La lettre du 20 mars précédent
10. Grâce au dessein providentiel de Dom Raymond, qui devait dans sa pensée lever tous les obstacles.
11. La Relation de ce qui s'est passé en la Nouvelle-France sur le grand fleuve de S. Laurent. Depuis 1632, date de leur rentrée dans les missions du Canada, les Jésuites faisaient paraître annuellement sous le titre de Relations, qui devait devenir si fameux, le récit de leurs travaux chez les Sauvages et des progrès de l’évangélisation. Us allaient continuer cette publication, jusqu’en 1672, et leur dernière Relation imprimée devait se clore sur le récit de la mort de Marie de l’Incarnation. Composées à Québec, dans les mois d’été, sur les mémoires fournis par les missionnaires, expédiées en France à 1’au.tomne par la flotte qui rentrait aux ports de Dieppe ou de La Rochelle, complétées s’il y avait lieu et même remaniées à Paris, par les Jésuites de la Maison professe, elles étaient aussitôt livrées à l’imprimeur Cramoisy, et paraissaient au plus tôt en février ou en mars de l’année suivante. En 1635, Marie de l’Incarnation ne pouvait donc lire que la Relation de 1634. Et c’est sans doute cette même Relation qui lui fut adressée de Paris par le P. Poncet, avec une invitation pressante de se donner de sa personne à la Mission du Canada ( Écrits II, p. 317).
12. En effet, l’auteur de la Relation, le P. Le Jeune, n’y avait pas tracé un portrait flatteur des Sauvages et de leur compagnie.
DE MARIE DE L’INCARNATION
qu’il faut que son amour en fasse le choix, et quand il le fait, que c’est gratuitement. J’y vois tant de charmes qu’ils me ravissent le cœur, et il me semble que si j’avais mille vies je les donnerais toutes à la fois, pour la possession d’un si grand bien.
Après ces vues, je me trouve si pauvre, si abjecte et si éloignée des conditions nécessaires pour gagner les bonnes grâces de Celui qui peut seul m’en ouvrir la porte, que je me sens pressée de lui dire : « O mon Jésus, vous connaissez tous mes défauts. Je suis la plus digne de mépris qui soit sur la terre, et je ne mérite pas que vous me regardiez. Mais, mon cher Amour, vous êtes tout-puissant pour me donner ce que vous me faites désirer. » Je vois ensuite mon cœur comblé d’une paix que je ne puis exprimer, et mon esprit s’occupe à contempler ces âmes qui n’aiment point Celui qui est infiniment aimable. J’ai fort présent ce passage de saint Paul : que Jésus-Christ est mort pour tous13, et je vois avec une extrême douleur que tous ne vivent pas encore, et que tant d’âmes sont plongées dans la mort. J’ai tout ensemble de la confusion d’oser aspirer, et même de penser pouvoir contribuer à leur faire trouver la vie. Je demande pardon de ma témérité, et avec tout cela je ne puis retirer la vue de dessus elles, ni perdre un désir qui me suit partout.
Comme je crains que mes désirs ne soient des impétuosités naturelles ou bien que mon amour-propre ne se veuille contenter en cela, j’envisage tous les travaux, tant de la mer que du pays, ce que c'est que d’habiter avec des barbares, le danger qu’il y a de mourir de faim ou de froid, les occasions fréquentes d’être prise14, et enfin tout ce qu’il y a d’affreux dans l’exécution de ce dessein 15. Après ces réflexions où il n’y a rien qui puisse