AVEC LES TROIS PERSONNES DIVINES
Vis, p. 531.] Sa dévotion envers les Anges était vraiment tout angélique, particulièrement depuis qu’elle fut ravie en Dieu et qu’elle eut vu dans une sublime contemplation la nature, les Ordres et les opérations de ces Esprits célestes. Car elle les entretenait avec autant de familiarité que si elle eût été comme un Ange du Paradis. Elle n’avait point de plus douce pensée dans sa solitude, ni de plus agréable entretien dans sa conversation. D’où vient que s’entretenant, un jour de Saint-Michel, avec quelques jeunes religieuses qui lui avaient été données pour travailler avec elle à un ouvrage de conséquence, et la dévotion du jour les ayant portées à parler des
1. L paraphrasent : tout ce que j’aimais le plus m'est matière de croix ; c’est de
cela même que je souffre davantage. 2. L : mais quoique cette disposition soit
crucifiante, je ne la changerais pas. 3. L ajoutent : aimer.
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Anges, elle entra aussitôt avec eux dans une société très intime, laquelle se termina enfin à quelque chose de plus grand 1.
B. N., ms. 19661, fol. 115.]
Ihs f Maria.
En la pensée que les cellules 2 sont des cieux et que les Anges habitent en icelles 3, nous entrâmes en une profonde méditation de la suprême Hiérarchie céleste 4, Chérubins, Séraphins et Trônes, où nous demeurâmes jusqu’à l’oraison bien fort occupées, sans quitter l’occupation 5 que nous faisions. Dès l’instant même que nous fûmes en l’oraison actuelle, nous voilà plongées en ces sujets d’amour 6, et comme l’on n’y peut être sans être 7 en celui qui leur influe ce qu’ils possèdent, me voilà soudain 8 ès 9 colloque, car j’avais si présente la vue de ces merveilles 10 que l’Amour ne me permettait pas davantage de retenue 11 .
M’adressant 12 à la très sainte Trinité, je lui dis 13 en cette sorte : O abîme d’amour, incompréhensible et suradorable Trinité, je vous adore et confesse 14. Permettez-moi que, ce jour dédié à vos Anges15, je m’adresse à ces bienheureux Esprits, qui sont tout plongés en vous 16. Or, en 17 la vue que les Chérubins reçoivent en eux la lumière et 18 clarté des secrets de Dieu et
i Années du noviciat de Marie, 1631 ou 1632. Cette faveur fut accordée à
Marie un 29 septembre, fête de saint Michel, patron de la chapelle du monastère.
Le travail de conséquence dont parle Marie était un travail de broderie.
La Vie a reproduit cette relation, mais elle en a fait deux parts, et publié
la première après la seconde. Voir la Vie : a) pp. 532-533- b) P- 5°9- Grâcf
à la répétition d’une même phrase dans les deux fragments, on pouvait déjà
corriger cette interversion arbitraire.
Vie p. 532-533. 2. V ajoute : religieuses. 3- v-‘ V habitent. 4. V ajoute:
qui contient 5. V : et nous y demeurâmes jusqu'à l’oraison fortement occupées
sans pourtant quitter le travail. 6. V : parmi ces Esprits célestes. 7. V : Et
comme il n’est pas possible d’y être sans l’être aussi. 8. V : tout d un coup.
Y ■ au. 10. V ■ car la vue de ces merveilles m’était si présente. n. v :
une plus longue retenue. 12. V ajoute : donc. 13. V : parlai 14. V :
je vous confesse et vous adore, en ce jour dédié a vos Anges. 15. V omet ici
cette incise qu’elle a transposée à la phrase précédente. 16 V ajoute : et que
mon cœur leur dise ce que l’amour lui voudra inspirer. 17. V : dans. 18. V
ajoute : la.
Marie de l’Incarnation.
qu’illustrés 1 de ces divines splendeurs, ils sont tout abîmés et transformés en 2 la lumière même par une participation ineffable, je m’écriai à eux : O Chérubins savants 3, ô bienheureux Esprits qui recevez de ce grand Dieu les irradiations et 4 lumières qui vous le font connaître, et tout abîmés 5 en lui êtes lui 6 par participation, ah 7 ! que mon désir est extrême de participer à votre bien et de voir mon Époux d’un œil épuré comme 8 le vôtre ! Ah ! le moyen de vivre et d’aspirer de connaître chose moindre que cette lumière ineffable dont vous jouissez 9 ! Ah ! de grâce 10, rempiissez-moi de vos lumières 11 et que 12 mon entendement ne voie plus que son Dieu 13 ! — Toutes paroles manquent en cet excès. Puis, venant 14 aux Séraphins : c’est ce qui ravit le cœur 15. Ces 16 divins Esprits sont ceux qui participent plus de lui 17, et qui, plongés en 18 cet abîme 19 de charité, sont tout feu 20, ce Dieu d’amour leur versant sa plénitude en s’unissant à ces Essences, qui ne sont créées que pour l’amour et en l’amour d’un si grand Dieu 21. Qui pourrait exprimer 22 les devis 23 de l’âme avec ces esprits embrasés 24 ? Ah 25 ! Séraphins ardents, faites-moi aimer mon Amour 26. Je suis créée pour cela aussi bien comme 27 vous ; mais, las 28 ! je souille tout ; mes amours ne sont [pas] épurées 29. Hé ! faites que je l’aime ! Cette transcendance amoureuse de 30 laquelle vous aimez cet océan d’amour fait que
x. V : éclairés. 2. V : dans. 3. V ajoute : et éclairés. 4. V ajoute : les
5. V : et par lesquelles tout abîmés. 6. V : vous devenez lui-même. 7. V omet : ah ! 8. V : aussi épuré que. 9. V : car , quel moyen de vivre et de connaître
moins cette lumière ineffable qui vous remplit et dont vous jouissez. 10. V omet ces mots. 11. V : faites-moi part de quelques rayons de vos lumières. - 1.2.
