LXXVII. — A PLUSIEURS DE SES NEVEUX
L p. 30, Lettre spirituelle XIX. — R XXXVIII.
Mes chers enfants,
Je vous embrasse tous dans le Cœur de notre très aimable Jésus, dans lequel je vous vois très souvent. Si vous voyiez mon cœur, il vous dirait qu’il vous aime de la plus sincère affection qu’il puisse avoir pour des âmes qui me sont très chères. Mais je vous aime pour le ciel, où j’espère vous voir un jour. C’est pourquoi je vous conjure de vivre comme vrais enfants du Père céleste, régénérés dans les eaux du saint baptême : je dirai mieux, dans le Sang de Jésus-Christ, qui donne toute la vertu à ce sacrement. Ne dégénérez donc point
Lettre LXXVII. — Il est impossible de déterminer de façon précise les destinataires de ce billet (1).
CORRESPONDANCE
de cette haute vocation, ni des sublimes pensées de ses enfants. Le vrai moyen de vivre dans ce haut état et de demeurer dans les bonnes grâces de ce divin Père, c’est d’observer ses commandements, de fréquenter souvent les sacrements et de régler vos mœurs sur les exemples de Jésus-Christ, conformément à l’état où il vous appellera. Je vous prie de prier pour moi, à ce qu’il plaise à Dieu me faire miséricorde par le Sang de son bien-aimé Fils. Priez aussi pour nos Sauvages. Adieu, mes chers enfants. Je vous écris à tous ensemble, ne le pouvant faire à chacun en particulier, accablée comme je suis d’occupations. Adieu.
4 septembre 1641.
NOTE
(1) Les neveux de Marie de V Incarnation. — Nous devons les connaître tous ou presque tous. Les Registres des paroisses de Tours en mentionnent vingt-cinq.
a) Hélye Guyart eut de sa femme, Louise Dugué, au moins quatre enfants : une fille, Catherine, née sur Saint-Pierre-le-Puellier, baptisée le 14 mai 1619 ; et trois autres enfants, dont deux filles, tous baptisés en l’église de Saint-Pierredes-Corps, Claude le 2 janvier 1621, Louise le 21 août 1622 et Charles le 6 juin 1624. — b) A Mathieu Guyart, nous ne connaissons qu’une fille, Marie, baptisée le Ier mars 1627, en l’église de Saint-Pierre-des-Corps. — c) Claude Guyart, la sœur aînée de Marie de l’Incarnation, mariée à Paul Buisson, eut un fils, Paul, baptisé à Saint-Pierre-des-Corps, le 17 juin 1624, et une fille, Marie, baptisée le 7 décembre 1626, en la même église. — d) Catherine Guyart, de son mariage avec Marc Barillet, eut au moins onze enfants : trois nés sur Saint-Symphorien et baptisés dans cette paroisse, Jacquine le 21 octobre 1621, Marc le 23 octobre 1623, et Marie le 22 novembre 1625 ; les huit autres nés et baptisés sur la paroisse de Saint-Pierre-des-Corps : Françoise, baptisée le 5 juin 1632, Michel le 20 juin 1633, Florent le 12 juillet 1634, Charles le 18 août 1635, Marie le 18 février 1637, Joseph le 19 mars 1642, Pierre et Catherine le 24 janvier 1643. — e) Jeanne, la dernière des sœurs de Marie de l’Incarnation, eut sept enfants, tous baptisés dans l’église de Saint-Pierre-des-Corps, Marie le 4 février 1626, Sylvestre le 17 mars 1627, Marie le 31 octobre 1629, Jeanne le 23 février 1630, Sylvestre le 4 janvier 1634, Jeanne le 30 septembre 1636 et Jean le 25 septembre 1639.
Nous ne savons rien de tous ces enfants. Parmi leurs noms il y a des doubles : du côté de Jeanne Guyart, par exemple on compte deux Marie, deux Sylvestre, deux Jeanne. Ce fait s’explique sans doute par le décès prématuré du premier
DE MARIE DE L’INCARNATION
enfant, dont le nom que l’on tenait à voir représenté dans la famille aurait été reporté sur le suivant. En tenant compte de cette hypothèse et de la défalcation qu’elle entraîne, et à supposer que la mort n’eût pas fait dans un âge plus avancé d’autres vides dans leurs rangs, les neveux de Marie de l’Incarnation pouvaient atteindre en 1641 à la vingtaine.
Dans leur nombre, Marie comptait plusieurs filleuls : Charles Guyart, fils d’Hélye ; Marie Guyart, fille de Mathieu ; Marie Barillet, fille de Catherine Guyart, qui dut mourir de bonne heure, car son nom de Marie est également porté par une de ses sœurs ; et Marie Normand, fille de Jeanne Guyart.
Nous ne pouvons dire à quel groupe de neveux s’adressait Marie de l’Incarnation. Les enfants de Jeanne Guyart, dont l’aîné avait à peine treize ans, paraîtront bien jeunes pour des conseils qui supposent des âmes en état de les comprendre et de les pratiquer. Sur les huit enfants de Catherine Guyart, trois étaient âgés de seize à vingt ans, l’aîné des cinq autres n’en avait que huit. Comme la lettre ne contient pas trace de condoléances, on pourrait penser à eux, malgré la jeunesse des derniers. Mais cette lettre n’est qu’un billet, écrit le même jour que la lettre précédente, peut-être une sorte de post-scriptum ajouté à cette même lettre. Écrivant aux enfants, Marie de l’Incarnation dans la presse des affaires pouvait se dispenser de revenir sur des sentiments qu’elle venait d’exprimer à la mère. On peut encore imaginer que ce billet s’adresse en général à tous ceux de ses neveux qui lui avaient écrit. D’où l’absence d’allusion au décès de Hélye Guyart.