‹ Écrits spirituels et historiques (volume 3)Chapitre 40 sur 65 · SUPPLÉMENT · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT

Notre- Seigneur permet que sa Servante soit tentée de diverses manières pour éprouver sa fidélité. Cette épreuve se prolonge pendant près de trois ans. De sa générosité merveilleuse

dans ses tentations.

Vie, p. 206.] Quand Dieu fait des grâces extraordinaires à une âme sainte, et qu’il la remplit des douceurs de ses consolations célestes, ce n’est pas à dessein qu’elle demeure dans l’oisiveté et qu’elle se repose dans le goût des plaisirs qu’elle ressent, mais c’est afin de l’animer à de nouveaux combats et de lui donner des forces pour porter de plus pesantes croix. Car enfin, la vie des prédestinés sur la terre est de suivre Jésus-Christ dans les souffrances, et si ce divin Sauveur les conduit quelquefois sur le Thabor, ce n’est que pour les disposer à monter au Calvaire. Cela se va voir dans la conduite qu’il a tenue sur sa fidèle servante. Car, s’il lui a fait ces grâces extraordinaires dont il a été parlé, s’il l’a élevée jusques dans le sein de la Divinité, s’il l’a unie aux trois Personnes divines d’une manière qui n'est pas commune en cette vie mortelle, et, s’il faut ainsi parler, s’il l'a ravie comme saint Paul jusqu’au troisième ciel, ce n’a été que pour la préparer, comme il fit avec cet Apôtre, à des épreuves qu’il n’envoie qu’aux âmes héroïques et qu’il sait lui être les plus fidèles... On la va voir abandonnée à la violence, non d’une tentation, mais de toutes. Le blasphème, le mépris de Dieu, l’infidélité, le désespoir, l’orgueil, la vanité, l’impureté, l’aversion du prochain, la lâcheté dans la vertu, le dégoût des choses saintes, l’insensibilité aux intérêts de Dieu se vont succéder les unes aux autres sans intermission, et quelquefois s’unir toutes ensemble pour exercer son courage et sa vertu, mais d’une manière si violente, et avec un tel délaissement

sensible de la part de Dieu, qu’il semble que cette souveraine Majesté ait pris dessein d’en faire dans l’Église le modèle des personnes qui sont tentées intérieurement, comme Job l’est de celles qui le sont extérieurement et dans le corps. Mais on peut dire aussi qu il en a fait un modèle de fidélité, car on s’étonnera de voir, à la fin de la confession sincère et ingénue qu’elle va faire de ses combats qu elle n’ait commis que deux fautes, qui me semblent si légères, qu il fallait une âme aussi tendre et aussi pure que la sienne, pour y remarquer

dUpouracomble de ses peines, Dieu lui ôta le Révérend Père Dom Raymond de Saint-Bernard, qui l’avait élevée jusques alors dans la vie spirituelle, et lui donna un autre directeur, qui ne servit qu a appesantir ses croix, ou par des mortifications faites à contre-temps ou par une conduite entièrement opposée à la première. C était un homme de bien, mais simple, et qui n'avait pas 1 élévatron del autre^ ni son expérience dans la direction des âmes. D ou vient qu au lieu de lui donner la consolation et les soulagements que demande une

enEÎleen,eavait Jas^ encore' l'habitée novice quand elle fut ravie pour la troisième fois dans l’union des Personnes divines, ni quand elle tomba d’une si haute faveur dans la disgrâce de ses tentations , c est pourquoi, c’est de ce temps-là qu’elle commence d en faire le récit.

Après cette grande faveur a, les croix m’assaillirent de toutes parts. Il n’y avait pas deux mois que j etais au noviciat, et mes peines m’ont encore dure près de trois ans depuis, excepté que, comme Notre-Seigneur veut fortifier ma faiblesse, de fois à autres il me donne un peu de relâche, et me visite amoureusement.

T’ai déjà dit que mon fils me donnait un grand sujet de craindre qu’on ne me fît sortir. Le diable me donnait

" .. U s'agit du troisième ravissement relatif au mystère de la sainte Trimte. ^’ce^raccordement pourrait bien être de l'éditeur. Mais

dans l'hypothèse oh nous aurions nt peu plus haut, La Fie

î: hé faisait que reprendre des faits déjh relatés.

V0„^ÏqAfs1'adéb„t du fragment, Marie parle de sa longue tentation comme d’une épreuve terminée depms déjà quelque temp*

une tentation que j’avais fait très mal de le quitter et que je ne devais pas passer plus avant ni prendre l’habit. D’autre côté, mon confesseur me disait qu’il fallait que je ne le prisse d’un an, et il semblait par là me disposer à ma sortie ; mais je sentais d’autres mouvements dans mon âme et je connaissais assurément que Notre-Seigneur voulait que je fusse religieuse. Là-dessus, je m’engageais de nouveau à souffrir, et je ne pouvais faire autrement. Avec toutes ces difficultés, notre Révérende Mère ne laissa pas de me donner l’habit de la religion par lequel je me sentis entièrement fortifiée et passionnée pour souffrir plus que jamais.