V : afin que. 13. V : ce que vous voyez. 14. V : Toute parole me manquant en cet excès, je m'adressai. 15. V paraphrase : mais je tombai d’un abîme dans un autre, car d’abord que je les envisageai, ils me ravirent h cœur. 16. V ajoute : Dieu étant amour, ces. 17. V : à son ardeur. 18. V : dans. 19. V ajoute : infini. 20. V : deviennent tout feu en lui. 21. V refait la phrase : ce Dieu d’amour s’unissant à ces substances sublimes qui ne sont créées que dans l’amour et pour l'amour d’un si grand Dieu et se versant en eux avec plénitude, ils deviennent autant d’amours par participation. 22. V : je ne puis dire. 23. V : les paroles de feu. 24. V paraphrase : ni les transports embrasés de mon âme à ces glorieux esprits. 25. V : O. 26. V ajoute : puisque. 27. V : que.
8, V : hélas! 29. V : n’étant pas épurés comme les vôtres. 30. V : par.
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vous êtes 1 tout lui par participation 2. Hé 3 ! Qui verrait cette immense bonté verser en vous ses ardeurs, et puis 4, qui vous verrait reverser l’amour * 6 en lui en la même pureté 6 ! Ce n’est 7 qu’amour mutuel et réciproque. — Ici, il faudrait 8 goûter l’amour et non pas en parler, la volonté demeurant 9 embrasée 10. Et puis 11, venant aux Trônes, èsquels 12 Dieu habite, les ayant créés 13 des vases purs pour sa divine Majesté, ils sont 14 en Dieu et Dieu en eux, sa miséricorde leur versant 15 sa pureté 16 et eux lui renvoyant 17 la même pureté 18, qui fait un doux commerce entre ce Dieu de pureté et ces bienheureux amants 19. Ah 20 ! Trônes purs, qui participez par votre pureté à la pureté de ce Dieu 21, hé 22 ! faites que ma mémoire épurée de tous les objets qui sont moindres que lui vienne 23 à contenir cet océan d’amour 24 qui ne veut que des vases purs, et que sans hésiter je vienne à être unie à lui 25 et abîmée en cet abîme qui n’est que pureté 26. — Encore que l’on soit avec ces bienheureux Esprits 27, c est 28 sans sortir de Dieu, car comme cette suprême Majesté les tient absorbés et engloutis en lui 29, Ton ne les peut voir autrement 30.
De là, mon esprit fut31 totalement uni à cette suprême Majesté par une union 32 des trois divines Personnes 33, la34 mémoire au Père, l’entendement35 au Fils, la36 volon-
i. V : en quelque façon lui-même. 2. V omet ces mots. 3- V . Oh ! T y
omet cet adverbe. 5. V : reverser en lui le même amour. 6. V ajoute : qu il
vous Va communiqué. 7. V paraphrase : je ne vois en lui et en vous qu un
8 V • mais il me taut ici. g. V : ma volonté étant. 10. V ajoute : au point
où vous la voyez. n. V : Puis. 12. V : dans lesquels 13 V ajoute :
comme 14. V: je les voyais en. 15- V : les remplissait de. 16. V ajoute.
pour les rendre dignes de lui. 17- V : et ils lui rendaient. 18. V ajoute : par
la complaisance qu’il prenait en eux. 19. V refait la phrase : et ainsi je voyais,
entre lui et eux un admirable commerce de pureté. 20. V : 0 . 21. V ajoute .
trois fois pur et trois fois saint. 22. V omet ce mot. 23. puisse. 24.
V : de pureté. 25. V : je lui sois. 26. V : et perdue dans l abîme de sa sain¬
teté 27 V ajoute : et qu’on leur parle familièrement. 28. V : cela se fait.
29 V : et abîmés en soi. 3°- v paraphrase : on ne peut les voir ni leur parler
en la manière que je viens de dire, sans y être absorbé et abîme avec eux. C est
pourquoi je les perdis de vue.
