enleva le cœur pour l’enchâsser dans le sien, et qu’elle entendit une voix qui lui disait : C’est ainsi que se fait l’union des cœurs a. Aussi ne dit-elle pas que cette action et les autres semblables fussent des unions, mais que c’étaient des réunions, et que Notre-Seigneur ne prenait rien de nouveau, mais qu’il reprenait ce qui lui appartenait déjà, voulant dire qu’il ne faisait rien qu’il n’eût déjà fait auparavant.
D’un troisième ravissement dans la très sainte Trinité.
Vie, p. 194.] Quelque sublime que cette faveur fût en elle-même, et quelque grands que fussent les effets qu’elle opéra dans cette âme pure, ce n’était qu’une disposition à une autre bien plus rare et plus admirable dont elle va parler (maintenant), et qui est aussi le renouvellement d’une autre, que Dieu avait déjà opérée en elle deux autres fois.
Cette grâce fut suivie d’une autre bien plus grande b. Le jour de la fête de l’Ange Gardien, étant en notre cellule, il me vint en pensée que les cellules sont comme des deux, ainsi que le dit saint Bernard, et que les anges y font leur habitation. Lorsque j’étais en cette
a. Voir plus haut le fragment 27.
b. Marie fut gratifiée de cette faveur deux mois après son entrée en religion, par conséquent en mars 1631. C’était, nous dit-elle, le jour de la fête de l’Ange- Gardien. Les anciens calendriers ecclésiastiques de Tours assignent cette fête au 17 mars. En 1631 le 17 mars tombait un lundi. Marie devait prendre le roile, une semaine plus tard, en la fête de l’Annonciation.
Cette vision extatique de la Sainte Trinité, à nous en tenir à ses récits, fut la dernière dont Dieu la combla. Marie a marqué elle-même la gradation de ces ravissements, d’après les paroles mêmes du Seigneur : La première fois que je me manifestai à toi, — lui fut-il révélé — ce fut pour instruire ton âme de ce grand mystère ; la seconde, afin que le Verbe prît ton âme pour Epouse ; mais à cette fois, le Père et le Fils et le Saint-Esprit se donnent et se communiquent à toi pour posséder entièrement ton âme. Il lui fut aussi signifié qu’elle recevait alors la plus haute grâce qu’elle eût jamais reçue dans la communication des trois divines Personnes, et cette signification, ajoute-t-elle, fut plus distincte et plus intelligible que toute parole.
pensée, je me sentis fortement tirer l’esprit par le Maître des anges, qui m’unissait à lui d’une manière admirable, mais avec une grande souffrance, comme pour me disposer à une grâce plus éminente. Cela se faisait, sans que j’eusse aucune vue particulière, sinon que comme si l’on préparait une matière pour la faire servir à la chose la plus rare qu’on se pourrait imaginer. Cela redondait jusques à l’extérieur où je souffrais de la douleur, et j’avais cette impression grande dans l’âme, que c’était Dieu qui me tenait ainsi.
Je fus trois ou quatre heures en cette violence, jusqu’à ce qu’il fallut aller au chœur pour faire oraison. Au même temps que je fus devant le très saint sacrement, cette grande violence cessa, et avec une douceur que je ne puis dire, je me sentis toute changée dans l’intérieur. Il me fallut asseoir, parce que mes sens se retiraient peu à peu, et je ne me pouvais plus soutenir à genoux. En un moment, mon entendement fut illustré de la vue de la très sainte Trinité, laquelle me renouvela la connaissance de ses grandeurs ; puis, par un très grand amour, toute cette divine Majesté s’unit à mon âme et se donna à elle, par une profusion que je ne saurais jamais dire. Comme les autres fois je me sentais ravir l'âme par la Personne du Verbe, ici, toutes les trois Personnes de la très sainte Trinité m’absorbèrent en elles, de sorte que je ne me voyais point dans l’une que je ne me visse dans les autres. Pour mieux dire, je me voyais dans l’Unité et dans la Trinité tout ensemble. Ce qui me toucha le plus, fut que je me voyais dans la Majesté comme un pur néant abîmé dans le Tout, lequel néanmoins me montrait amoureusement que quoique je ne fusse rien, j’étais néanmoins toute propre pour lui qui est mon Tout.
