Ibid
bien dans les rigueurs de la pénitence et de la mortification. Elle s’endort, elle se laisse aller à la paresse ; en un mot, elle le cherche dans le lit et elle ne le trouve pas. Elle le cherche avec travail, elle est battue et maltraitée par les gardes de la ville, c’est-à-dire, par les supérieurs, qui ont droit de mortifier et d’imposer des pénitences, et ne le trouvant pas encore, elle continue ses fatigues et ses recherches, et enfin elle le trouve, et avec une joie nonpareille, elle s’écrie :
Un peu après que je les ai eu passés, j’ai trouvé celui que mon âme aime1, qui est mon tout, ma vie, mon amour. Après mes travaux particuliers et les corrections de ceux qui me gouvernent, j’ai trouvé celui que j’aime, non par une inclination sensuelle, mais par les plus pures affections de mon âme ; non superficiellement et d’une affection passagère, mais d’un amour solide et foncier, et dans le plus profond de mon âme, en sorte que pour ce sujet, il est véritablement mon amour.
Après que cette âme sainte eut trouvé son Époux, je me persuade facilement qu’elle ne fut plus si mal avisée que de se laisser aller à l’engourdissement de la paresse, et que depuis, elle ne le perdit guère de vue.
Quoi qu’il en soit, toute comblée de joie d’avoir recouvré l’objet de son amour, elle chante un doux épithalame pour nous apprendre combien il y a de plaisir à posséder un si grand bien, perdu avec tant de négligence et retrouvé avec tant de travaux. Oh ! qu’il arrive souvent que par négligence, par lâcheté, par ignorance, et faute de bien connaître le prix de ce trésor, nous venons à le perdre. Donnons-nous de garde de faire une si grande perte ; mais, plutôt, soyons fidèles et attentives à nousmêmes, comme l’a été cette amante, après qu’elle eut reconnu et réparé sa faute, afin que nous puissions expérimenter avec elle le fruit de sa fidélité. Voyez, comme remplie d'amour et de délices, elle continue son cantique disant :