‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 115 sur 239 · La petite vérole. Voir la lettre précédente · texte numérisé non relu

La petite vérole. Voir la lettre précédente

3. Allusion au prosélytisme des néophytes de Sillery, dont les plus considérables s’étaient rendus au dernier printemps à Tadoussac pour la traite, et surtout pour inviter le capitaine des Sauvages de cette région et les Sauvages du Saguenay à embrasser la foi et à venir se fixer près d’eux. Là ne se bornait pas leur zèle. Ils étaient résolus, en cas de succès avec les gens de Tadoussac, d’aller « inviter les autres nations plus éloignées à faire de même», afin de n’avoir tous plus qu’un Dieu et une « façon de faire ». « Eussé-je jamais cru, ajoute le P. Le Jeune, que des barbares nés dans la cruauté, nourris de chair humaine, fussent devenus prédicateurs de Jésus-Christ ? Je puis assurer que je ne sache personne qui leur ait donné ces pensées d’aller inviter les autres nations de croire en Dieu ; c’est un pur ouvrage du Saint-Esprit. » Pendant ce temps, des néophytes Algonquins fixés aux Trois-Rivières se faisaient eux aussi apôtres de la foi près des Attikamègues descendus à l’habitation pour la traite. RJ 1640 (Q ix ; C XVIII, no-in).

DE MARIE DE L’INCARNATION

L’on a baptisé plus de douze cents personnes, dont la plupart a plutôt servi à faire une Eglise triomphante qu’une militante, par une grande mortalité survenue entre les Sauvages4. Ainsi Dieu tire sa gloire de nos petits travaux, nonobstant la persécution que le diable a suscitée aux Hurons contre les serviteurs de Dieu, dont plusieurs ont pensé être martyrisés.

Le R. P. Ragueneau5 et plusieurs de sa compagnie ont été outrageusement battus et grièvement blessés. Un Sauvage ayant levé le bras pour lui fendre la tête, la hache s’attacha à ses cheveux sans pouvoir passer outre ; mais un bâton lui fut rompu sur le bras. Il eût bien voulu qu’on lui eût ôté la vie pour la foi qu’il annonce, mais Dieu, qui veut se servir de lui, le réserve à autre chose6. Ceux de nos quartiers7 ne sont pas tant persécutés, mais ils sont infatigables à cultiver nos bons

4. Cette remarque se rapporte exclusivement à la Mission des Hurons. Le chiffre de 1200 donné pour les baptêmes de l’année 1639-1640, par le P. Le Jeune, englobait, comme on l’a vu, toute la Mission de la Nouvelle-France. Le Jeune remarquait en outre que la plupart des néophytes des résidences du Saint-Laurent étaient des adultes en bonne santé. RJ 1640 (Q 12 ; C XVIII, 118). Voir plus haut la lettre LXVI, note 8. Sur le chiffre global des 1200 baptêmes, le P. Jérôme Lalemant nous apprend qu’un millier environ revenaient à la Huronie. Il ajoute que dans ce nombre, il n’y en avait pas « vingt de (conférés) hors du danger de la mort ». La plupart de ces moribonds étaient ensuite décédés : « deux cent soixante enfants au-dessous de sept ans, et, de plus, un très grand nombre qui n’avaient pas encore atteint dix, douze ou quatorze ans ». Aussi les missionnaires s’étaient-ils « employés cette année à accroître l’Église triomphante plutôt que la militante » (Q 61 ; C XIX, 122) . Marie de l’Incarnation qui reproduit les termes mêmes de Lalemant a eu son mémoire entre les mains.

5. Paul Ragueneau, né à Paris, en 1605 ou 1607 ou 1608, était entré au noviciat des Jésuites en 1626. Au collège de Bourges, il avait été trois ans durant le professeur du futur grand Condé. A Bourges également, il avait eu pour directeur de conscience l’un des plus éminents spirituels de la Compagnie, le P. Louis Lallemant. Envoyé au Canada en 1636, son supérieur, le P. Le Jeune, l’avait destiné l’année suivante à la Mission des Hurons, où il était arrivé en septembre. Il y résida jusqu’au 2 août 1640, date où il descendit à Québec. Ragueneau fut avec Le Jeune et Jérôme Lalemant, l’un des plus remarquables apôtres de la Nouvelle-France, dans cette première période de la seconde mission des Jésuites en ce pays. Lors de son premier séjour dans la Huronie, il avait dressé une carte de cette contrée et des nations adjacentes, aujourd’hui perdue, mais que Le Jeune a utilisée dans sa description des peuplades sauvages de l’Amérique septentrionale. RJ 1640 (Q 34-35 ; C XVIII, 226-234). Nous retrouverons plus loin son œuvre d’hagiographe et de directeur spirituel.

6. C’est à une confidence du P. Ragueneau que Marie de l’Incarnation devait ces détails. Voir la lettre suivante.

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