En cette vue que j’étais le rien propre pour ce Tout ineffable, il me faisait jouir d’un plaisir indicible. Je crois que c’est une jouissance semblable à celle des Bienheureux. Je comprenais encore que c’était là le vrai anéantissement de l’âme en son Dieu par une vraie union d’amour. Mais cette vue, par laquelle je
jouissais, et qui me faisait voir que moi, rien, j’étais propre pour ce grand. Tout, est au delà de tout ce qu on peut dire. La vue qui m’était donnée de mon néant ne diminuait pas l’amour, car, voyant que j’étais propre pour le Tout, cela donnait un accroissement à mon âme, qui, outre qu’elle était abîmée en cette divine Majesté, agissait doucement pour la caresser, et parce qu’elle était propre pour cela, tout lui était permis. Les actes qu’elle faisait n’étaient point d’elle-même, mais elle sentait qu’ils étaient produits en elle par celui dans lequel elle était tout abîmée ; car il se donnait tout à elle, et elle se laissait toute prendre à lui. Il semblait que ce grand Dieu, étant en elle, fût chez lui, et il semblait à l’âme qu’elle fût le paradis de son Dieu, où elle était avec lui par un amour inexplicable.
Au sortir de cette grande union, j’étais comme une personne tout ivre, qui ne peut comprendre les choses qui se présentent à ses sens. Ainsi je demeurai longtemps renfermée en moi-même, sans pouvoir avoir de l’attention à rien, et il me demeura cette vue gravée en l’esprit que j’étais le rien propre pour le Tout. Cela fut d’un grand poids, et obligea l’âme d’embrasser pour l’amour de son Tout toutes sortes de peines et de difficultés. Elle a beau souffrir, elle voudrait souffrir encore davantage. Et de plus, elle connaît que ce divin Époux ne veut point d’intermission d’amour, mais qu’il soit continuel. Car, comme il se donne à elle, il veut réciproquement qu’elle le regarde et qu’elle continue son action amoureuse ; et il lui donne le pouvoir de le faire en quelque état qu’elle puisse être, quand même elle serait pénétrée de mille croix.
Elle reçoit l’habit de novice.
Vie, p. 200.] Peu de jours après que Dieu lui eut fait cette grande grâce, et lorsque son âme était encore toute pénétrée de l’onction qu'elle avait reçue dans l’union des trois Personnes divines, on
lui donna le voile et l’habit de novice a, quelle reçut dans des dispositions toutes célestes, et avec une dévotion qui ravissait tout le monde. Son fils seul était capable de troubler cette action par 1 impression qu’un si grand changement eût faite sur son esprit, s il en eût été le spectateur ; mais on l’envoya prudemment à la campagne, dans un lieu où il se plaisait, et de la sorte le tout se passa dans
la paix. , , . ,
A cause de l’union étroite qu’elle avait contractée et si souven
réitérée avec le Verbe Incarné, elle pria qu’on joignît à son nom de Marie celui de l’Incarnation, afin de porter, comme une légitimé épouse, le nom de son Époux. Cela lui fut accordé, et depuis, on 1 appela Marie de l’Incarnation.
Dieu lui donne l’intelligence de la sainte Écriture. Effets de cette faveur.
