EXCLAMATIONS
Vie, p. 130.]
AH ! Ah ! Amour, combien sont doux vos charmes et vos aimables liaisons ! Ah, que vous êtes un doux Amour !
Vous nous bouchez les yeux, vous nous dérobez les sens, vous nous rendez comme insensés !
Que ne faites-vous pas de nous ? Tantôt, vous nous blessez, tantôt vous nous liez par vos doux esclavages. Ah ! Que vous êtes un doux Amour !
Amour, que voulez-vous tant faire ? A quoi vous plaisez- vous ? Sont-ce là vos délices et les doux jeux de votre amour ?
Oui, mon très doux Amour, vous vous plaisez à nos langueurs ! Ah ! qu’il est véritable que vous êtes Amour !
Te sais ce que je vous ferai. Je m’en vais me lancer vers vous en contre-échange de ce que vous faites a mon âme.
Ah ! ah ! vous serez mon esclave ; je ne vous quitterai jamais ; je vous aurai à mon souhait, et vous serez toujours mon doux Amour !
Mais que ferai-je de vous ? Car vous êtes tout mien ! Mien, pour jamais, ô ma désirable Vie !
Ah ! mon Tout, qu’est-ce que je veux de Vous ? Je veux de vous l’amour et ne veux plus que l’amour. Ah ! c’est vous que je veux, mon doux et mon cher Amour, dans la très douce mort de l’Amour, et pour être toute consommée des flammes de l’Amour !
Vie, p. 142.] L’amour (de notre Mère) prenait occasion de tout ce qu’elle voyait et entendait de s’enflammer encore davantage, car comme son esprit était tout occupé de son Objet, tout lui était une matière propre pour entretenir sa flamme. Un jour, ayant assisté à un sermon, où le prédicateur s’était servi de comparaisons symboliques pour expliquer les propriétés de Notre-Seigneur, de celle de feu pour expliquer sa pureté et son activité, de celle d’eau pour marquer sa fécondité et sa sagesse, de celle d’agneau pour représenter sa douceur et sa qualité de victime et de celle de lion pour faire comprendre sa force et ses victoires, sitôt qu’elle fût en son particulier, elle s’emporta en ces paroles qui coulèrent ensuite par sa plume :
Vie, p. 143.]
Non, mon Amour, vous n’êtes pas feu, vous n’êtes pas eau, vous n’êtes pas ce que nous disons. Vous êtes ce que vous êtes en votre éternité glorieuse. Vous êtes : c’est là votre essence et votre nom. Vous êtes vie, vie divine, vie vivante, vie unissante. Vous êtes tout béatitude. Vous êtes unité suradorable, ineffable, incompréhensible. En un mot, vous êtes Amour et mon Amour. Que dirai-je donc de vous ? Vous m’avez faite pour vous ; pour vous, dis-je, qui êtes Amour. Pourquoi donc ne parlerai-je pas de l’amour ? Mais, hélas ! que dirai-je ? Je n’en puis parler sur la terre. Les saints
EXCLAMATIONS ET ÉLÉVATIONS
qui vous voient dans le ciel, vous adorent en silence, et ce silence est un parler sacré dans lequel ils goûtent l’amour. Vous nous influez votre amour, comme a eux, ô mon grand Dieu ! Et vous nous remplissez de vousmême comme eux. Pourquoi donc ne ferons-nous pas comme eux ? Pourquoi ne gouterons-nous pas 1 amour comme eux ? Car si vous êtes leur Amour, vous êtes aussi notre Amour. Ils vous voient a nu, ô ma chère vie, et c'est ce qu'ils ont au-dessus de nous qui sommes encore dans la bassesse et dans la misère de notre chair. Mais quand nous serons délivrés de cette prison, nous vous verrons comme eux, nous vous louerons comme eux, nous vous embrasserons comme eux, nous vous posséderons comme eux, nous serons plongés en vous comme eux, et nous ne dirons plus ces similitudes basses pour exprimer votre amour, car nous ne serons plus qu amour, étant tout dans l’amour, c'est-à-dire, en vous, qui êtes mon unique Amour, ma miséricorde et mon Tout !
Vie, p. 143.] Ce passage montre assez que son amour n était pas toujours dans l’excès de ses transports, mais que son ardeur était comme celle d’une fièvre continue qui a ses heures de redoublement. Il était, à la vérité, toujours dans le mouvement et dans 1 action, mais il prenait occasion de toutes choses de s’enflammer, jusques à 1 exces, et le cœur où il résidait était comme ces poudres combustibles qui prennent feu à la moindre étincelle qui tombe dessus.
Vie p. 143.] Lorsqu’elle avait la liberté de faire ses pénitences excessives, son martyre (d’amour) trouvait quelque soulagement d’autant que par ces sacrifices volontaires, elle témoignait à son Epoux ou’elle l’aimait. Mais, après que son confesseur lui en eut retranché une partie et qu’il eut modéré le reste, elle souffrait son martyre d’amour dans toute sa rigueur, croyant qu’elle n’aimerait jamais assez, vu même que, se voyant privée de l’usage des pénitences e e les convertit en amour par une industrie de 1 amour meme Voici comme elle en parle dans les plaintes amoureuses qu elle fait à Notre-Seigneur sur ce sujet :