Me voilà donc dans un abandonnement intérieur, par lequel il me semblait que j’étais tombée d’une haute montagne dans un abîme de misère a. L’oraison m’était un tourment, y étant assaillie de toutes sortes d’abominations : les choses que je n’avais jamais aimées dans le monde et celles que j’avais congédiées il y avait plus de seize ans renaissaient en mon esprit ; il me semblait que je voulais le mal et que j’étais ennemie de tout bien. Ce m’était un martyre de demeurer en cette place, toute la partie inférieure n’ayant nul secours de l’intérieur. Il me semblait que la maison de Dieu était le sujet de ce martyre, puisqu’étant au monde, où j’avais tant d’objets qui me pouvaient distraire, j’étais dans une si grande récollection. Mais quand je venais à considérer les vertus de tant de servantes de Dieu, je ne voyais point d’autre sujet de ma croix que moi-même. C’est ce qui faisait redoubler mon affliction, de voir que je

a. Par avance Marie a répondu à l’exhortation que Bossuet adressait aux âmes qui passent par cette épreuve : « O âmes qui participez à cette désolation de Jésus-Christ, qui vous enfoncez d’abîme en abîme, si loin de Dieu, ce vous semble, et tellement séparées de lui par ce grand chaos, que votre voix ne peut parvenir a ses oreilles, comme si vous étiez dans l’enfer, je vous remets entre les mains de Jésus-Christ qui vous donne son fiel à manger, son vinaigre à boire, sa désolation à porter. Il est avec vous, et s'il ne veut pas se faire sentir, c’est là votre épreuve. Dites avec lui dans ce creux, dans cet abîme profond : En espérance contre l espérance (Rom., iv, 18). Je me meurs, je vais expirer : Mon Père je recommande, remets mon esprit entre vos mains (Luc, xxm, 46). Je vous remets ma vie, mon salut, mon libre arbitre avec tout son exercice. Après cela, taisezvous et attendez en silence votre délivrance. Amen, amen ». — Bossuet. Méditations sur l Evangile. La Cène, 2e partie, xxxme jour.

devenais pire avec les âmes saintes que je n’avais été avec les perverses du siècle. Il m’était avis que je ne faisais que tourner les grâces de Dieu à mon désavantage. Sans cesse, je me voyais tomber en des imperfections fort sensibles, et si je voyais quelques-unes de mes sœurs se récréer au temps qu’il est permis, cela augmentait ma peine. Il me prenait de si grandes angoisses et de si grands resserrements de cœur, que j’étais contrainte de demander congé de me retirer des assemblées, d’autant que cela eût paru. Il me semblait qu’à cause de mes imperfections toutes mes sœurs avaient de la peine à me supporter, qu’elles avaient de l’aversion de me voir, et que, quand on leur proposerait de me recevoir, elles me rejetteraient. Aller au réfectoire m’était plus à charge que si j’eusse eu à faire quelque grande mortification. Je souffrais et jour et nuit ; et je ne croyais pas qu’il y eût plus de faveurs de Dieu pour moi. La seule chose qui me donnait du repos était la psalmodie, qui semblait chasser toutes mes peines, et qui me remplissait d’une joie intérieure si excessive que, le sens des paroles et des sentences m’étant découvert, j’en tressaillais quelquefois intérieurement, et je crois que ma joie en paraissait au dehors. Mais, étais-je hors de là, ma peine recommençait, en sorte qu’étant une fois proche d’une fenêtre, il me vint une tentation de me précipiter du haut en bas. Cela me fit toute rentrer en moi-même, tant cette pensée était effroyable.

Mon entendement était si obscurci que je ne comprenais rien comme il fallait, mais tout me venait à contre-sens. J’avais même perdu la mémoire, et il ne m’était pas seulement possible de retenir une sentence des sujets de l’oraison, pour en rendre compte quand j’en serais interrogée, ce qui me causait beaucoup de confusion en la présence de mes sœurs. J étais bien aise de dire après l’une de mes sœurs les paroles d’un acte d’action de grâces qu elle disait en français, parce que je n avais pas seulement la liberté intérieure de le faire de moi-même.

Dans toutes ces dispositions affligeantes, j’avais le fond de l’âme dans la paix, et elle n’eût pas voulu