Vie d 201 1 Te ne m’arrêterai... pas davantage aux grâces apparentes de notre novice, afin de parler de celles qui étaient moins connues, et que son humilité tenait cachées ; et premièrement, de 1 n telligence de l’Écriture sainte, qui a été l’une des plus signalées et des plus continuelles que Notre-Seigneur lui ait communiquées car il la lui a conservée jusqu’à la mort, en sorte que son esprit et sa bouche étaient continuellement remplis de la douceur de cet e
m EUe parladVpeu que les paroles de l’Écriture ne lui vinssent aussitôt sur la langue pour fortifier ou illustrer ce qu elle voulait dire Si elle avait ! consoler les malades ou les affligés, c’était par quelque passage de l’Écriture sainte d’où elle tirait de si belles lumière et tant de raisons et de motifs de consolation qu on ne se séparait „uère d’elle que les douleurs ne fussent soulagées, ou la tristesse entièrement dissipée. Dans les temps mêmes de divertissement, ou elle ne manquait jamais de dire quelque mot d édification pour élever les esprits et les empêcher de tomber dans des entretiens trop bas et indues des âmes" qui croient que Dieu leur est toujours
d M' Anmsnciation^^'la^'ahi te ^ierge'et de rincamatio^du Verbe5 Le 25 mars était
TconveTjfi faveur qTluTfut^ 'alors qui lm fut
faite,Wavaient définitivement orienté son âme dans la dévotion au Ver e ncarne .
dévotion qui est V aspect : entrai de ^sa ^0yé à la campagne. Il con-
cette propriété de la CHarprate.
dontÏi étffaÏ mention plus hauAoir la note du fragment 9.
présent, elle tirait son sujet des livres saints dont elle rapportait les paroles si à propos, et avec un si grand sentiment intérieur et extérieur, qu’il était évident que le même Esprit qui les avait dictées les proférait encore par sa bouche a.
Au reste, les connaissances et les instructions, qu’elle avait tirées de l’Écriture sainte, ne venaient point d’aucune étude ou recherche extraordinaire qu’elle en fît. Elle se contentait de la lire pour y puiser les lumières et les règles de la vie parfaite, par une application ordinaire. Si même, elle en retenait les passages et les sentences, cela se faisait sans effort et sans dessein, et seulement de la manière que les choses qu’on aime demeurent facilement imprimées dans la mémoire. Mais c’était dans l’oraison que Notre-Seigneur lui en découvrait les secrets les plus cachés : ce qu’il faisait avec tant de netteté et de distinction, qu’enfin la connaissance qu’elle eut des mystères de notre foi, tenait je ne sais quoi de l’évidence... Encore qu’elle eût de la crainte que cette abondance de lumières ne lui causât de la curiosité et ne l’empêchât de s’unir à Dieu dans la simplicité de l’esprit, Dieu ne laissait pas de faire son opération, selon les dispositions qu’il avait mises dans son âme.
Je me trouve quelquefois b dans une sorte d’oraison qui me fait craindre de tomber en quelques curiosités qui me soient des empêchements de m’unir à Dieu dans la nudité de l’esprit. Il me vient en mémoire quelques paroles de l’Écriture sainte, du Vieil ou du Nouveau Testament, que j’ai lues ou entendues. Le sens m’en est découvert, et de là, je sens pulluler en mon esprit une suite de passages de la même Écriture, dont j’ai une telle intelligence qu’il me semble qu’on me prêche et qu’on me dit les secrets qui y sont cachés, ce qui me donne une douce satisfaction dans le fond de l’âme. Je vois aussi là-dedans toutes sortes de viandes spirituelles pour
a. Réflexions, sans doute fort exactes. Mais ne voyons pas Marie de l’Incarnation raidie et figée dans ses citations scripturaires. Elle y mettait sa grâce, sa liberté, pour tout dire, son à-propos. « On ne s’imagine Platon et Aristote, dit Pascal, qu avec de grandes robes de pédants. C’étaient des gens honnêtes et comme les autres, riant avec leurs amis ». Pensées, Sect. v, 331. (édit., Brunschvigg.) Raisonnons de même pour nos mystiques et surtout pour Marie de l’Incarnation.
