Première Épître à Timothée, v
DE MARIE DE L’INCARNATION
mortifiée de ce que vous ne m’avez rien mandé de l’état de vos affaires 4 ; car il faut que vous sachiez que tout ce qui vous touche me touche, et qu’encore que vous soyez fort éloignée de moi, je ne laisse pas de vous offrir à Dieu avec toute votre famille5. Je ne vous saurais dire combien je vous aime. Si j’étais riche en mérites vous y auriez bonne part ; mais comme j’en suis fort pauvre, je vous offre tous les jours au Père Éternel sur le Cœur de son très aimable Fils Jésus. C’est là que je suis votre6...
De Québec, le 2 de septembre 1641.
4. Cette formule pourrait s’entendre simplement de la succession. Une lettre écrite un peu plus tard à la même correspondante expliquera qu’il s’agit du commerce du défunt que sa veuve continuait. Hélye Guyart était marchand boulanger. Sur ses quatre enfants, il n’y avait qu’un garçon, Charles, né en 1624, qui aurait été encore trop jeune pour prendre la suite des affaires de son père. La veuve de Hélye Guyart aurait donc eu à les diriger, en attendant que son fils fût en âge.
5. Seul des frères de Marie de l’Incarnation, Hélye Guyart avait plusieurs enfants. Mathieu n’aurait eu d’après les Registres qu’une fille. Quant à Florent, nous avons vu qu’il ne serait mentionné dans un acte de baptême qu’à l’occasion de la fonction de marraine remplie par sa femme (Lettre LIII).
6. Louise Dugué était fille de Jean Dugué, marchand boulanger et de Mathurine Verger. Elle avait été baptisée le 27 septembre 1591, dans l’église de Saint-Pierre-le-Puellier.
NOTE
(1) Les Sœurs de Marie de l’Incarnation. — Nous avons vu plus haut (lettre LUI) que les époux Guyart eurent quatre filles. Du moins, les Registres des paroisses de Tours ne nous en font connaître que quatre. Mais il paraît bien par la comparaison des dates qu’il n’y en aurait pas eu d’autres.
L’aînée, qui fut aussi le premier enfant de Florent Guyart et de Jeanne Michelet, se nommait Claude. Baptisée le 21 décembre 1592, dans l’église de Saint-Saturnin, elle apparaît le 9 septembre 1611 sur les Registres de la paroisse de Saint-Pierredes-Corps, comme épouse de Paul Buisson. Celui-ci est ce frère dont parle plusieurs fois Marie de l’Incarnation dans ses deux Relations de 1633 et de 1654, et chez qui elle passa les années 1621-1630. Il vivait encore dans les premiers mois qui suivirent l’entrée de la Vénérable Mère aux Ursulines, mais il mourut peu de temps après, dans la seconde moitié de 1631 ou dans les premiers mois de 1632. Il était certainement décédé à la date du 13 juin de cette même année, puisque ce jour-là, Claude Guyart est qualifiée dans un acte de baptême de Saint-Pierre-des-Corps, de « veuve de feu Paul Buisson ». Claude se remaria par contrat en date du 18 janvier 1634 avec Anthoine de La Guiolle, marchand bourgeois de Tours. Toutes
CORRESPONDANCE
ces précisions nous sont fournies par un acte notarial des Archives départementales d’Indre-et-Loire (Série E, 254) et par les Registres de catholicité de Tours. Les époux de La Guiolle vivaient encore en 1642, ainsi que nous le verrons plus loin par des pièces des Archives nationales.
Marie, celle qui devait être Marie de l’Incarnation, la seconde fille des époux Guyart, naquit comme sa sœur aînée sur la paroisse de Saint-Saturnin, où elle fut baptisée le 28 octobre 1599.
