‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 103 sur 239 · LXIV. — Madame de la Peltrie au P. Paul Le Jeune · texte numérisé non relu

LXIV. — Madame de la Peltrie au P. Paul Le Jeune

RJ 1640 (Q 48 ; C XIX, 54-56), fragment.

. Je ne serais pas satisfaite, si je ne vous entretenais de la consolation que je reçois journellement de nos petites filles. J’en ai tous les plaisirs qu’une mère pourrait souhaiter de ses bons enfants, tant en

3. Cette lettre devait faire partie de ces mémoires que Le Jeune demanda à ses confrères et aux religieuses pour composer sa relation. C’est du moins ce qu’il nous suggère quand il écrit : « Venons-en aux remarques que la Mère Marie de St- Joseph m’a mises entre les mains ». La lettre serait donc de l’été de 1640. Lettre LXIV. — Même date que la lettre précédente.

DE MARIE DE L’INCARNATION 163

l’obéissance qu’elles me rendent, qu’en un amour tendre et filial qu’elles me portent.

J’avais commission durant la retraite de nos Mères de les faire prier Dieu, de leur faire réciter leur catéchisme et de leur faire dire leur leçon. Je ressentais, en faisant cette action, une joie dans mon cœur qui ne se peut dire. Je ne manque point de leur faire exercer tous les jours les actes que vous me donnâtes dernièrement, et l’oraison du séminaire que vous avez faite très conforme à mes désirs. Leur ayant fait entendre que nos Mères étaient avec Dieu, je leur fis garder un silence de huit jours qui m’étonna ; j’en venais bien plus aisément à bout que des Françaises1. L'un de ces jours, ayant gardé le lit une matinée pour quelque indisposition, comme je vins à passer dans leur chambre l’après-dînée, ce furent des chères 2 et des caresses qui ne sont pas croyables : elles s’écriaient : « Ninque, Ninque ! ma mère, ma mère ! » Elles se jetaient à mon col, si bien que j’eus de la peine de m’en défaire. Je vous confesse, mon cher Père, que cela me ravit le cœur de voir un si grand naturel en des enfants barbares ; aussi est-il vrai que s’ils étaient mes enfants propres, je ne les pourrais pas aimer davantage. Vous allant voir dernièrement à l’habitation de Saint- Joseph3, je laissai deux de mes enfants à la maison ; elles ne firent que lamenter en mon absence ; on en trouva une toute éplorée en un petit coin s’écriant : Daiar Ninque daiar ! venez, ma mère, venez ! daiar, Madame, venez, Madame ! » Elle m’appelait tantôt d’une façon, tantôt d’une autre, pensant que je lui répondrais plus tôt. Je ne vous parle point des caresses qu’elles me firent à mon retour, de si loin qu’elles m’aperçurent, à travers la palissade de pieux qui nous ferment ; elles eussent volontiers sauté par-dessus, pour me venir à la rencontre.

J’ai commencé à leur montrer à travailler à l’aiguille ; mais mon principal exercice, c’est de les habiller, de les peigner et de les accoutrer ; je ne suis pas capable de chose plus grande. Hélas ! mon cher Père, encore trop heureuse de leur pouvoir rendre ce petit service4...

(De Québec, été 1640.)

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