pour un moment la diminution de ses croix ; et j avais beau souffrir, j’avais toujours Dieu présent. Mais voir Dieu pureté incompréhensible, et se voir en sa présence un objet de toutes sortes de misères incompatibles avec cette pureté, c’est un martyre bien rigoureux. Et de plus, se voir en un état si ravalé et si éloigné du passé, cela humilie plus qu’on ne le saurait dire. Avec tout cela, je ne laissais pas de traiter avec Notre-Seigneur par paroles d’amour, mais cela augmentait mes croix, pensant que cela venait de ce que j’étais accoutumée à parler ainsi et que ce n’était point un vrai amour qui me le faisait faire. Un jour, étant en cette affliction, j’offrais toutes mes croix à mon divin Époux, lequel me répondit intérieurement : Sur qui reposera mon esprit sinon sur l’humble? Je devins toute honteuse, lui disant que je n’avais point d’humilité, car, en effet, je n’en voyais point en moi, mais bien, un grand désir d’en avoir et de devenir humble. Ces paroles de ce divin Amour avaient quelque chose de si charmant, qu’elles me remplirent l’intérieur d’une consolation qui ne se peut exprimer ; aussi je demeurai quelque temps dans une grande tranquillité et une simplicité intérieure semblable à l’une de celles dont j’ai parlé ci-devant, qui est d’être retirée au fond de l’âme, sans sentiment, pour y jouir de Dieu, sans que rien rejaillisse au dehors, sinon, lorsque je m’apercevais que j’étais religieuse et délivrée du monde et de tous ses soins, car alors il me semblait que je devais sauter d’aise. J’étais encore dans la même disposition à la psalmodie, et lorsque ma Mère me donnait quelque mortification. Dans ces temps que Notre-Seigneur me donnait un peu de trêve et que je me voyais en repos, je demeurais confuse en sa présence, lui disant : Mon cher Amour, je ne suis pas lasse de souffrir, non, je ne suis pas lasse. Après cela, je retournais à ma croix où j’étais plus attachée qu’ auparavant, plus obscurcie, plus stérile, plus insensible, plus combattue de diverses tentations. Il se présentait à mon imagination des saletés horribles qui me faisaient trembler. Je n’osais presque lever les yeux, les objets les plus purs me donnant de

mauvaises pensées. J’avais des pensees de blasphémés contre Dieu et contre la sainte Vierge, des doutes contre la foi, des lâchetés étranges lorsqu’il était question de faire quelques pénitences, car il me semblait que j’étais plus éloignée de les affectionner, que si je n’en eusse jamais entendu parler, et quand il en fallait venir à l’exécution, je ne savais comment je m’y devais prendre.

Me voyant ainsi remplie d’imperfections et de sentiments contraires à tout ce qui me satisfaisait auparavant, mon cœur était si percé de douleur, que les jours se passaient en des agonies non pareilles, ne sachant pas si à cause de mes malices Dieu ne m’avait point abandonnée. Cela me faisait croire que je n’avais jamais rien fait de bon, et que la manière d’oraison où j’étais avait été pleine de mon propre amour ; que Dieu voulait châtier ma témérité et ma présomption ; que n’ayant nul fondement solide je m’étais perdue en mes pensées ; et enfin que je n’avais nul appui assuré. Mon confesseur a ne me servait qu’à augmenter mes peines, parce que tout ce qu’il me disait n’etait que pour me mortifier, soit que je ne lui fisse pas bien entendre mon état intérieur, soit qu’il le fît à dessein de m’éprouver. Il me disait que je souffrais illusion, entendant le, récit que je lui faisais de ma manière d oraison, qui était qu en souffrant toutes les tentations et les distractions que j’ai dites, je m’abandonnais doucement et avec acquiescement aux desseins de Dieu sur moi. Je lui parlais de mes souffrances et de toutes mes misères. Je lui disais

a En 1631, au chapitre général de la Congrégation des Feuillants Dom Kaymon de Saint-Bernard fut désigné comme prieur de l’abbaye de Feuillant, — berceau de la Réforme - près Toulouse. Voir la seconde Relation de Marie, confirmée par l ‘Histoire chronologique des Fondations de tout V Ordre de la Visitation. Fondation % Tours Mazarine, ms. z433. P- =70-)- H i»t alors remplacé mrnson de

Tm n,\ ;i était supérieur par Dom Louis de Saint-Bernard (Ibid.). Ce «Sux est peut étrëïe mêmePà qu, il avait confié durant son absence la directe»

de Marie. On ne considérait pas alors son départ de ^""“"“^'“'paris en 1634, le chapitre général l’élut prieur du monastère de Saint-Bernard de Paris, — le premier monastère de la Congrégation en France, avec celui de Feuill DoL Raymond de Saint-Bernard ne devait plus revenir à Tours, sinon en ^aym ne lus l'abandonner, sous la conduite des

Jésuites. Voir : La Chronique du Monastère roial de Saint-Bernard des Feuillans (B. Mazarine, ms. 3334-) •

