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Les petites Françaises externes

2. Chères, témoignages de joie et d'affection en guise d’accueil.

3. Le P. Le Jeune avait fait fonction de curé à Sillery, au moins pendant une partie de l’hiver.

4. Avant de citer ces extraits, Le Jeune notait : « Si je voulais coucher ici toutes les lettres de joie que (les Religieuses) m’ont écrites sur (le) sujet (de leurs séminaristes), je ferais quasi un livre au lieu d’un chapitre. » Il y a donc eu toute cette première année une correspondance très active entre les Ursulines et les Pères. RJ 1640 (Q 44 ; C XIX, 38).

164 CORRESPONDANCE

LXV. — La Mère Anne de Ste-Claire a une Ursuline du Couvent du Faubourg Saint-Jacques

Annales manuscrites du Couvent des TJrsulines du Faubourg Saint-Jacques de^ Paris, pp. 200 et ss. (Archives des Ursulines de Québec.) — - Cette lettre a été publiée pour la première fois dans Les Ursulines de Québec depuis leur établissement (Québec 1878). Tome Ier, pp. 37-41. — Nous suivons le manuscrit, en adoptant l’orthographe et la ponctuation modernes.

Ma très chère et très aimée Sœur,

Il faut que je vous raconte nos aventures. Je crois que vous aurez agréable que je commence par les obligations que j’ai au glorieux saint Joseph, mon très honoré père et seigneur, qui a un soin très particulier de moi. Dès que je fus à Rouen, je ressentis les effets de sa protection, car étant dans une petite allée au couvent de notre Ordre, je me retirai en arrière, sans m’apercevoir d’un précipice qui y était, et dans lequel je tombai sans rouler, car il n’y avait point de degrés, de sorte que je me trouvai au fond, mais sans douleur ; je ne fus qu’un peu étourdie. Ma chère Sœur de St-Athanase

Lettre LXV. — Malgré l’échec du mois de mars 1639, la Supérieure du Grand Couvent du Faubourg Saint-Jacques, la Mère Marie Béron de Ste-Madeleine, n’avait pas renoncé à tout espoir de collaborer à la fondation du monastère des Ursulines de la Nouvelle-France. A leur départ, et sans doute aussi par des lettres de septembre 1639, Madame de la Peltrie et Marie de l’Incarnation avaient renouvelé leurs instances pour avoir enfin la Mère Catherine de St-Jérôme. L’archevêque de Paris, informé de la traversée et de l’heureuse arrivée des Ursulines de Tours à Québec, était mieux disposé pour la mission. De hautes influences s’entremirent près de lui, — peut-être fit-on intervenir M. Vincent, ami des Gondi, qui s’intéressait vivement au dessein de Madame de la Peltrie et l’avait encouragé l’année précédente. — Le prélat se montra donc prêt à accéder à la demande qui venait de Québec et à donner les obédiences requises. Il y mit trois conditions : on enverrait deux religieuses au lieu d’une ; aucune fille ne serait destinée au Canada sans l’avoir sollicité ; les familles des religieuses désignées donneraient leur consentement à la chose. Forte de cette autorisation, la Supérieure prit aussitôt ses mesures pour être prête au départ de la flotte du printemps de 1640. Il semble qu’on ne pouvait plus penser à la Mère de St-Jérôme. Dans le nombre de celles qui se présentèrent pour prendre sa place, deux furent choisies : la Mère Anne le Bugle, dite de Ste-Claire et la Mère Marguerite de Flécelles, dite de St-Athanase. Malgré bien des difficultés, — en particulier l’opposition violente de la famille de la Mère Anne Le Bugle, — les deux religieuses quittaient Paris pour Dieppe, au début de mars, « amplement fournies de toutes choses nécessaires, défrayées de leur voyage, et assurées d’une pension viagère de cent écus ». Le vingt-six du même mois, en compagnie d’un jeune jésuite, le P. René Ménard et d’un frère coadjuteur, Dominique Scot, elles s’embarquaient sur le navire Y Espérance, commandé par M. de Courpont. (Annales..., p. 200 ; Les Chroniques de l’Ordre des Ursulines, Tome I, p. 382).