b. Il n’est pas certain que le fragment 68 soit bien à sa place ici. Dom Claude Martin a pu le tirer d’ailleurs pour illustrer sa glose sur la nouvelle grâce accordée a Marie de l’Incarnation.
la nourriture des âmes, et combien l’on se repaît diversement, les uns tournant tout en corruption, et les autres en recevant une vie de grâce et d’amour. Je découvre là une grande quantité de fautes qui se commettent, même par des personnes fort spirituelles, et les pertes qu’elles font pour ne pas suivre les conseils qui nous ont été enseignés par cette Écriture sainte, comme aussi les grands biens que reçoivent les âmes fidèles, mais, je dis vraiment fidèles, car Dieu veut une exacte pureté en toutes choses à proportion des grâces qu’il départ. Parfois, je me lance en Dieu pour lui parler de toutes ces instructions en le caressant, puis je retourne en de nouvelles connaissances qu’il me donne, mais enfin tout se termine à l’amour. En cette sorte d’oraison, les distractions n’ont nul pouvoir, et quand elle finit, il semble qu’elle ne fasse que de commencer, et ensuite, je sens mon esprit fort libre et fortement uni à Dieu, par un nouvel embrasement qui se fait de toutes ces découvertes, lesquelles, bien qu’elles ne demeurent pas présentes ni distinctes comme elles étaient durant l’oraison, elles ne laissent pas de revenir tout à propos dans les occasions, selon les besoins où je me trouve.
Du soin extrême quelle prenait d’éviter les moindres
imperfections.
Vie, p. 418.] Comme la pureté de l’âme est un ouvrage qui n a point de fin en cette vie, où la concupiscence ne meurt jamais entièrement et que l’on ne peut point y être si saint qu’on ne le puisse être encore davantage, l’amour de la pureté croissait incessamment dans le cœur de notre Mère, et Dieu qui la voulait élever à un degré
». La Vie groupe dans un même chapitre des extraits de la première Relation où Marie parle des purifications de son âme. A certains traits on croit pouvoii discerner que ces pièces visent des époques differentes. Les analogies avec la Relation de 1654, la teneur même de ces fragments, autorisent à les classer en deux catégories, dont l’une se rapporterait à la période anterieure au mariage mvstique (années 1620-1627) et l’autre lui serait postérieure. La glose de Dom Claude Martin permet, de même, de sérier ces extraits et de procéder entre eux à des rapprochements, qui, au surplus, n’ont qu une valeur conjecturale.
de sainteté extraordinaire, se mettait de son côté et lui donnait les sentiments et les moyens d’éviter les plus légères impuretés. Le moyen le plus efficace dont cette Majesté adorable s’est servie dans ce dessein a été de remplir son esprit d’une si haute idée de sa pureté infinie, que, quand elle faisait réflexion qu’elle lui était continuellement unie et que cette union continuelle demandait une pureté digne de la pureté de Dieu, il ne se peut dire combien son esprit était éclairé pour découvrir les plus petites poussières d’imperfection, et son cœur fidèle à les éviter.
Vie, p. 420.] Comme son union n’était point interrompue. Dieu lui était comme un grand miroir où elle se voyait sans cesse et où elle découvrait ses plus petites taches, qu’elle s’efforçait ensuite d’effacer, avec des gémissements d’une colombe qui devait être, comme celle des Cantiques, toute pure et toute belle.