3IÔ les écrits spirituels de tours

que, sortant de l’oraison, je demeurais sans satisfaction; qu’examinant l’état où je me trouvais, il m’était avis que j’avais consenti à tous les maux qui m’étaient venus dans la pensée ; qu’il me semblait que si j’eusse voulu prendre peine à m’arrêter aux sujets d'oraison qui m’étaient proposés dans la lecture commune, cela eût occupé le lieu que toutes ces divagations tenaient en mon esprit, et qu’il fallait bien que toutes ces choses me remplissent, puisque j’étais ainsi oisive et vide de tout bien ; que sur cela, je faisais tout mon possible pour m’arrêter à quelque point de la méditation, mais que cela ne me servait de rien, et que je n’étais nullement capable de m’arrêter à quoi que ce fût, sinon à souffrir avec acquiescement ; qu’en cet acquiescement même, je pensais encore que je faisais mal, et que c’était que j’étais endurcie dans mes imperfections. Je disais donc toutes ces choses à mon confesseur, qui me disait, pour toute réponse, que je n’avais pas été assez mortifiée, que mon intérieur n’avait pas été bien cultivé, que je n'avais nul fondement de vertu, et que c’était ce qui me faisait souffrir. Si Notre-Seigneur me donnait quelque consolation ou quelque grâce extraordinaire, comme il m’en donnait par intervalles, je lui en rendais compte, mais il se riait de tout, en me disant, si je ne pensais point un de ces jours faire des miracles. Ainsi, de tout ce que me disait ce bon Père, je demeurais encore plus persuadée que tout ce qui était en moi ne valait rien, et qu’il avait raison de dire que je souffrais illusion.

Je n’avais donc point d’autre disposition intérieure, et je me tenais devant Dieu comme une personne qui est déjà jugée à la mort, n’ayant pas seulement la hardiesse de faire des actes intérieurs de moi-même, sinon lorsque, m’oubliant de ce que j’étais, je m’apercevais que je caressais Notre-Seigneur et que je me plaignais à lui de ne l’aimer pas comme j’eusse voulu, lui, qui était mon doux Amour qui m’avait fait tant de miséricordes. Cette crainte d’avoir été trompée jusqu’à cette heure me traversait beaucoup, n’ayant point de liberté avec mon confesseur que je craignais plus que je ne

le puis dire, et c’est ce qui m’ôtait le pouvoir de lui parler librement. Il était quelquefois trois mois sans me parler, nonobstant toutes mes croix. Et une fois, entre autres, après m’avoir laissée dans une extrême peine touchant ma manière d’oraison, je demeurai dans une peur tout à fait grande, car je pensais qu’il m’eût laissée, jugeant que mon mal était sans remède. Laisser trois mois une personne dans de si grandes peines d esprit, n est-ce pas pour augmenter le soupçon qu’elle a de n être pas bien avec Dieu ? Sur cela, je demandai a notre Reverende Mère la permission de lui écrire, car encore qu’il vînt souvent dans la maison pour le besoin des soeurs, je n’osais néanmoins le demander. Je lui proposai donc que, s'il jugeait à propos, je me servirais d’un livre à l’oraison, afin d’arrêter mon imagination, et d’en tirer quelque bon sentiment pour m’occuper ; que je n’ avais point de répugnance d’en user de la sorte, ni que mes sœurs connussent mon ignorance ; et que, si jusqu’à cette heure j’avais été déçue par des pertes de temps dans l’oraison, ayant donné lieu à la tentation, je ne voulais pas pour cela perdre courage, mais que j’étais prête a recommencer tout de nouveau à servir mieux Notre- Seigneur. Il me fit encore la mortification de ne me point voir et de ne me point faire réponse ; mais seulement il envoya trois semaines après un billet à notre Mère avec ces mots: «Que sœur Marie de l’Incarnation continue sa manière d’oraison. » Ce fut toute la consolation qu il me donna, se réservant à me mortifier tout de bon a la première visite qu’il me (fit), me disant que j étais une opiniâtre et que je n’avais point de soumission.

Cependant je demeurai en paix à l’égard de mon oraison, mais pour mes autres peines, elles me duraient toujours et augmentaient même de plus en plus. Je ne me voyais que malice et hypocrisie, et bien que je me connusse pauvre et chétive, j’avais néanmoins des pensees d'orgueil. J’eusse bien voulu que mes fautes n eussent point été connues, et n’être pas dans l’ humiliation ou je me voyais. Cela me rendait si honteuse devant Dieu que je ne perdais point de vue, que j allais aussitôt

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m’en accuser, et quand on m’eût dû chasser de la maison de Dieu, je ne pouvais rien celer ni déguiser. Je me sentais quelquefois portée à chercher de la consolation dans les créatures, mais ce Dieu, que j’avais toujours présent, me reprenait intérieurement, et me demandait si je ne me contentais pas de sa compagnie. Cela redoublait ma confusion d’avoir eu désir de me contenter hors de lui.

Dans les temps auxquels on peut avoir de la joie, comme sont les fêtes qui inspirent de l’allégresse, c’était alors que je souffrais le plus. La nuit du saint jour de Noël, que toute la communauté se réjouissait de la naissance du petit Jésus, toutes étant assemblées devant son image pour lui offrir un sacrifice d’elles-mêmes, et moi y étant prosternée avec elles, notre Révérende Mère me dit que je priasse le petit Jésus d’ôter de moi toutes mes malices, selon l’intention qu’elle en avait. Je le fis, mais dans cette action je souffrais une angoisse de cœur que je ne puis exprimer. Le ressouvenir de mes malices et la pensée que j’étais indigne d’être exaucée me causant cette douleur, il me fallut retirer dans notre cellule, où je pensai étouffer tout le reste de la nuit, tant le resserrement du cœur était grand. Il me semblait que le divin Époux ne voulait plus user que de rigueur en mon endroit, et que j’étais enchaînée pour souffrir une peine éternelle. Je me conformais à sa volonté, pour l’amour de celui dont je voulais chérir les dispositions, aux dépens de toutes les douleurs qu’il eût voulu m’ordonner.

