LA FAMILIARITÉ ET L’ABANDON OU ELLE L ÉTABLIT
Vie, p. 141.]
Mon Révérend Père,
Depuis 2 que je vous ai rendu compte des dispositions de mon intérieur, mon cher Amour m’a tellement caressée je dirais volontiers martyrisée, nonobstant les fautes et les imperfections que vous savez que j’ai commises, qu’il a été pénible au naturel de le supporter.
Après m’avoir fortement liee a lui, dans une grande simplicité intérieure qui dura deux jours, pendant lesquels je vaquais à lui amoureusement, sans faire aucun effort à la nature, mais plutôt demeurant doucement dans cette union, il arriva un soir que je me sentis pressée par plusieurs fois de me retirer. Enfin, étant contrainte de le faire, je me retirai. Et tout d’un coup, ]e fus si fort transportée d’amour que, par [une] souffrance et par embrasement intérieur j’étais toute hors de moi-meme, et il me semblait que mon très chaste Époux se plaisait à me surcharger sans cesse, et à ajouter de nouveaux feux à cette grande ardeur qui me consommait ; mais, en même temps, il me faisait dire, par la meme souffrance et sans m’en pouvoir empêcher, tout ce que la hardiesse amoureuse saurait inventer. Je le dirais bien, mais mon Dieu, je ne l’ose écrire. Il découvrait si fortement a mon esprit ce qu’il est, et il me consommait si puissam-