Mon âme se voit dans ce grand Tout comme dans une glace très claire, où elle découvre toutes ses défectuosités, jusques au moindre atome d’imperfection dont elle est entachée, et c’est cela qui la rend humble, et la fait cacher d’autant plus en son Dieu pour être par lui purifiée, brûlée et consommée. Elle se défie d’elle-même, et par une amoureuse confiance, elle se plaint d’autant plus à lui de ce qu’il permet qu’elle soit si imparfaite, étant si proche de sa divine Majesté, lui, dis-je, qui en un instant la peut rendre propre pour aimer du plus pur amour, puisqu’il ne veut que des âmes qui lui ressemblent. Ce Dieu d’amour et de pureté se l’unit à soi d’autant plus qu’elle s’abaisse, et elle, recommençant, lui dit hardiment, parce que c’est lui-même qui la pousse à cela : Si je veux être pure et libre de mes imperfections, ce n’est que pour vous, ô mon divin Amour, qui ne pouvez supporter l’impureté. C’est pourquoi faites cela en moi, puisque je ne le saurais faire moi-même ; contentez-vous en votre œuvre, vous qui [vous] faites gloire de faire miséricorde aux petits, et qui vous plaisez d’agrandir les choses les plus basses jusqu’à l’union de votre saint amour. Ainsi vous serez glorifié dans ce néant de bassesse
et de misère qui ne tend qu’à cela, ô mon cher et divin Époux a !
Vie, p. 419.] L’appréhension de cette incompréhensible pureté lui donnait tellement dans l’esprit que, quand elle se sentait coupable de quelque petite faute, elle était comme honteuse de parler à celui auquel elle était si amoureusement unie, et quoique l’union et la confiance ne fussent point interrompues, elle n’osait entrer dans sa familiarité ordinaire, qu’elle ne fût assurée que le nuage de l’imperfection qui lui couvrait le cœur se fût dissipé, et que son Époux était disposé de l’écouter avec sa bonté ordinaire.
Quand je commets quelque imperfection, la première chose à quoi je pense, lorsque je me familiarise à Notre- Seigneur, est de lui demander pardon, et je ne puis vivre qu’il ne m’ait pardonné, ce que je connais lorsque le reproche intérieur cesse.
Un jour b, j’étais tombée dans une imperfection qui me donnait bien de la confusion et me rendait toute craintive devant Dieu. Il me fut dit intérieurement, mais avec autant d’amour que de plainte : « Si un peintre avait fait un beau tableau serait-il bien aise qu’on jetât de la fange dessus?» O Dieu! si j’avais été honteuse, je le fus encore plus que je ne le puis dire. Je ne fus jamais dans un plus grand anéantissement. Une de ces paroles dites dans l’intérieur fait plus d’effet que tout ce que les créatures pourraient dire, tant saintes puissentelles être. Elle réveille l’âme en un instant, et quoique ce soit pour la reprendre et corriger, elle n’en est pas
a L’hésitation n’est guère permise sur la date du fragment 69, si 1 on songe que Marie, comme l’a noté la Vie, ne s'est jamais servie du terme d Epoux en parlant au Seigneur, avant le mariage mystique. Quelques traits font penseï
au fragment 67.
» Pour rattacher ce fragment au précédent on a suivi la glose de la Vie. Mais ce raccordement est trop dans les habitudes des hagiographes, pour menter toute confiance. La seconde Relation contient un passage parallèle qu elle a insère dans la première phase de l’itinéraire mystique de Marie.
Marie de l'Incarnation.
plus abattue, mais plutôt cela la fait courir dans la pratique des vertus avec promptitude et allégresse, et elle n’a point de repos que sa paix ne soit faite avec celui qui l’avertit si amoureusement. Mais, comment demande-t-elle pardon ? O Dieu ! que cette voie est éloignée des raisons ordinaires ! Il faut agir comme on se sent poussé par cette divine bonté : Pardon, Amour ! Hélas ! Amour, pardon ! Je ne serai plus si hardie, ô mon Bien- Aimé. Je vous prie donc d’oublier cette faute; autrement, il n’y a plus moyen de vivre, et je ne cesserai point que vous ne m’ayez pardonné, ô mon cher et divin Amour ! Après ces paroles, le reproche intérieur cessant, je voyais qu’il m’avait pardonné.