Des deux autres filles qui suivirent, la première, Catherine, baptisée, elle aussi dans l’église de Saint-Saturnin, le 27 mai 1602, épousa, au plus tard au début de 1621, Marc Barillet, marchand boulanger. Nous les retrouvons l’un et l’autre sur les Registres baptistaires encore en 1643. Nous n’avons pas l’acte de baptême de Jeanne, la dernière fille des époux Guyart. Les Registres des deux paroisses où habitèrent Florent Guyart et sa femme lors de la naissance de leurs enfants, Saint-Saturnin et Saint-Pierre-des-Corps, nous manquent pour les années 1606- 1609, justement celles où dut naître la troisième des sœurs de Marie de l’Incarnation. La première fois que le nom de cette dernière apparaît, c’est en 1620, comme marraine, sur les Registres de Saint-Pierre-des-Corps. Elle signe, mais son écriture est encore celle d’une main inexpérimentée. Quatre ans plus tard, la signature est beaucoup plus ferme. Elle a pris la forme et le trait qu’elle conservera jusqu’en 1650. Jeanne se maria assez jeune, entre quinze et dix-huit ans. En 1626, lors de la naissance de son premier enfant, elle est donnée comme femme de Maître Sylvestre Normand. A la différence des autres beaux-frères de Marie de l’Incarnation, Sylvestre Normand n’était ni un artisan ni un marchand. Un Registre de Saint-Pierre-du-Boile le qualifie en 1632 de «Honorable Homme Sylvestre Normand, maître d’école ». C’est cet « homme fort savant » dont parle V p. 186, qui « entre ses belles qualités avait un talent particulier pour la poésie française » et qui en 1631 composait à l’usage du petit Claude des complaintes « en vers lugubres » sur la retraite de sa mère aux Ursulines » ( Écrits I, p. 290). De 1639, date de la naissance de leur dernier enfant, à 1650, les Registres de Saint-Pierre-des-Corps ne contiennent plus aucune mention des époux Sylvestre Normand. Mais en 1650, Jeanne Guyart, qui reparaît comme marraine, est qualifiée de « veuve de Sylvestre Normand ». Rien, dans les Registres, ne nous permet de fixer même approximativement l’année du décès de ce dernier. Mais il est trop clair que Marie de l’Incarnation l’avait connu trop peu de temps dans le monde, — Sylvestre Normand s’était marié vers 1625, et la Vénérable Mère était entrée au couvent en janvier 1631, — pour qu’on puisse l’identifier avec celui qu’elle appelle « mon bon frère que j’aimais uniquement ». De plus le défunt exerçait un commerce que sa veuve devait continuer, ce qui n’était pas le cas de Sylvestre Normand.
De tout ce qui précède, on peut conclure que la lettre du 4 septembre 1641 ne s’adresse qu’à une belle-sœur de Marie de l’Incarnation, et que le défunt dont elle déplore la perte est un de ses propres frères. Lequel ? Les Registres ne nous permettent pas de le dire avec certitude. Hélye en disparaît en 1626, Mathieu en 1627, et le second Florent (si c’est bien lui) n’y apparaîtrait qu’en 1644 (V. plus haut la note 1 de la lettre LIII). Hélye cependant vivait encore en janvier 1634.
DE MARIE DE L’INCARNATION
Il était alors curateur des biens de sa nièce Marie Buisson. Mais en mars 1643, dans un inventaire des biens de la même nièce, encore mineure, la charge de curateur est passée aux mains d’un autre personnage (Archives départementales d'Indre-et-Loire. Série E 254). Hélye était-il mort dans l’intervalle ? Rien, en tout cas, dans l’inventaire susdit ne prouve ni ne suggère qu’il mourût dans les années 1640-1641. Les Registres du moins, à défaut de la preuve qu’ils ne fournissent pas, autoriseraient une conjecture qui ne manque pas de probabilité. Des deux frères de Marie de l’Incarnation que nous retrouvons dans les actes de baptême, la Vénérable Mère en connut un tout particulièrement, Hélye, son aîné de quatre ans, avec lequel elle fut en somme élevée. Au contraire, elle avait treize ans à la naissance de Mathieu, et elle quittait la maison paternelle cinq ans plus tard, pour entrer par son mariage dans la famille Martin. Sans doute, elle reprit sa place pour une année chez son père, où. elle put retrouver son jeune frère, alors âgé de huit à neuf ans, 1620-1621 ; mais en 1621 elle passait au service de son beau-frère Paul Buisson, où elle devait rester jusqu’à la veille de son entrée en religion. Hélye serait ainsi plus qualifié que Mathieu pour être le « bon frère, uniquement aimé » de la Vénérable Mère. Ajoutons que nous ne connaissons qu’un enfant à Mathieu Guyart, tandis que les Registres en donnent quatre à à la veuve de Hélye. Toutes les présomptions, même celle de la profession, car nous ne savons rien de celle de Mathieu Guyart, tandis que son aîné était marchand boulanger, sont donc pour que la dite lettre ait été écrite à propos de la mort de Hélye Guyart et qu’elle ait été adressée à sa veuve, Louise Dugué.