Qui verrait l’âme en cet état pleurerait de compassion, surtout en ce regard qu’elle a toujours fixement arrêté sur son divin Époux, qui, bien loin de lui donner du soulagement dans ses peines, les augmente encore par un excès d’amertume, lui faisant voir d’un côté combien il est pur et parfait, et elle, se voyant de sa part poursuivie de tant d’ennemis dont elle ne peut se défaire ; car ce double regard la tient là, toute honteuse, chétive, pauvre, vile, abjecte, et comme un vrai rien. Voir ce divin

Époux la regarder, et cependant la laisser plongée dans cet abîme de croix, sans la vouloir secourir, c est ce qui fait le plus sensible sujet de ses douleurs. En tout cela, néanmoins, elle voit que son Bien-Aime la laisse ainsi par amour, et c’est ce qui lui fait dire : Je suis contente d’être ainsi, ô mon cher Amour ! oui, je suis contente d’être ainsi. De là vient qu’elle se sent obligée d’aimer davantage, parce qu’elle voit que ce n’est pas manque d’amour que son Bien-Aimé la laisse ainsi gémir, mais par un secret qu’il prend plaisir de lui tenir caché et qu’elle adore du plus profond de son cœur, par une amoureuse conformité à ses volontés. Étant une fois prosternée devant le très saint sacrement, m’offrant et me soumettant toute moi-même à sa divine volonté, j’entendis ces paroles dans mon intérieur avec autant de distinction et de clarté qu’on les saurait dire : Tu sèmeras en larmes et recueilleras en joie, (Psaume 125, 5); cÇla ht un tel effet qu’au même temps, tout ce qui m avait semble pesant, me parut doux et léger. Quoiqu’il me fût enseigne que je souffrirais, et qu’en effet je sentisse toujours mes peines, la douceur néanmoins de ces paroles accrut tellement en moi l’amour de la croix, que tout me semblait doux, aisé et facile, et j’étais soumise à souffrir jusqu au jour du Jugement, pour entrer ensuite dans la joie de mon divin Époux, et là, jouir de ses divins embrassements. Te n’avais jamais pris garde à ces paroles pour les comprendre en ce sens-là, quoique je les récitasse tous les jours ; et depuis l’heure qu’elles me furent dites, elles font une nouvelle impression en mon âme, pour la rendre joyeuse dans ses croix, toutes les fois que nous les

récitons au chœur.

En suite de cette disposition, j’entrai dans une autie encore plus cuisante. La solitude que j'aimais tant me semblait un purgatoire, et ce m’était une chose insupportable d’être tout le jour en une cellule sans voir personne. Je me sentais attachée aux créatures, et n en voyais aucune qui me soulageât, mais il me semblait que toutes m’avaient oubliée. Le travail que je faisais

et que j’avais coutume d’aimer a me vint tellement à dégoût qu’il me fallait beaucoup faire de violence pour m’y attacher, et j’en avais l’extérieur si lassé qu’à peine me pouvais- je supporter. S’il fallait psalmodier, la parole me manquait, tant était grande l’affliction intérieure que je ressentais. A l’oraison, mes premières pensées étaient de la diversité de mes croix, et cette spéculation durait depuis le commencement jusqu’à la fin, particulièrement, touchant ce qu’il me fallait souffrir de la part de mon confesseur et de ceux qui m’avaient donné quelque sujet de souffrance. D’autre part, je voyais tout cela si imparfait que c’était la plus grande partie de ma peine. J’avais toujours à penser aux imperfections d’autrui, et faisant réflexion sur moi, je me trouvais la plus imparfaite du monde. Il me fallait souffrir toutes ces impressions comme des coups de grêle, d’autant que si je pensais m’y arrêter pour disputer contre, elles pullulaient de nouveau et en foule, et la confusion que j’en ressentais devant Dieu était si grande que je ne la saurais dire. Ce fut quelque temps avant ma profession. Je croyais assurément qu’on me renverrait, que toutes mes sœurs connaissaient mes malices, nonobstant que je les cachasse par mon hypocrisie; mais que comme Dieu est juste, il permettrait tout cela afin que je ne trompasse personne ; car je pensais ne faire que tromper, quoique je n’en eusse pas la volonté.

D'une nouvelle épreuve de la part de son fils.

Il m’arriva un accident (1) qui servit encore à appesantir ma croix. Mon fils qui était pour lors au Séminaire des Révérends Pères Jésuites de Rennes, y ayant été

a. Marie était alors occupée à des travaux de broderie à la tourangelle, où elle excellait.

mis par le Révérend Père Dinet a qui y était recteur, en fut la cause.