Vie, p. 419.] Dans ce sentiment, une de ses sœurs lui ayant témoigné un jour, qu’elle eût bien désiré d’elle quelque service qu’elle ne lui pouvait rendre sans quelque inconvénient, et elle, n’ayant pas fait semblant de l’entendre, de crainte de la mécontenter par un refus formel, elle fut si vivement touchée de ce défaut de charité, que la douleur de son cœur fit sortir de sa bouche ces touchantes paroles :
Ah, pardon, mon cher Amour a, j’ai fait deux grandes fautes. J’ai manqué de charité à l’une de mes sœurs, ne faisant pas semblant de l’entendre dans un besoin qu’elle avait. Et, de plus, en votre présence adorable je me suis amusée à regarder des objets qui m’ont distraite. Ah ! pardon de toutes ces impuretés, puisque le moindre mal est impur devant vous, ô sacrée Pureté f Non, mon très cher Amour, je ne ferai plus de semblables fautes. Purihez-moi donc de votre feu, car, le moyen de vous voir si présent et d’être si souillée ? Ah! que j’ai de regrets de faire tant de fautes ! O mon cher Tout, sauvez-moi dedans vous, et que je sois toute vous par participation ! Oui, mon intime Pureté, je ne puis me contenter de rien moins que de vous, et d’être toute vous.
a. Ici, nous sommes à n’en pas douter dans la période du noviciat de Marie Ce fragment est donc à sa place chronologique.
pour jamais, dans l’union intime de votre amour, dans lequel vous absorbez et abîmez vos bien-aimés, afin qu’étant ainsi perdue, je ne vive plus que de votre vie, ou plutôt de vous-même, dans le temps et dans l’éternité, mon très doux et très aimable Amour, ma Miséricorde et mon Tout, qui par l’inclination de votre bonté, vous portez à faire miséricorde à ceux qui vous aiment !
Sa patience dans les persécutions et les injures.
Vie, p. 201.] J’ai déjà dit de quelle manière elle se comporta dans le noviciat a, et les exemples de vertu qu’elle y donna pendant les deux mois qu’elle y demeura en son habit séculier. Elle ne changea point après qu’elle eut reçu celui de religieuse, si ce n est en rendant ses actions plus parfaites et ses exemples plus éclatants, par le progrès qu’elle faisait de jour en jour dans la sainteté convenable à son
état.
Vie, p. 639.] Lorsqu’elle était novice aux Ursulines, on l’a vue souffrir mille petites malices que lui faisait une jeune fille, aussi novice, mais toute remplie de vanité et de l’esprit du monde. Elle la méprisait étrangement, surtout à cause de sa qualité de femme, l’estimant indigne de tenir place parmi tant d’innocentes vierges, et de là, elle prenait occasion de lui faire des insultes à tout propos.
Elle fit un jour contre elle un écriteau infamant, dans lequel il y avait des paroles outrageuses et moins honnêtes qu il n était convenable à son sexe et à sa condition de novice. Toutes les autres, qui remarquaient fort bien cette petite persécution, en avaient de la douleur et lui en faisaient des reproches, mais elle en devenait plus animée, ne pouvant souffrir l’estime que 1 on faisait de la veitu et du mérite de celle qu’elle persécutait. Cependant cette âme généreuse souffrit toutes ces insultes avec la même douceur qu elle recevait des autres des témoignages d’estime et d’amitié. Sa charité et sa prudence paraissaient également dans ces rencontres, car elle excusait cette jeune sœur et se comportait en son endroit, comme si elle n eut fait tout cela que pour rire et par divertissement. D’où vient qu elle en souriait modestement la première, disant d’une maniéré^ douce
a comme conclusion à la Relation de 1633.il a paru utile de reproduire les détails intéressants que la Vie nous a conservés sur le noviciat de Marie. Ils contribueront à mieux éclairer la physionomie de la jeune religieuse.
