La petite Agnès de la lettre LXI
19. Jean De Quen, picard, né à Amiens en 1603, entré au noviciat des Jésuites; en 1620, passé au Canada en 1635. Il y fut employé d’abord à Notre-Dame des Anges, aux travaux du collège, puis en 1637 à l’église paroissiale de Notre-Dame de Recouvrance. Les années 1638-1640 le virent fréquemment à Sillery. En 1640;, son ministère s’exerce à la fois, à la paroisse de Sillery et à l’Hôtel-Dieu des Hospitalières.
20. Dès les premiers mois qui suivirent l’arrivée à Québec et l’installation dans la petite maison du bord du fleuve, le premier programme du séminaire comprenait déjà l’enseignement du catéchisme, des bonnes manières françaises, des connaissances ménagères élémentaires et des ouvrages d’aiguille, de la lecture,. — et aussi de l’écriture, comme on le verra plus loin, — enfin, avec la musique, presque des arts d’agrément. Or, on était à peine délivré du fléau qui avait failli emporter toutes les séminaristes.
21. RJ 1640 rapporte également des traits de la précocité de cette enfant (Q 46; C XIX, 42-44)-
DE MARIE DE L’INCARNATION 175
âgée de sept ans. Ses parents, qui sont des plus considérables entre les Sauvages, nous prièrent de la recevoir pour un temps, parce qu’elle ne les pouvait suivre à la chasse. Cette fille a l’esprit si ouvert qu’elle est capable d’instruction comme une fille de vingt ans. Elle n’avait été que cinq mois dans le séminaire, et elle savait rendre compte des principaux points de notre foi, sachant le catéchisme et les exercices du chrétien très parfaitement. Lorsque sa mère la vint quérir au retour de sa chasse, cette innocente lui faisait faire les prières. J’admirais la simplicité de la mère, qui n’était pas encore baptisée, de recevoir l’instruction de sa fille avec tant d’ardeur et de docilité. Elle, ravie d’aise de l’entendre prier Dieu et répondre au catéchisme, lui disait : « Ma fille, tu nous instruiras, ton père et moi ; si tu voulais encore demeurer au séminaire où tu es tant aimée, tu deviendrais encore bien plus capable de le faire. » Cette fille néanmoins ne put quitter sa mère, qui n’a qu’elle d’enfant ; mais elle lui disait : « Encore que je m’en veuille aller, ce n’est pas que je manque d’aucune chose ; je mange tant que je veux, les vierges me donnent de beaux habits et elles m’aiment beaucoup, mais je ne puis vous quitter. » Disant ces paroles, on la retira pour la mener dans les cabanes, où elle est admirée de tous les Sauvages22.
Je serais trop longue de vous parler séparément de toutes, mais je vous dirai en général que ces jeunes filles nous aiment plus que leurs parents, ne témoignant aucun désir de les suivre, ce qui est fort extraordinaire dans les Sauvages. Elles se forment sur nous autant que leur âge et leur condition le peut permettre. Lorsque nous faisions nos exercices spirituels elles gardaient un continuel silence ; elles n’osaient pas même lever les yeux ni nous regarder, pensant que cela nous interrompait. Mais aussi, quand nous les eûmes finis, on ne peut exprimer les caresses qu’elles nous firent, ce qu’elles