‹ Écrits spirituels et historiques (volume 3)Chapitre 60 sur 65 · Cant · texte numérisé non relu

Cant

Les autres sont ceux qui gouvernent les âmes, savoir, les prélats, les pasteurs, les supérieurs, figurés par la porte, comme l’étaient les Apôtres, qui selon le Disciple bien-aimé, sont les douze portes de Jérusalem 1 (Apoc., 21, 14), parce que ce sont eux qui donnent entree dans l’Église, dans la religion et même dans le ciel. La raison est qu’ils tiennent la place de Jésus-Christ, qui est la véritable porte, comme il dit lui-même : Je suis la porte ; si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé (Jo., 10, 9).^

Que ferons-nous donc à notre sœur, qui est a la vérité mon Épouse, par la complaisance que j’ai en elle, à cause de l’éminente purete de son amour \ mais qui est aussi ma sœur, par la ressemblance à ma nature humaine, par la grâce de l’adoption où elle est élevée, par l’imitation où elle est de ma vie et de mes vertus, et par la participation que je lui donne de mon autorité ? Quelle qu’elle soit, elle est petite, elle est toujours faible, il faut la fortifier. C’est pourquoi : Si elle est un mur : si elle est destinée pour prêcher la parole de Dieu, faisons sur ce mur des bastions d argent qui le rendent blanc par l’innocence de ses mœurs, riche par un amas de vertus et de bonnes œuvres, éclatant par la prédication de la parole de Dieu, et assurée comme une forteresse inébranlable. Si elle est une porte: si elle est destinee pour la conduite des âmes, fortifions cette porte de planches de cèdre. Le cèdre est un bois aromatique et incorruptible. Ainsi, elle sera forte et invincible, si elle est incorruptible dans ses mœurs et dans sa doctrine, et si elle fait ressentir à tout le monde, et particulièrement aux âmes qui sont sous sa conduite, l’odeur d’une vie sainte et parfaite.

Pour nous, mes chères Sœurs, demeurons dans l’état de soumission où Dieu nous a mises. Contentons-nous d’être les compagnes de l’Épouse sainte dont nous avons décrit les amours, les desseins et les emplois. Si elle est

1 Ici légère confusion dans le symbolisme. Saint Jean assimile les douze Apôtres, non aux douze portes de la Cité, mais à ses douze P J erres fondamentales. En réalité, Marie se souvient du commentaire de saint Augustin sur le Psaume 86., dont elle trouvait un extrait à l’Office des Apôtres.

un mur, c’est-à-dire, si elle nous parle de la part de l’Époux, si elle nous annonce les vérités du ciel et les paroles de la vie éternelle, écoutons-la, comme nous ferions l’Époux même. Si elle est une porte, c’est-à-dire, si elle nous est donnée de la main de Dieu pour nous gouverner en son nom et pour nous ouvrir la porte du ciel, soyons-lui soumises comme à Dieu même. Nous ne méritons pas d’être les Épouses de Jésus par l’exercice de ces hauts emplois, mais nous le pouvons être par les embrassements d’une charité parfaite, et par une étroite fidélité à toutes ses volontés.

Par ce moyen, nous suivrons l’Époux dans les lieux aromatiques 1 et sur la montagne des parfums 2 qui n’est autre que la montagne du Testament, la montagne de la gloire où nous nous reposerons éternellement dans son sein.

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