et honnête, que c'est être de mauvaise humeur de se fâcher de ce qui se fait par divertissement, et que la raison veut qu’on se récrée de ce qui se fait et dit par récréation. Peu de temps après, cette jeune fille fut frappée de la peste et en mourut, après avoir néanmoins changé de vie et pris des sentiments conformes à la sainteté de sa vocation. Il est à croire que Dieu voulut venger les insultes faites à sa servante, parce que cette seule novice mourut et que nulle autre ne fut incommodée, quoique toutes eussent touché et manié sa peste, par une innocence d’enfant, afin de lui en ôter la peur. Mais, il est aussi véritable, que ce fut par les prières et en vertu de la patience de la novice persécutée qu’il changea le cœur de l’autre, et qu’il la retira du monde dans des dispositions toutes religieuses, convertissant par ce moyen le châtiment en miséricorde, parce que la communauté, qui ne se pouvait résoudre à la recevoir à la profession, eût été obligée de la renvoyer dans le siècle, où elle eût été en danger de se perdre.
Vie, p. 548.] Dans un temps de contagion, la peste a ayant pris au Monastère, de laquelle une jeune novice b fut frappée et mourut, l’on crut qu’il était nécessaire de faire changer de lieu quelques religieuses, et particulièrement les novices, qui étaient plus capables de craindre le danger où toute la communauté était exposée. A cet effet, la sœur de la Mère de l’Incarnation leur prêta une fort belle maison qu’elle avait à la campagne c, où elles se retirèrent. Notre Mère, qui n’était encore que novice, y alla avec les autres, mais elle avait bien d’autres pensées qu’à se divertir. Son divertissement était de pratiquer les œuvres de charité, rendant à toutes des services incroyables. Surtout, comme il était nécessaire de récréer ces jeunes filles, pour leur faire perdre la pensée du péril où elles avaient été, elle trouvait mille inventions pour les soulager et leur faire prendre les divertissements qu’elle croyait leur être
a. Il s’agit de la peste qui éclata à Tours en 1631 et dura jusqu’en 1632. Pour échapper au fléau les communautés de femmes n’avaient guère qu’une ressource : se disperser quand elles le pouvaient. L’Abbaye de Beaumont-lez-Tours, — celle même où Marie avait voulu entrer en 1614, — fut alors particulièrement éprouvée. Plusieurs moniales moururent, d’autres se retirèrent dans leurs familles ou gagnèrent des monastères voisins. L’Abbaye, il est vrai, se trouvait dans la zone la plus infectée, étant à proximité du Sanitas. (Cf. La Chronique de l'Abbaye de Beaumont-lez-Tours , publiée par M. Charles de Grandmaison. Tours, 1877. Mémoires de la Société archéologique de Touraine . tome XXVI, Ire partie.) Les Ursulines ne résidaient pas dans une région beaucoup plus favorisée. Une bonne partie de la communauté émigra sur les coteaux du Cher, pour se mettre en sûreté.
b. La sœur effrontée dont il vient d’être parlé. Sa maladie et sa mort donnèrent occasion à une jeune sœur converse, Perrine de Sainte-Claire, l’une des disciples préférées de Marie de l’Incarnation, de faire éclater sa vertu héroïque.
c. Sans doute la Charpraie dont il a été question plus haut. Voir le fragment 9 et la note.
nécessaires en cette rencontre. Et de crainte que les anciennes qui les accompagnaient ne les privassent de cette liberté, comme contraire à la gravité de leur vocation et à la vigueur de l’observance dans laquelle elles devaient se former, elle se chargea, elle seule, du poids de la régularité, dont elle sonnait les exercices, et y assistait avec autant d’exactitude et de fidélité que si elle eût été dans le Monastère. Ainsi, les anciennes demeuraient satisfaites, et voyant que rien ne manquait aux exercices du plus rigoureux noviciat, elles souffraient que ces innocentes filles prissent toutes les récréations honnêtes que l’occasion leur présentait.