L’Algonquine Marie Madeleine Amiskoueian
femmes, aux grands et aux petits : car il est très vrai que depuis que nos Sauvages sont régénérés par les eaux du saint baptême, ils entrent dans une simplicité d’enfant, en sorte que nous voyons la vérité de ces paroles de Notre-Seigneur : Ils seront dociles à l’Esprit de Dieuz. Joignez à cet esprit de simplicité celui de la ferveur, car nous voyons dans notre primitive Église le zèle et l’ardeur de la primitive Église convertie par les Apôtres. Je ne vous en dirai rien de bien particulier, le temps ne me le permettant pas, mais bien ce qui se présentera à mon esprit en général.
La persécution a été grande aux Hurons, où nos Révérends Pères se sont vus à la veille de souffrir le martyre3 4. Le R. P. Ragueneau étant entré dans une cabane pour baptiser une femme qui le désirait, son mari, qui ne le voulait pas, hurlait comme une bête féroce, et prenant une hache il la déchargea sur le Père afin de lui fendre la tête : mais la hache demeura attachée à ses cheveux sans pouvoir passer outre. Ce bon Père m’a dit lui-même : « Je pensais avoir la tête fendue, cependant je n’ai eu aucun mal, et je ne sais comment cela s’est fait. » Le barbare en demeura si épouvanté, qu’il sortit de sa cabane, et le lendemain le Père eut le courage d’y entrer et de donner le baptême à celle qui le désirait avec tant d’ardeur, ensuite duquel5 elle mourut le même jour.
Cette femme avait été excitée à demander ce sacrement par une fervente chrétienne,* qui lui disait avec une grande candeur et simplicité : « Vous ne savez pas ce que c’est que d’être chrétien ; on est si bon quand on est baptisé, que sans peine on souffre tout ; hier on me dérobait devant moi et à ma vue, et je n’en dis mot. » Voilà un échantillon de la vertu de nos nouveaux chré-