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Duquel, employé au neutre : ensuite de quoi

DE MARIE DE L’INCARNATION

tiens. Notre bon Joseph a fait l'office d’ Apôtre cette année, après s'y être disposé par les exercices spirituels6. Vous seriez ravie d’entendre ce qu’il a fait ; car il a été hardiment et sans craindre la mort de bourg en bourg prêcher l'Évangile avec une élégance du Paradis, n’omettant rien de ce qu’il jugeait nécessaire pour mettre notre foi en crédit. Ses compatriotes qui savaient qu’il ne pouvait avoir cette science naturellement, étaient ravis et comme en extase en l’entendant parler. Il leur disait : « Ah ! si vous saviez la charité qui est parmi ceux qui croient en Dieu, vous ne demeureriez jamais comme vous êtes. Encore qu’ils ne se soient jamais vus, ce n’est qu’un cœur et une âme. Je fus ravi l’an passé, étant à Québec, à l’arrivée d’un vaisseau où il y avait de grandes filles vêtues de noir, qui pour l’amour de nous sont venues en ce pays ; les unes prirent avec elles des filles Montagnaises qu’elles faisaient manger avec elles, et à qui elles donnaient de beaux habits : les autres, qui étaient habillées d’une autre couleur 7, prirent les malades, qu’elles soulageaient et veillaient jour et nuit avec de grands soins, et de grandes fatigues. A leur arrivée on fit tant de fête que vous eussiez dit que tout le monde de Québec n’était qu’un. O que nous sommes bien éloignés de cela ! Nous vivons comme des bêtes et ne savons ce que c’est que parfaite amitié, laquelle ne se trouve qu’avec ceux qui croient en Dieu. » Voilà les sentiments d’un homme sauvage, mais que la grâce a poli au delà de tout ce que je vous en pourrais dire.

Quoique la persécution ait été grande aux Hurons, l’on n’a pas laissé d’y baptiser plus de douze cents personnes ; et quant aux Sauvages de ces quartiers, ceux qui ne sont pas baptisés ont honte de paraître.

C’est une chose ravissante de voir tous nos Révérends

6. Marie de l'Incarnation ne fait ici que suivre et résumer le récit du P. Jérôme Lalemant dans RJ 1640 (Q 63-69; C XIX, 132-166). Il s’agit du Joseph Chiouatenhouan de la lettre LIX.

7. Les Hospitalières étaient habillées de blanc. Après 1 épidémie de la petite vérole, elles portèrent un costume gris, et ne reprirent leur habit blanc qu en

CORRESPONDANCE

Pères prodiguer leur vie pour attirer tous ces peuples au troupeau de Jésus-Christ. C’est à qui ira aux lieux les plus éloignés et les plus dangereux et où il n’y a aucun secours humain. Les souhaits qu’on fait ici les uns pour les autres sont : « Allez, nous sommes ravis que vous alliez dans un lieu d’abandonnement : O plaise à Dieu qu’on vous fende la tête d’une hache ! » Ils répondent : « Ce n’est pas assez ; il faut être écorché et brûlé, et souffrir tout ce que la férocité des plus barbares peut inventer de cruel. Nous souffrirons tout cela de bon cœur pour l’amour de Dieu et pour le salut des Sauvages.» — « Si cela arrive, leur dit-on, nous en chanterons le Te Deum. » Je disais au R. P. Ragueneau, à qui on avait rompu un gros bâton sur les bras : « Hé bien ! mon Père, cela n’est-il pas bon, et n’êtes-vous pas bien aise d’avoir été si bien traité ?» — « Hélas ! me dit-il, j’eusse bien voulu qu’on en fût venu plus avant. » Voilà ses sentiments, qui sont des sentiments d’apôtre ; et tout le monde envie ici le bonheur qui lui est arrivé.