Cet enfant se débaucha avec d’autres de son âge ; il ne voulait plus étudier et se perdait entièrement, de sorte que le Maître du Séminaire le voulut rendre. Ayant appris cette nouvelle, je pensais en moi-même qu’il paraissait bien que Dieu me voulait punir et châtier mes péchés, par l’état où l’on me disait qu’était mon fils, ou bien que c’était un piège que le démon me tendait pour empêcher ma profession, parce qu’auparavant le Révérend Père Recteur nous avait écrit que cet enfant contentait fort et qu’il était édifié de le voir. Après une nouvelle si consolante, le voir tout changé, cela m’était sensible, et je croyais assurément que, quand la communauté saurait son retour, elle me renverrait pour en prendre le soin. Je m’étais disposée à tout ce que Notre- Seigneur en ordonnerait, et de souffrir ma croix partout ; mais sa bonté, qui avait toujours pitié de ma faiblesse, m’assura intérieurement du soin qu il aurait de cet enfant. Je demeurai donc en paix de ce côté-là, ne m affligeant plus de son retour ; et, en effet, ma sœur b se chargea de tout ce que Notre-Seigneur m’avait assuré intérieurement, et elle en prit le soin comme s il eût ete son fils propre.

Elle fait profession, et est délivrée pour quelque temps

de ses peines.

Enfin je reçus les voix de la Communauté pour ma

». Jacques Dinet, 1580-1653. un des prédicateurs les plu-' en renom de la Compagnie dans la i«e moitié du XVII« siècle. Recteur des collèges d Orléans, de Rennes et de Paris, il était au début de 1639, provincial de France. L occasion nous sera plusieurs fois donnée de reparler de lui.

b A cette date Paul Buisson était décédé. Sa veuve Claude Guyart qui ne s était pas encore remariée, avait sur les bras toute la succession. Qu elle ait pris Claude ^entièrement à sa charge, à ce moment-la, l’affaire n allait pas pour elle, qu’on veuille bien l’observer, sans sacrifices m sans mérites.

Marie de l’Incarnation.

profession a; mais, j’étais si traversée de peines et si accablée de croix, qu’encore que ce fût la plus heureuse nouvelle que j’eusse jamais reçue, je ne sentais presque pas la joie de mon bonheur ; mais il semblait que tout se fût retiré au fond de l’âme et qu’il ne me fallait plus rien sentir au dehors.

Je demeurai en cet état jusques à la veille de ma profession, que Notre-Seigneur dilata mon cœur d'une si grande joie que je ne la saurais exprimer. C’était une union et des caresses si tendres avec sa divine Majesté, qu’il semblait qu’il n’y eût plus de croix pour moi, toutes les impressions de souffrances étant effacées de mon esprit et changées en des sentiments les plus amoureux que j’eusse jamais expérimentés. Je lui disais : O mon cher Amour, quoique j’aie été votre Épouse jusqu’à cette heure par les vœux que je vous ai faits, je le serai encore plus particulièrement, les faisant de nouveau en cette façon toute sainte, et vous serez aussi tout à fait mon Époux, que je caresserai de tout mon cœur, et à qui je demanderai librement tout ce que je voudrai, parce que vous serez mien. Ne le voulez-vous pas, ô mon cher Amour ? Je sentais en mon âme une impression d’amour si charmante qu’il est impossible de l’écrire. Toutes les puissances de mon âme étaient tellement plongées dans cet océan d’amour qu’elles n’en sortaient point, non plus qu’une personne qui serait abîmée au fond de la mer. Je suppliais de tout mon cœur ce divin et bien-aimé Époux que cela ne parût point au dehors, et qu’il me laissât libre pour faire ce qui

a. Les choses s’étant passées comme elle les vient d'écrire, cet accident n’empêcha point sa profession. Les religieuses, qui étaient ravies des exemples admirables de vertu qu’elles lui voyaient pratiquer, la reçurent comme un des plus grands présents que le Ciel eût pu faire à leur communauté. Elles ne voyaient point les peines ni les combats qu’elle souffrait intérieurement et qui n’étaient connus que de Dieu et de sa supérieure, car pour son directeur, à peine les voulait-il entendre. Et quand elles en eussent eu connaissance, elles étaient trop éclairées pour ne pas savoir que la perfection ne consiste pas à n' avoir point de tentations, mais à les vaincre, et qu’une âme peut être tout ensemble éminemment parfaite et très fortement tentée. Elle fit donc sa profession avec toute la foie... qu’elle (va décrire) ... autant que son esprit et sa plume le peuvent permettre, car il semble qu’elle ne puisse trouver de termes ni d’expressions pour déclarer les sentiments de grâce et d'amour qui accompagnèrent cette action, et qui la suivirent pour un temps. Vie, p. 228.

