Qui, ce qui
DE MARIE DE L’INCARNATION
coup aidées dans l’étude de la langue, parce qu’elle parle bien français15. Enfin cette fille gagne les cœurs de tout le monde par sa grande douceur et par ses belles qualités16.
Votre fillole, Marie-Madelaine Abatenau, nous fut donnée toute couverte de petite vérole et n’ayant encore que six ans. A cet âge, elle seule avait servi son père et sa mère dans la maladie dont ils moururent, avec tant d’adresse qu’elle tenait en admiration tous ceux qui la voyaient. Il ne se peut rien voir de plus obéissant que cette enfant ; elle prévient même l’obéissance, car elle a l’adresse de se placer dans les lieux où elle prévoit qu’on la pourra employer ; et elle fait ce qu’on lui commande avec tant de conduite et de si bonne grâce qu’on la prendrait pour une fille de qualité ; aussi est-elle votre fillole, je dirais volontiers votre fille en Jésus-Christ. J’ajouterai pour votre consolation qu’elle sait par cœur son catéchisme, avec les prières chrétiennes, qu’elle récite avec une dévotion capable d’en donner à ceux qui la voient.
15. Dès 1636, les Jésuites avaient tenté de franciser de jeunes enfants sauvages, garçons et filles. Dans cette vue, ils avaient envoyé un garçon à leur Provincial de France et trois sauvagesses aux Hospitalières de Dieppe. RJ 1636 (Q 35 ; C IX, 102-104). L’année suivante, nous voyons deux autres jeunes filles confiées par la duchesse d’Aiguillon à la Mère Madeleine de St- Joseph, prieure du Carmel du Faubourg Saint-Jacques. RJ 1637 (Q 4 ; C XI, 52-54). Mais en même temps, ils essayaient aussi la francisation sur place. En 1635, ils commençaient à Notre-Dame des Anges un séminaire pour les garçons. Quant aux filles, ils en réunissaient à la même époque quelques-unes dans la maison de Guillaume Hubou et les confiaient à sa femme, Marie Rollet, la veuve de Louis Hébert. RJ 1636 (Q 35 ; C IX, 102-104). La jeune Amiskoueian était de ce nombre. Elle avait été baptisée deux ans plus tard, automne de 1637 ou printemps de 1638. En reconnaissance de l’intérêt que la vénérable prieure du Carmel lui avait porté, on lui avait donné son nom. RJ 1638 (Q 9 ; C XIV, 162).
16. C’est très certainement de Marie-Madeleine de St- Joseph Amiskoueian que parle le P. Le Jeune en 1636 : « Cette enfant n’a rien de sauvage que le teint -et la couleur. Sa douceur, sa docilité, sa modestie, son obéissance, la feraient passer pour une petite Française bien née et bien capable d’instruction. Son père ne nous l’a donnée que pour deux ans, à condition qu’elle n’irait point en France. Ah ! que j’ai peur que cette enfant ne nous échappe. Je prie Dieu de lui 'donner un si puissant désir de persévérer avec les Français que ses parents ne l’en puissent jamais retirer » RJ 1636 (Q 35 ; C IX, 104). Voir aussi RJ 1638 (Q 9 ; -C XIV, 160-162). Cette jeune Sauvagesse était algonquine. En 1638, son âge flottait entre 12 et 14 ans. Son nom n’était pas plus fixe. On l'orthographiait selon qu'on le saisissait au son.
CORRESPONDANCE
Marie-Ursule Gamitiens, fillole de Mlle Luynes17, n’est âgée que de cin à six ans ; toute petite qu’elle est, elle ne nous donne pas de peine à lui faire faire son devoir de chrétien, car elle n’est pas plus tôt éveillée qu’elle se met d’elle-même en devoir de prier Dieu. Elle dit son chapelet durant la messe, et chante des cantiques en sa langue sauvage.
Agnès Chabdikouechich nous fut donnée en même temps18. Le nom d’Agnès lui convient très bien, car c’est un agneau en douceur et en simplicité. Quelque temps avant que d’entrer au séminaire, elle rencontra le R. P. De Quen19 dans le bois, où elle coupait sa provision. Elle ne l’eut pas plus tôt aperçu qu’elle jeta sa hache à l’écart et lui dit : « Enseigne-moi ». Elle fit cette action de si bonne grâce, qu’il en fut sensiblement touché, et pour satisfaire à sa ferveur, il l’amena au séminaire avec une de ses compagnes, où elles se rendirent en peu de temps capables du saint baptême. Elle a fait de très grands progrès auprès de nous, tant dans la connaissance des mystères, que dans les bonnes mœurs, dans la science des ouvrages, à lire, à jouer de la viole, et en mille autres petites adresses20. Elle n’a que douze ans, et elle fit sa première communion à Pâques, avec trois de ses compagnes21.
Nicole Assepanse nous fut donnée le même jour,,
17. L : Mademoiselle de Chevreuse ; correction fautive. L'original portait et ne pouvait porter que Mlle de Luynes, comme nous le prouverons plus loin..