Il en est quasi de même du R. P. Chaumonot, qui voyant qu’on levait la hache sur son compagnon, s’écria, disant : « Il faut que je sois de la partie. » Pour cet effet il entra hardiment, mais Dieu les sauva tous deux pour ce coup8. Tous les autres travaillent de même, chacun en sa manière. Mais comme c’est le propre de la conduite amoureuse de notre bon Dieu d’éprouver ses enfants et ses meilleurs amis, il a permis que leur maison et leur église de Québec aient été entièrement brûlées, avec tous leurs meubles, et ceux qui devaient être envoyés dans les autres maisons, en sorte qu’il ne leur est resté que ce qu’ils avaient sur eux, c’est-à-dire des habits d’été fort simples et usés9. Ils regardaient ce désastre sans

8. Débarqué à Québec le Ier août 1639, le P. Chaumonot en était parti le 9 suivant avec le P. Poncet pour monter à la mission des Hurons où il était arrivé le 10 septembre (Aug. CARAyON : Première Mission des Jésuites au Canada. Lettres XIV et XV, pp. 195 et ss.). Depuis il avait été employé à la résidence de la Conception.

9. De la résidence des Jésuites, où il se déclara d’abord, le feu gagna l’église paroissiale de Notre-Dame de Recou vrance et la chapelle privée du gouverneur qui y était attenante. Cet accident arriva le 14 juin, sur les 4 heures de l’après-

DE MARIE DE L’INCARNATION

s’émouvoir, disant qu’ils en ressemblaient mieux à Jésus-Christ d’être ainsi dépourvus de tout. Ne sont-ce pas là, en effet, de vrais imitateurs de ce divin Maître ? Je ne puis vous exprimer leur charité en notre endroit, tant au spirituel qu’au temporel, non plus qu’au regard de tout le Canada, où il n’y a personne qui ne se ressente de leurs bienfaits.

Il faut finir, ma chère Mère, vous suppliant de remercier pour nous vos révérendes Mères de Paris, qui nous ont fait cette année une grande charité, dont nous leur sommes très obligées10. Je vous remercie encore de votre amitié et de vos prières, dont je vous demande la continuation pour l’amour de Jésus, en qui je suis, ma très révérende Mère, votre très humble fille.

De Québec, le 4 de septembre 1640 u.

midi. Ce fut momentanément un désastre pour les missions de la Nouvelle- France, car la résidence de la ville de Québec était l’entrepôt général de toutes les provisions et fournitures des autres résidences. RJ 1640 (Q 50 ; C XIX, 64-66). Les habits donnés par le roi à Iouanchou (voir plus haut, lettre LIX), qui étaient conservés à la résidence de Québec, furent également détruits.

10. Le Registre des Bienfaiteurs des Ursulines de Québec porte pour l’année 1640 cette mention : « Par les Religieuses de la Visitation rue St- Antoine, 260 livres » (Archives des Ursulines de Québec). Le premier monastère de la Visitation de Paris comptait parmi ses principaux bienfaiteurs le Commandeur Noël Brulart de Sillery. C’étaient les générosités du Commandeur qui avaient permis aux Jésuites de fonder, près de Québec, pour les Sauvages qu’ils voulaient essayer d’arracher à leur vie errante et de fixer au sol, une réduction qu’ils avaient appelée Sillery. En s’intéressant aux Sauvages de la Nouvelle-France, les Visitandines répondaient aux vœux les plus chers du Commandeur. Durant son séjour à Paris, au cloître des Jésuites, à quelques pas de leur monastère, Marie de l’Incarnation était certainement allée les visiter. Leur supérieure, la Mère Hélène-Angélique Lhuillier, «une des plus saintes âmes qu’il eût connues, » disait d’elle saint Vincent de Paul, figure en effet sur la liste des personnalités que Madame de la Peltrie devait voir dans la capitale pour assurer le succès de son projet de fondation à Québec (Archives du Château de Longiron, Loire).

11. Le ton même de la lettre nous avertit que la Mère de l’Incarnation et la Mère Jeanne-Françoise Le Vassor se connaissaient et étaient en relations épistolaires depuis plusieurs années.

CORRESPONDANCE

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