serait nécessaire dans l’action que j’allais faire. Il m’accorda cette grâce ; mais dès que je fus retirée en notre cellule, ses attraits furent si puissants qu’il me fallut prosterner, ne sachant en quelle posture tenir mon corps. J’étais si transportée et hors de moi, qu’en marchant par la maison, il semblait que tout fût mort pour moi. Je ne pouvais entendre ni comprendre que ce divin Époux, et tout le jour que je fis les saints vœux, toutes les puissances furent retirées au fond de l’âme, où elles étaient toutes avec Dieu comme dans leur centre, de sorte que l’extérieur demeurant sans sentiment, toute la force était au fond de l’âme, qui était occupée à aimer et admirer celui qui se donnait à elle d’une manière toute nouvelle, et qui, par une grâce si excessive, lui faisait goûter et estimer la grandeur de l’amour avec lequel il l’épousait. Cet attrait fut si violent que plusieurs jours après, j’en ressentais encore la douleur dans le corps, parce qu’il me dura presque tout le jour avec un tel effort, que j’avais une peine très grande à prendre garde à ce qu’il me fallait faire durant la cérémonie. J’étais comme une personne qui voit sans voir, et qui entend sans comprendre ce qu’on dit, parce que l’intérieur tirait tout à soi. J’eus même bien de la peine à lire et à proférer les paroles de la profession, non que je ne susse bien ce que je faisais, mais parce que j’avais une extrême peine à parler.

Après cette action, je ne puis exprimer ce que j’expérimentais en mon âme. La pensée que j’étais l’épouse du Fils du Très-Haut d’une nouvelle manière me remplissait d’une onction intérieure qui surpasse tout sentiment et qui me liait à Dieu par une liaison ineffable. Le lendemain, j’étais encore dans les mêmes sentiments. Étant retirée et prosternée en notre cellule, mon cœur s’élargit tout de nouveau, m’entretenant avec ce cher Époux de la grande miséricorde qu’il m’avait faite. Je ne saurais jamais dire avec quel amour il charmait mon âme. Ce fut alors qu’il me donna à entendre avec une très grande clarté qu’il voulait que désormais je volasse continuellement a lui, a 1 imitation de ces Esprits

suprêmes qui sont les plus proches de lui, qui le connaissent, qui l’aiment et qui sont comme l’habitation de sa divine Majesté. Ces paroles intérieures de Notre-Seigneur m’animèrent de nouveau, et je voyais le chemin de l’amour si aplani, et généralement, toutes choses si faciles, qu’il me semblait qu’il n’y avait plus rien de difficile à faire ni à souffrir, en la considération du Bien-Aimé, auquel je m’offrais et m’abandonnais en tout ce qu’il avait pour agréable.

Elle retombe dans ses peines.

220] iv

Je ne fus pas huit jours en cet état que me voilà replongée dans l’abîme de mes croix. Il ne me semblait pas qu’il dût jamais y avoir de consolation pour moi, parce que mon âme étant entièrement dans la tristesse, et tous mes sentiments crucifiés de toutes parts, je ne voyais pas qu’il y eût espérance d’en sortir. Je pensais s’il n’y avait point quelque créature qui me pût aider, mais il me semblait qu’elles avaient toutes du mépris pour moi, et quoique je visse clairement qu’à cause de mes malices elles avaient raison de m’avoir en horreur, cela ne laissait pas de me mettre dans une angoisse intérieure qui était extrême. Me voyant si imparfaite, j'eusse voulu que l’on m’eût mise dans le dernier avilissement, car, comme je voyais mes fautes, je croyais que toutes mes sœurs les vissent aussi clairement que moi, et dans cette pensée je ne paraissais en leur présence qu’avec honte et confusion. J’offrais tout cela à Notre-Seigneur, et particulièrement, l’inclination que je sentais de chercher du secours hors de lui ; car, en effet, mon âme n’en voulait point, mais c’étaient mes sentiments, qui n’aimaient pas l’humiliation de cet état si souffrant.

Plus je me voyais basse, plus j’avais un instinct

intérieur très puissant qui me disait : « Cherche encore à t’avilir et à t’anéantir au fond où tu pourras atteindre; sois plongée dans l’oubli de toutes les créatures.» Cet esprit se voulait comme venger des sentiments, qui voulaient le souiller et le rabaisser, mais leur étant supérieur, il les tenait en croix, leur déniant et retranchant tout ce qui leur eût donné tant soi peu de satisfaction Il est impossible d’exprimer les peines intérieures que l’on ressent en cet état. C’est une division des deux parties qui en fait connaître la véritable distinction et combien leurs prétentions sont éloignées et différentes a. L’esprit veut détruire tout ce qui est imparfait, d autant qu’il est si clairvoyant qu’il ne peut rien souffrir, pour peu que ce soit, qui le puisse retarder d aller a Dieu, qu’il voit si pur et si saint ; et c’est pour cela que cet esprit ne veut point de mélange de la part de cette partie inférieure, qui ne sert qu’à l’appesantir et retarder. Cette partie basse et inférieure, étant donc privée de tous les biens dont l’esprit supérieur est jouissant, tache de trouver de la consolation en quelque autre chose, mais elle en est privée, et cette privation est sa mort, et il n’y a rien qui lui soit si pénible. Il me restait seulement une petite consolation, qui était que quand je découvrais mes peines à notre Révérende Mere elles diminuaient tant soit peu, mais elles retournaient bientôt après, et il n’y avait que cela seul de bien créé qu me pouvait satisfaire, encore me sentais-je intérieurement portée de m’en priver, et quelquefois je le faisais deux ou trois mois de suite, parce que je pensais a tous les moyens que je pourrais prendre pour arriver a cet oubU des créatures où No'.re-Seigneur m’avait commandé de me plonger, en sorte que je fusse privée de tout ce que j’aimais, lui en faisant un parfait sacrifice.

