‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 136 sur 239 · LXXVIII. — A SON FILS · texte numérisé non relu

LXXVIII. — A SON FILS

Bibliothèque Mazarine, Ms. 2467, Fol. 357 à 360. — L pp. 30-33, Lettre spirituelle XX et pp. 346-348, Lettre historique XXI. — V fragments pp. 447-448, 441. — M fragment pp. 25-28. — R XXXIX et XL. — Texte du Ms. de la B. Mazarine. Ce texte a été publié pour la première fois par Eugène Griselle dans : La Vénérable Mère Marie de l’Incarnation, première supérieure des Ursulines de Québec. Supplément à sa correspondance. Paris, s. d. pp. 37-51. Nous avons revu le texte sur l’autographe, ramené l’orthographe et la ponctuation à l’usage actuel, et complété les abréviations.

Jésus, Maria, Joseph.

L’amour et la vie de Jésus soient votre héritage !

Mon très cher et bien-aimé fils,

La vôtre m’a apporté une consolation si grande qu’il me serait difficile de vous l’exprimer. J’ai été toute cette année dans de grandes croix pour vous, mon esprit

Lettre LXXVin. — Pour les besoins de sa division arbitraire en lettres spirituelles et lettres historiques, L a littéralement depecé cette pièce. R qui reproduit

CORRESPONDANCE

envisageant les écueils où vous pouviez tomber. Enfin notre bon Dieu lui donna le calme dans la créance que son amoureuse et paternelle bonté ne perdrait point ce qu’on avait abandonné pour son amour. La vôtre m’y confirma, mon très cher fils, et me fit voir ce que j’avais espéré pour vous, et* 1 bien par-dessus mes espérances, puisque sa bonté vous a placé dans un Ordre si saint et que j’honore et estime grandement. J’avais souhaité cette grâce pour vous, lors de la réforme de Saint- Julien et de Marmoutier2; mais enfin, comme il faut que les

les deux tronçons obtenus par le découpage de L ne se doute même pas de leur parenté, malgré les doublets qui auraient dû lui donner l’éveil (i).

Depuis la lettre de Marie de l'Incarnation à son fils, du 10 septembre 1640 (Voir plus haut la lettre LXXII), un grand événement s’était produit qui avait fixé définitivement la vie de Claude Martin. Rebuté, comme on l’a vu par le P. Dinet, Claude s’était décidé de mettre à profit les offres que la duchesse d’Aiguillon avait faites à sa mère, en mars 1639. Il se fit donc présenter à cette Dame par un Jésuite de ses amis, sans doute le P. Achille d’Attichy, si les souvenirs de Dom Martène sont exacts (M p. 16). La duchesse d’Aiguillon le combla de belles promesses, et certainement de promesses sincères ; mais Claude en attendit en vain l 'effet pendant cinq ou six mois . C’était au cours de 1 640. Cependant, grâce à de hautes influences, il allait enfin toucher au but désiré, quand sur un avis mystérieux où il crut reconnaître l’intervention de sa mère, impressionné aussi par quelques entretiens de Dom Raymond de St-Bernard, il sollicita, dans les derniers jours de l’année, son admission dans la Congrégation des Bénédictins de Saint-Maur. Le Supérieur général de Saint-Maur était alors Dom Grégoire Tarisse. « Ce Révérend Père, qui était un des plus saints et des plus éclairés supérieurs de (son) siècle, écrit Dom Martène, ne l’eut pas vu deux ou trois fois, qu’il remarqua en lui tant de belles qualités, qu’il crut que c’était un trésor que Dieu lui envoyait » (M p. 20). Il l’admit donc aussitôt dans la religion, et le 15 janvier 1641, Claude entrait à l’Abbaye de la Trinité à Vendôme, où les Bénédictins de Saint-Maur avaient établi leur noviciat général. Quinze jours plus tard, le 31, il y prenait l’habit et commençait sa probation religieuse sous la direction de Dom Paul Rivery (MT fol. 18 et ss. ; Bibliothèque municipale de Vendôme, Ms. 275). Claude allait avoir 22 ans. Au mois d’avril suivant, « il écrivit une lettre pleine de consolation à sa bonne mère, qui avait beaucoup souffert, dans la crainte qu’il ne se perdît dans le siècle » (M p. 25). C’est à cette lettre, qui la mit au comble de la joie, que la Vénérable Mère répondait le 4 septembre 1641.