De toutes les lettres que les deux Ursulines, à leur arrivée à Québec, écrivirent à leur monastère de Paris, une seule nous est parvenue, celle que les Annales ont reproduite : elle était adressée « par la Mère de Ste-Claire à une Religieuse, sa compagne tout à fait intime. »

DE MARIE DE L’INCARNATION

eut belle peur. La Mère supérieure me voulait faire voir au médecin, mais je l’assurai que je n’en avais aucun besoin. Ma confiance était si grande en mon bon père, que je ne croyais pas qu’il permît que chose quelconque m’arrivât qui pût empêcher l’effet de mon désir. Cette confiance tenait mon esprit paisible et tranquille dans les plus grands dangers. Comme nous étions à la rade durant une grande tourmente, un matelot bien expérimenté vint dire au Père Ménard que dans une heure il n’y aurait pas un de nous en vie, parce que le vent jetait de grande roideur un vaisseau qui avait perdu son ancre sur le nôtre. Le Père, faisant sur l’heure un vœu à saint Joseph, on l’assura que nous étions hors de danger 1. Une autre fois, une fenêtre mal cramponnée, pesant bien quatre-vingts livres, me tomba d’assez haut sur la tête. Ce coup, humainement parlant, me la devait casser. J’élevai au moment mon esprit à saint Joseph, mon cher protecteur, et ne m’effrayai point, mais j’assurai le Père et mes Sœurs et achevai de dîner aussi paisiblement que si rien ne fût arrivé. Un autre jour encore, comme j’avais renouvelé mon offrande à saint Joseph, étant sur le tillac, ma Sœur de St-Nicolas, religieuse hospitalière2, voulut voir si elle tirerait bien l’eau de la pompe qui est très forte. Voyant qu’elle y avait grand’peine, je la priai de m’attendre et m’approchai, mais l’eau allait de si grande roideur, que voulant mettre la main sur la cheville de la pompe, elle m’échappa et me donna fort rudement sur le visage tout proche de l’œil, que je pensais avoir tout diffamé3; mais mon bon père m’assista encore en cette occasion. En un mot, j’ai senti palpablement son secours, tant pour les besoins de l’âme que pour ceux du corps, tant durant le chemin que depuis notre arrivée. Il faut que je vous avoue que j’ai une consolation particulière de ce que le Père Ménard4, qui était avec nous, est très

1. Le mauvais temps retint la flotte dans la rade de Dieppe du 26 mars au 28 avril. « Le câble manquant à notre vice-amiral, dit le P. Ménard, un coup de mer le jeta sur nous avec une telle fureur que les plus constants pensaient être perdus. Jamais je n’ai envisagé la mort de si près. J’eus recours au grand saint Joseph, patron des contrées où nous voulions aller ; si ce vaisseau se fût avancé de vingt pas, nous nous fussions brisés... Au point que je présentais mes vœux à Dieu par l’entremise de ce grand Saint, on nous vint dire que le vent avait écarté ce vaisseau. Dieu conserva les trois de notre flotte qui étaient en rade, sans autre perte que d’un câble et d’un bateau que la tempête nous enleva » RJ 1640 (Q 2-3 ; C XVIII, 68).

2. Deux Hospitalières de l’Hôtel-Dieu de Dieppe étaient aussi sur l’amiral. C’étaient la Mère Jeanne Supli, dite de Ste-Marie, et la Sœur converse Catherine Vironceau, dite de St-Nicolas. Toutes les deux étaient envoyées à l’Hôtel-Dieu de Québec. La Sœur Catherine Vironceau ne devait pas tarder, en raison de ses rares qualités, à monter au rang des Religieuses de chœur. Elle y sera connue sous le nom de Catherine de St-Joseph. En 1651 elle sera supérieure de l’Hôpital. Nous avons une lettre de saint Vincent de Paul qui lui est adressée. Voir la Correspondance de saint Vincent de Paul, édition Coste, Tome IV, p. 37°> lettre du 25 avril 1652.

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