Vie p. 509. 31. V : Je perdis la vue des Anges, et mon esprit demeura. 32.
V : par union. 33. V : aux trois Personnes divines. 34- v : ma- 35- V :
mon entendement. 36- V : et ma.
té au Saint-Esprit ; et comme cette incompréhensible Trinité n’est qu’unité1 d’essence, ainsi je demeurai2 unie3 en l’unité de l’âme, sans pouvoir faire aucun acte particulier, sinon pâtir 4 cette application 5 amoureuse 6, car 7 les puissances étant toutes absorbées, le tout se passe au plus intime de l’âme, qui parfois est émue, comme quasi imperceptiblement, et par cette Puissance suprême, à faire des élans d’amour si subtils qu’à peine les pourraiton exprimer. Mais que dire ? Il serait impossible. C’est une pâmoison amoureuse. On est collé à l’Amour ; et ce serait lui faire tort d’abaisser son œuvre par mes défectueuses paroles. En cette union, mon entendement fut éclairé, où je compris davantage, car lors de la suspension, j’étais toute collée à cette infinie Bonté pour ne recevoir qu’amour * *.
Je m’aperçus 8 donc en cette grandeur infinie, plongée en lui, toute en lui 9, me connaissant tellement rien 10 que je ne le puis exprimer n. C’est là où l’âme se voit 12 anéantie en 13 le parfait anéantissement, qui est une connaissance qui lui est infuse, sans qu’elle y fasse rien de sa part 14, qui 16 est une des grandes faveurs que l’on puisse expérimenter 16 en cette vie et qui humilie
i. V : en. 2. V : je demeurai enfin. 3. V ajoute : à cette unité. 4. V : mais pâtissant seulement. 5. V -.opération. 6. V ajoute : de l' unité en V unité . 7. V omet tout le passage qui va suivre depuis : car les puissances, jusqu’à : ne recevoir qu’amour. 8. V J’aperçus par réflexion que j’étais. g. V abrège : toute plongée dans cette grandeur infinie. 10. V : connaissant si clairement que je n’étais rien. 11. V : qu'il ne se peut rien davantage. 12. V : Mon âme se voyait. 13. V : du plus parfait anéantissement . 14. V remanie et paraphrase : par une connaissance infuse et sans qu’elle fît rien de sa part que de recevoir l’impression de l’opération de Dieu, qui lui ouvrait les yeux pour lui faire voir son néant. 15. V : cette connaissance. 16. V: que je puisse recevoir.
* Marie distingue les deux temps de son extase. D’abord une union active des trois puissances de l’âme : entendement, volonté, mémoire, aux ^rois Personnes divines. Puis, une suspension de ces mêmes puissances, leur recueillement au fond de l’âme, et l’union passive de l’âme dans son unité à l’unité de Etre divin. Dans la première phase, l’intelligence réagissait, l’entendemen^ étaL éclairé ; dans la seconde, sauf de couits intervalles, l’âme ne fait plus d’actes spontanés. Tout l’acte vient de Dieu qui le produit en influant l’amour.
La vie de Marie contient d’autres traces d’une semblable faveur. Cette expérience s’apparente aux expériences analogues décrites par Tauler, où l’union se réalise entre la substance de l’âme et la substance de Dieu. Réservons à plus tard l’analyse de ce mode d’union, le plus élevé de la vie mystique.
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davantage que I on ne saurait dire * 4. Et , chose admirable, en cet anéantissement on se voit propre pour l’Amour, lui grand Tout et l’âme rien, propre pour lui qui agrée ce rien et l’a créé pour cette œuvre, qui est incompréhensible qu’à qui l’a expérimenté. Et, en [un] instant l’on connaît plus de vérités et l’on goûte plus que l’on ne saurait jamais dire, car tout ce qui se dit n’est rien. Et les profits 3 qui se tirent de là sont grands, à cause 4 que la souveraine Vérité en laisse une grande impression qui ne cesse jamais 5*, qui est à notre confusion, à cause du peu de correspondance que nous avons à l’endroit de cette infinie Bonté. Il soit béni à tout jamais !
De la joie de l’ame a confesser que Dieu est tout, ET QU’ELLE n’est RIEN.
Vie, p. 498.] L’humilité parfaite veut qu’en reconnaissant que Dieu est tout, nous confessions que nous ne sommes rien, et que, quand nous rendons aveu que nous ne sommes rien, nous reconnaissions que Dieu est tout et que tout ce que nous avons lui appartient. La Mère de l’Incarnation a jeté ces fondements solides et s y est si parfaitement établie, qu’elle n’avait point de plus grande complaisance que dans la pensée que Dieu est tout et qu’elle n était rien C est ce qu’elle témoigne par les paroles suivantes, qui montrent la véritable disposition de son âme :
Vie, p. 498-]
Mon occupation intérieure 6 est une vue de l’Etre infini de Dieu. Et comme il est tout et que je ne suis rien mon cœur est si satisfait en ce tout, que le plus grand
x . V : parce qu’