‹ Écrits spirituels et historiques (volume 3)Chapitre 58 sur 65 · Cant · texte numérisé non relu

Cant

Je me suis assise à l’ombre de celui que mon âme aime, et son fruit a été fort doux et fort délicieux à mon goût 1. Quel est ce fruit si doux et si délicieux? Une âme sainte2 qui en avait goûté et qui s'en était rassasiée m’apprend que c’est le fruit de l’arbre de la croix. Elle a raison, car c’est là que les âmes saintes et ferventes, étant assises par le repos de la contemplation, se remplissent du doux nectar qui découle des plaies sacrées de l’amoureux Jésus. C’est là le lieu où était l’Épouse, lorsqu’elle disait :

Il met sa main gauche sous ma tête, et il m’ embrasse de sa droite 3. Comment cela se peut-il faire ? Il a les mains fortement attachées avec des clous qui les rendent immobiles ; comment peut-il embrasser cette fervente Épouse, et comment pourra-t-il m’embrasser moi-même ?

Croyez-vous que ce divin Sauveur, que cet Epoux de sang (Ex., i, 25), étant impuissant en apparence, il le soit en effet ? Les bras de son affection sainte sont mille fois plus pressants que ceux de son corps, et c’est de ceux-là qu’il nous presse et qu’il nous embrasse. Il met sa main gauche sous notre tête, pour nous affliger et nous baptiser de son baptême de douleur, et il nous embrasse de sa droite, pour nous consoler et nous remplir des délices de sa grâce. Ainsi, soit qu’il nous console, soit qu’il nous afflige, c’est toujours avec amour, et ses douceurs l’emportent toujours par-dessus ses afflictions, car il ne fait quasi que nous toucher de sa main gauche : il la met seulement sous notre tête ; mais il nous embrasse et nous serre de sa droite.

Cette Épouse sainte est déjà bien riche, et elle nous montre où nous devons nous enrichir comme elle. Mais suivons-la partout, et prenons-la pour guide dans la conduite de nos amours. Elle poursuit :

Le Roi, mon Époux, m’a donné entrée dans le cellier de son vin, et il a mis en moi de l’ordre dans la charité *.

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