Cf. les fragments 44-51 de la première Relation
Vie, p. 144.]
Doux maître de ma vie, je n'oserai plus demander de souffrir, puisque l’obéissance ne le veut pas. Cela durera-t-il longtemps et le souffrirez-vous ? Oh ! que c’est une grande privation pour moi ! Que ferai-je cependant ? Je récompenserai la pénitence par l’amour. Mon occupation sera de vous embrasser et de vous caresser dans le repos. O mon Amour, que vous êtes doux à mon âme ! Je ne vous aime pas comme je le désire, car je voudrais vous aimer d’un amour incompréhensible. Oh ! que c’est une grande peine de ne pas aimer autant que l’on désire aimer ! Si vous voulez que je vous aime, donnez-moi l’amour, car sans l’amour je ne puis vivre. Que dis-je ? Donnez-vous à moi, vous qui êtes mon Amour et ma vie, car je ne veux rien moins que vous, qui êtes l’Objet de ma flamme. Que je vous aime donc sans mélange, et sans pitié consommez-moi et retranchez en moi ce qui n’est pas le pur amour. Vous pouvez tout d’un coup rendre mon âme pure, ô divin Objet ! Il ne faut qu’un seul de vos regards, qu’une seule de vos touches saintes, quand vous venez si doucement dans mon âme et que vous vous donnez à moi qui ne le mérite pas. Je ferai comme votre Épouse sainte des Cantiques, qui, vous tenant, ne voulait plus vous laisser aller.