Fragme
rattache pas
pour un fragment de lettre.
de mes plaisirs est de voir que je ne suis rien. Cette vue me tient dans une continuelle affection ou mouvement d’amour [qui] sort de mon cœur en cette sorte : Je vous rends grâces, ô grand Dieu, de ce que vous êtes tout et de ce que je ne suis rien. Mais abîmez ce rien en votre tout, ô abîme infini, ô ma vie, ô mes délices !
EXCLAMATIONS ET ÉLÉVATIONS
PRÉFACE
deux titres : Exclamations et Élévations, qui ne figurent pas dans la Vie, ont paru commodes -jSgjÊ ici pour réunir quelques pièces que Dom Claude Martin a publiées sans préciser nettement ni ^ye>^s leur origine ni leur date.
Les quatre premières ont des traits communs qui pourraient les faire'rattacher à l'année 1627. D'après les Relations autobiographiques, cette année 1627 aurait été pour Marie de 1 Incarnation’celle de sa seconde vision extatique de la sainte Tnm e et de son mariage spirituel avec le Verbe Incarne. La Venerab e Mère entra alors dans la phase de son itinéraire mystique qu elle a appelée son martyre d'amour. Tous les grands contemplatifs ont passé par cette épreuve singulière, délices et souffrances indicibles tout ensemble. S'ils ont écrit, elle a marque dans leur œuvre la phase lyrique de leur expérience. C est seulement en 1620 deux ans plus tard, que Marie parvint enfin à cette simplification de l'esprit, qui réduit peu à peu et supprime presque totalement « les actes intérieurs et extérieurs » pouvant « donner
du sentiment, » pour jouir de ce grand calme de l'âme dont elle ne sortit plus de toute sa vie. Mais avant d’en arriver à cette tranquillité, ce ne furent, jour et nuit, que langueurs, chants d’amour, épithalames : plaintes et enthousiasmes d’une passion dont les touches divines attisaient l’ardeur, et qui loin de se consumer dans ses transports, s’y renouvelait.
Antérieurement à 1627, Marie avait déjà passé par des périodes analogues mais moins aiguës. Elle a noté, à propos de l’une d’elles, que pour contenir les mouvements de son cœur, elle en était alors réduite à écrire ceux de sa passion: «Quand j’avais bien chanté les louanges (de Jésus), dit-elle, je prenais une plume et j écrivais mes passions amoureuses pour évaporer la ferveur de l’esprit, car autrement, ma nature n’eût pu tant souffrir. » Pareille nécessité lui fut surtout imposée à partir de 1627, lorsqu’elle ressentit dans toute sa rigueur son martyre d’amour. De la, toute une production d’élégies et de chants embrasés, véritables poèmes en prose, débordant d’un lyrisme intense. Malheureusement, ces pièces n’eurent pour la plupart qu’une existence éphémère. A peine écrites, Marie les jetait au feu :
« Quand l’ardeur (de sa passion) était passée — dit Dom Claude Martin — elle faisait brûler ce qu’elle avait écrit, afin que personne ne fût témoin d’un si grand feu que celui qui l’avait allumé dans son âme. » Quelques épaves seules échappèrent à cette destruction. Encore Dom Claude Martin n’osait-il le garantir absolument. Il se contentait d ajouter ; « Il serait à souhaiter pour notre édification que (tous ces écrits) fussent parvenus à notre connaissance, et que son humilité n’en eût pas tant fait de sacrifices à Notre-Seigneur. Je ne sais pourtant si les excès dont elle parle ici il s agit d’une page de la Relation de 1654, relative à 1 année 1627 ne sont point ces affections amoureuses que je vais rapporter et que j’ai heureusement sauvées du feu avec quelques autres pièces que je produirai en d’autres occasions. » Parmi ces affections amoureuses, il citait d’abord la première des pièces que nous reproduisons, puis, quelques pages plus loin, les trois suivantes.
Origine et date, rien n est donc assuré pour les pièces en question. Mais par leur fond, au moins, elles nous reportent aux années 1627 1628. Qu elles aient été écrites ces mêmes années ou un
peu plus tard, elles sont pour nous les témoins des « mouvements
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divins, » de « ces retours d’amour inexplicables de l’âme dans le Verbe et du Verbe dans l’âme » que la Vénérable Mère, pour employer une de ses expressions favorites, souffrait à cette époque. De cela, Dom Claude Martin est sûr : « Je sais seulement, dit-il de ces pièces, que c’étaient les sentiments de son cœur, dans le temps qu’elle fut élevée à la dignité d’Épouse. » Cela doit nous suffire. Toutes les présomptions sont, du reste, pour que ces pièces datent de Tours.
Deux courts fragments, eux aussi, sans indication d origine, leur ont été rattachés. La Vie- les qualifie de Méditations. Mais ce titre est, sans doute, de Dom Claude Martin. Ils n appartiennent pas aux deux séries de méditations groupées plus loin sous le titre de Retraites. Leur teneur permet de les traiter comme des élévations. Nous les donnons en dernier lieu.
Dom Claude semble être redevable de toutes ces pièces à la charité ingénieuse et fraternelle de la jeune Mère Marie de Saint- Joseph. Il avait souvent pressé sa mère de lui envoyer ses écrits. Jusqu’en 1647 Marie de l’Incarnation n’en avait rien fait. Cette même année 1647, elle lui écrit enfin : « Quant a mes papiers... je n’en ai que peu, car je ne m’arrête pas à écrire des choses que vous pensez. Il est vrai, qu’étant malade a 1 extrémité, il s’agit d’une grave maladie qu’elle avait faite deux ans plus tôt — j’avais donné le peu que j’en avais à la Mère Marie de Saint-Joseph pour les faire brûler, mais elle me dit qu’elle vous les enverrait. Ainsi, ils fussent toujours tombés entre vos mains, quand vous n’eussiez témoigné les désirer. » Ce sont là, croyonsnous, les pièces que Dom Claude Martin dit avoir sauvées du feu. Dans leur nombre, figuraient les textes que nous éditons comme Exclamations et Elévations.
INDEX
Chacune des pièces est surmontée de la mention indicatrice du recueil d’où elle a été tirée, et de la page où elle y figure.
Dans les notes : V. signifie : la Vie de la Vénérable Mère Marie de l’Incarnation, 1677 ; L : les Lettres de la même, 1681 (édition de Dom Claude Martin).
EXCLAMATIONS ET ÉLÉVATIONS
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