Vie, p. 221.] Voilà comme cette colombe explique les douleurs

T^ême remarque” au fragment 31. où Marie après aveu

^ de l’âme, et combten

elles diffèrent » (2).

de son cœur, et comme elle gémit, en attendant les consolations de son Époux. Sa supérieure, qui avait une parfaite connaissance de ses peines et de sa fidélité à les souffrir, quoiqu’elle admirât sa patience, en était néanmoins touchée de compassion : ce qui l’obligea de lui dire qu’elle voulait lui donner une personne pour l’aider, et à qui elle pût librement ouvrir son cœur, car l’une des plus grandes difficultés qu’elle eut alors était de déclarer son intérieur. Elle craignait tout en cette occasion, et à peine pouvait-elle dire une parole de confiance sans trembler, à cause de son directeur dont elle n’avait nulle satisfaction, mais plutôt qu elle regardait comme un nouveau fléau que Dieu lui avait envoyé pour la faire souffrir.

On lui propose de se mettre dans la conduite du Père de la Haye, de la Compagnie de Jésus. Elle accepte de s ouvrir à lui. Le P. de la Haye lui commande d’écrire la conduite de Pieu sur son âme et la console beaucoup . Les dispositions de son esprit touchant ce commandement . Elle fait une humble confession des fautes qu’elle a commises durant le temps de ses tentations.

Vie, p. 222.] L’homme, que cette sage supérieure lui donna fut le Révérend Père Georges de la Hayea, de la Compagnie de Jésus, qui prêchait alors dans la Cathédrale de Tours. Cet excellent homme, désirant lui tendre la main pour la tirer de l’abîme d’amertume où elle était plongée, quittait ses grandes occupations pour l’aller visiter, et il lui donnait tout le temps qu’elle désirait pour s’expliquer. A peine eut-elle ouvert la bouche pour lui parler, que la difficulté qu elle avait de déclarer son intérieur, se dissipa. Elle sentit une entière ouverture dans son cœur à lui dire sans déguisement tout ce qui était en elle ; aussi en reçut-elle un tel éclaircissement qu’elle fut délivrée, à l’heure même, de quantité de craintes qui lui faisaient bien du tort,' à ce qu’elle croyait, et qui retardaient beaucoup son avancement spirituel.

Le Père ne se contenta pas de la déclaration sincère et ingénue qu elle lui fit de bouche de ses tentations et de toutes ses peines intérieures, il voulut encore qu’elle mît par écrit toutes les grâces qu elle avait reçues de Dieu depuis son enfance et l’usage qu’elle

a. Georges de la Haye. 1586-1652, entra dans la Compagnie de Jésus en 1608 £n 1633 d était recteur du collège d’Orléans. Nous le retrouverons dans la Relation de 1654, à Pans en 1639, où il était préposé de la maison professe II mourut recteur du collège de La Flèche.

en avait fait, afin de porter un jugement plus assuré de 1 état de son âme. Dieu lui fit connaître qu’il approuvait ce commandement, et l’aida sensiblement dans l’exécution de son obéissance.

Le jour du Vendredi saint, lorsque je pensais me mettre à mon ouvrage, je fus fortement tirée au fond de mon intérieur, en sorte qu’il ne me fut pas possible de m appliquer à aucune action extérieure. Je ne pouvais m appliquer qu’à Dieu seul, qui m’occupait entièrement le cœur et l’esprit. Dans cette retraite de moi-même dans moi-même, toutes les miséricordes qu’il m’avait faites furent en un moment représentées à mon esprit avec une très grande distinction, sans que je cessasse d etre fortement" unie à cette divine Bonté. Elle m’inspira d’obéir à ce qui m’avait été commande, et dans le meme instant, tout ce qui était en moi-même s’inclina a vouloir ce qu’elle m’inspirait. J’étais contente, puisqu il m était permis d’écrire tous mes pèches, afin que 1 on put voir s’ils étaient compatibles avec de si grandes miséricordes et que l’on vînt à connaître celle qui avait fait uns mauvais usage des grâces de son Dieu. Ainsi, sans faire d’autre examen, ils me furent mis tout d un coup devan les yeux, comme aussi toutes les grâces que j avais reçues de Dieu, et avec la permission de ma supérieure j écrivis les uns et les autres à l’heure meme ; autrement, il me semblait que j’eusse été hypocrite de dire le bien qu on désirait savoir et de taire le mal qui était . er moi et je fus même contrainte intérieurement d ecnre péchés les premiers, afin de ne tromper personne .

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