Les Jésuites des résidences du Saint-Laurent
CORRESPONDANCE
chrétiens, qui vivent dans la perfection où vivaient ceux de la primitive Église. Ils se disposent à aller prêcher aux Nipissiriniens et aux nations de la mer du Nord, trois cents lieues, à ce qu’on dit, au delà des Hurons8. Il semble que Dieu veut qu’on porte l’Évangile partout, et que l’empire que les démons s’étaient érigé depuis tant de siècles pour combattre celui de Jésus- Christ, soit entièrement détruit. Ils partent avec une allégresse nonpareille, dans le seul appui de la providence et à l’apostolique9.
Cependant nous entendons les Sauvages qui sont auprès de nous chanter les louanges de Dieu en leur langue. Leurs filles chantent au chœur avec nous, et nous leur apprenons tout ce que nous voulons, à quoi elles sont si souples, que je n’ai jamais vu dans des filles françaises les dispositions que je remarque en ellesmêmes. C’est le Saint-Esprit qui fait tout cela, car nous sommes trop faibles pour nous en attribuer quelque chose. Béni soit donc l’auteur des merveilles que nous voyons ! La Relation en sera toute pleine, encore qu’il ne soit pas possible d’y mettre tout ce qui en est ; aussi aurait-on de la peine à le croire. Ceux qui ne viennent en Canada que pour le temporel n’y trouveront jamais leur compte si bien que ceux qui y viennent pour donner leur vie pour Jésus-Christ. Si ceux-ci y souffrent, c’est
8. Les Nipissings, — comme on les appelle plus communément — étaient un rameau de la famille algonquine. Ils parlaient la langue des Algonquins qui fréquentaient les habitations de Québec et des Trois-Rivières. Leur contrée s’étendait du nord de la Huronie jusqu’à la Baie James, poche méridionale de la Baie d’Hudson. Leur principal centre était le lac Nipissing, à 40 lieues au nord des Hurons. Les premiers missionnaires que virent les Nipissings furent en 1622 le Récollet Guillaume Poullain, et, en 1624, deux autres Récollets, le P. Jacques de la Foyer et le Frère Bonaventure, qui passèrent l’hiver de cette année au lac Nipissing (Chrestien Leclercq : Premier Éstablissement de la Foy dans la Nouvelle-France.... Paris, 1691. T. I, pp. 219 et 294). Les Récollets ne purent donner suite à leur évangélisation. Ce furent les Jésuites qui entreprirent cette œuvre. La première mission des Nipissings fut confiée en 1640 aux Pères Claude Pijart et Charles Raymbault. Ces deux religieux quittèrent Québec au début de septembre et montèrent à la Huronie avec les Hurons qui s’en retournaient de la traite. Ils y arrivèrent dans les premiers jours d’octobre et y passèrent l’hiver, en attendant les Nipissings. RJ 1641 (Q 62 et 82 ; C XXI, 140 et 240).