1. Dans tout le cours de cette lettre, la 3e personne du présent de l’indicatif du verbe substantif est orthographiée et au lieu de est, — ce qui n’est pas une habitude orthographique de Marie de l’Incarnation, quoi qu’en ait cru Eugène Griselle (l. c., p. 40). — Ici, L dont nous adoptons l’interprétation donne à et la valeur de la conjonction. Au contraire V p. 447, lui donne la valeur de est, ce qui offrirait un sens peut-être meilleur, mais oblige à suppléer la conjonction que : « La vôtre... m’a fait voir (que) ce que j’avais espéré pour vous est bien au-dessus de mes espérances. »

2. L : les monastères de Tours. On ne voit pas la raison d’une formule si précautionnée.

L’abbaye de Saint-Julien, fondée au VIe siècle sur la rive gauche de la Loire,

DE MARIE DE L’INCARNATION

vocations viennent dn Ciel, je ne vous en dis mot, ne voulant pas mettre du mien en ce qui appartient à Dieu seul* * 3.

Vous avez été abandonné de votre mère et de vos parents4. Cet abandon ne vous a-t-il pas été utile ? Lorsque je vous quittai n’ayant pas douze ans, je ne le fis qu’avec des convulsions étranges qui n’étaient connues que de Dieu seul. Il fallait obéir à son divin vouloir qui voulait que les choses se passassent ainsi, me faisant espérer qu’il aurait soin de vous. Mon cœur s’affermit pour surmonter ce qui avait retardé mon entrée en la sainte Religion dix ans entiers. Encore fallut-il que la nécessité de faire ce coup me fût signifiée par le R. P. Dom Raymond et par des voies que je ne puis pas coucher sur ce papier, bien vous le dirais-je à l’oreille. Je prévoyais l’abandon de nos parents, qui5 m’a donné mille croix, joint à l’infirmité humaine qui me faisait craindre votre perte6.

à mi-distance de l’antique cité gallo-romaine des Turones et du Bourg de Saint- Martin, avait été avec la Cathédrale et la Basilique martinienne l’un des trois noyaux primitifs autour desquels s’était constituée la ville de Tours. Dévastée par les Normands au IXe siècle, restaurée au siècle suivant par les soins d’un tourangeau, saint Odon, abbé de Cluny, elle était dans la suite, comme toutes les abbayes du royaume, tombée en décadence par le fait des guerres et de la Commende. Les Mauristes y étaient entrés en 1637 avec leur réforme.

Marmoutier, « la plus ancienne de toutes (les abbayes) qui subsistent aujourd’hui dans l’Europe », écrivait Dom Martène dans son Histoire de la Congrégation de Saint-Maur, avait été fondé au IVe siècle par saint Martin, à deux kilomètres de Tours, mais sur la rive opposée de la Loire. Marmoutier aussi avait été ravagé par les Normands qui y avaient massacré 116 moines. Vers 986, saint Mayeul, successeur de saint Odon à Cluny, l’avait relevé de ses ruines. Le malheur des temps l’avait de nouveau entraîné dans le relâchement général. En 1629, il entrait au nombre des bénéfices de Richelieu, qui en 1637 y introduisit la réforme de Saint-Maur. Marmoutier fut au cours du XVIIe siècle une des grandes abbayes des Mauristes. C’est là que le 9 août 1696, Dom Claude Martin rendra le dernier soupir, quelques jours après avoir achevé ses quarante-deux ans de gouvernement dans la Congrégation.

3. Sans le savoir, le P. Dinet, en fermant la porte du noviciat des Jésuites à Claude Martin, avait travaillé dans le sens des premiers désirs de Marie de l’Incarnation.

4. Sur les circonstances de cet abandon voir Écrits I, pp. 268-277 et 282, note 8 ; II, pp. 272-275.

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