LA RÉÉDITION PRÉSENTE DES ŒUVRES DE MARIE DE L’INCARNATION
ENANT après les rééditions des écrivains spirituels
v du XVIIe siècle, sainte Jeanne de Chantal, saint François de Sales, sainte Marguerite-Marie, saint Jean Eudes, saint Vincent de Paul, le P. Louis Lallemant, le P. Surin, la réédition des œuvres de Marie de l’Incarnation qui commence avec ce premier volume, est dirigée, comme elles, par les méthodes scientifiques en honneur aujourd’hui.
Autant que ces mots peuvent être de mise à propos de l'humble Ursuline, qui se trouve avoir écrit à son insu pour la postérité, elle sera critique et documentaire. Critique, parce qu’elle est basée sur une recherche préalable aussi étendue et minutieuse que possible, en France et en Amérique, dans les dépôts d’archives, les bibliothèques publiques, et les collections privées qui nous ont été ouvertes, de tous les inédits de Marie de l’Incarnation, et de toutes les copies anciennes de ses écrits faites directement sur les originaux. Documentaire, parce qu’elle utilisera et citera très largement les sources manuscrites et imprimées, contemporaines ou même postérieures, capables de jeter un jour nouveau ou plus
INTRODUCTION GÉNÉRALE
vif sur tous les aspects de l’activité mystique et missionnaire de la sainte Ursuline, en apportant des éclaircissements à ses écrits et les mettant dans leur plein relief.
A ce dernier titre, le premier et plus que tout autre, Dom Claude Martin, le fils et l’éditeur de Marie de l’Incarnation, y trouvera à côté d’elle la juste place qui lui revient. Nul ne s’en étonnera. « Comme Dieu — écrit Dom Martène — conduisait ces deux grandes âmes par des voies extraordinaires et presque semblables, elles se communiquaient réciproquement les grâces qu’elles recevaient du ciel ; et cette communication était la plus grande consolation qu’elles reçussent en ce monde des créatures1. » C’était aussi, pour tout ce qui venait de Marie de l’Incarnation, une véritable éducation spirituelle et mystique de Dom Claude Martin. Confident, héritier, interprète authentique de la pensée de sa vénérable mère, son disciple et son historien, les commentaires dont il a accompagné quelques-uns de ses écrits, sous la rubrique modeste d 'additions, doivent donc à tout prix être conservés. Parfois traînant, diffus, lourd même, il est le plus souvent sans prétention, et il est toujours sincère. Au reste, ses gloses que Bossuet trouvait admirables, font trop corps avec le texte qu’elles paraphrasent, développent et complètent, pour qu’il soit loisible de les supprimer. C’est encore Marie que nous entendons dans son fils. Il nous dit lui-même qu’il n’y parle que « comme un écho,... un supplément qui étend (la voix dont il est le fils) au delà de sa propre activité, lors même qu’elle n’est plus 2. » Tout n’y saurait être indistinctement retenu. Un choix est à faire. Encore est-il qu’il doit être fait. Pour les mêmes raisons, ses ouvrages manuscrits ont été aussi utilisés.
Dans la plupart des cas, l'édition de Dom Claude
1. Dom Martène. Vie du V. P. D. Cl. M. — B. M.. de Tours, ms. 1442, fol. 65.