LXVII. - A UN DE SES FRÈRES
L pp. 330-331, Lettre historique XIV. — R XXIX.
Mon très cher Frère,
La paix et l’amour de Jésus !
C’est avec un extrême contentement que j’ai reçu votre lettre en ce bout du monde, où l’on est sauvage
Lettre LXVII. — R corrige une fois de plus L et imprime : A un de ses beauxfrères. Mais R se trompe. Le destinataire est sans doute le même Hélye Guyart, frère aîné de Marie de l’Incarnation, à qui sont adressées les lettres LIIIetLVIII.
toute l’année, sinon lorsque les vaisseaux sont arrivés, que nous reprenons notre langue française1. Nous avons passé l’hiver en Canada sans aucune indisposition, contre l’attente de tout le monde, qui croyait qu’après les grandes maladies dont notre séminaire a été rempli, nous succomberions à notre tour2. Nous avons passé l’été de même, quoiqu’il soit ici aussi chaud qu’en Italie. C’est pourquoi nous avons eu toute l’année des séminaristes en bon nombre, lesquelles nous donnent des consolations très sensibles par les vertus que nous leur voyons pratiquer. On ne les prendrait jamais pour des Sauvages, tant elles ont de grâce et d’adresse en ce qu’elles font, et elles sont si dévotes et si ferventes, qu’on ne dirait pas qu’elles sont nées dans la barbarie. Depuis qu’elles ont été lavées dans le sang de Jésus-Christ, elles conservent une pureté d’âme qui n’est pas croyable. Les hommes et les femmes font de même. Ils font encore beaucoup plus, parce que poussés de zèle de communiquer la grâce que Dieu leur a faite, ils vont dans les autres nations porter des présents pour les attirer ici, afin qu’elles entendent la loi de Dieu et qu’elles s’y soumettent3.
1. En 1640, la population française stable de Québec se montait à quelques familles seulement, qui avec le personnel du Fort, des résidences des Jésuites, et les commis et les engagés de la Compagnie de la Nouvelle -France, devaient faire une centaine de personnes au plus. Un groupement assez important de colons, sous la direction du médecin Robert Giffard, s’était établi sur la Côte de Beauport, à trois lieues environ au nord-est de Québec. Durant l’hiver, la vie était morte à Québec. On ne recevait au monastère que de rares visites. Seuls les Sauvages y accouraient, fl fallait attendre l’été et le retour de la flotte pour voir le port reprendre de l’animation, et entendre de nouveau résonner les mots de la langue maternelle.