‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 146 sur 239 · Robes de peaux de castor, une richesse pour les Sauvages · texte numérisé non relu

Robes de peaux de castor, une richesse pour les Sauvages

Marie de l’Incarnation

CORRESPONDANCE

sa foi. Il avait fait ces questions, parce qu’il avait ouï dire que ceux de sa nation le voulaient tuer pour la foi, et il ne voulait pas engager sa conscience sans conseil, ne sachant pas s’il lui était permis de se laisser tuer4. Ces bons néophytes me font souvent des harangues qui regardent toujours les affaires de la foi et de l’amour qu’ils ont pour Dieu. Charles a ébranlé trois nations et y a mis notre sainte foi en si grand crédit, qu’elles veulent l’embrasser5. Quelques-uns ont une si grande foi, que se voyant en danger de mort, ils disent à Dieu d’un cœur tout rempli de confiance : « Tu es le Maître de nos vies, tu nous peux tirer de ce péril, mais détermine de nous, toi qui es tout-puissant. » Ils sont, dans ces rencontres, délivrés miraculeusement.

Je ne vous puis dire ce que mon cœur ressent dans la véritable connaissance qu’il a de la bonté de Dieu sur des âmes qui sortent de la barbarie. La Relation vous en dira quelque chose ; mais, si elle disait tout ce qui en est, on ne le croirait pas. Le petit récit que je vous envoie de notre séminaire vous donnera tout ensemble de la dévotion et du divertissement 6.

Hé bien! ma très chère Mère, après ce préliminaire que je viens de faire, que pensez-vous que dise mon cœur de tous ces progrès ? Pensez-vous qu’il ne chérisse pas les petits travaux du Canada ? Ils me sont si doux, que toutes les douceurs imaginables ne me semblent en comparaison que de l’amertume. Quand j’étudie la langue et que je vois que cette étude est rude à la nature, particulièrement dans les personnes de mon sexe et de ma condition, j’y trouve des douceurs si divines ensuite de ces pensées, qu’elle enlève mon esprit plus que ne font les plus sublimes lectures. Enfin, ma très chère Mère, je trouve tout ce qui regarde l’éducation de nos néophytes et ce qui les peut faire avancer dans le bien, tout plein

4. Même cas de conscience raconté par RJ 1641 (Q 9-10 ; C XX, 160).

Page 1