LXVIII. — A la Mère Jeanne-Françoise Le Vassor
SUPÉRIEURE DE LA VISITATION DE TOURS L pp. 332-333, Lettre historique XV. — R XXX.
Ma très révérende et très chère Mère,
Enfin nous avons reçu vos lettres, un mois et demi après l’arrivée des premiers vaisseaux, parce qu’on les a envoyées par La Rochelle, d’où l’on part plus tard que de Dieppe : ce qui fait qu’à peine avons-nous du loisir pour faire nos réponses* 1. Je réponds pourtant à la vôtre, ma très chère Mère, dans laquelle vous dites la vérité, qu’il n’y a personne dans le monde qui ait des obligations à notre bon Dieu comme moi. Qui eût jamais pensé qu’il m’eût voulu regarder pour un dessein comme celui auquel il m’occupe ? Je me perds quand j’y pense. J’en ai pourtant toujours fait les fonctions depuis que nous sommes en cette bienheureuse terre, tant au regard des filles françaises que des sauvages. Je ne puis vous exprimer le contentement que nous en recevons, particulièrement de la part de nos chères néophytes : car elles se laissent conduire comme de petits agneaux, celle de dix-sept ans 2, aussi bien que celles de sept ou de six. Cette docilité est commune à tous, aux hommes et aux
Lettre LXVIII. — Cette supérieure dont L taît le nom était la Mère Jeanne- Françoise Le Vassor. Originaire d’Orléans et entrée à la Visitation de cette ville, elle en était sortie pour être employée à la fondation de la Visitation de Tours commencée le 5 mai 1633. Jeanne-Françoise Le Vassor était supérieure de cette maison depuis 1637. Elle fut plusieurs fois réélue à cette charge. Son dernier triennat devait remplir les années 1664-1667. Il semble qu’elle décéda à la Visitation de Tours (Bibliothèque Mazarine. Ms. 2440. Registre des noms des supérieures qui ont gouverné dans chaque monastère... de la Visitation...)
1. La flotte de Dieppe était arrivée le 8 juillet, celle de La Rochelle ne parut donc à Québec que dans la seconde quinzaine d’août. Les bateaux durent remettre à la voile pour la France aux environs du 15 septembre.