Eustache Ahatsistari
DE MARIE DE L’INCARNATION
pour l’épargner, et il ne faut pas douter qu’ils ne le fassent mourir d’une mort horrible51.
Notre Thérèse, non plus que son cousin, n’était point peinte comme les autres ; c’est une marque qu’ils ne sont plus liés, et qu’ils la garderont libre parmi eux. Pour le reste des vingt-sept, on croit qu’ils ont été brûlés. L’on n’en recevra des nouvelles certaines que par quelques fugitifs, car tout ce que je viens de dire nous a été rapporté par quatre femmes qui se sont sauvées d’un grand nombre d’ Algonquins qui furent pris l’hiver dernier par les Iroquois. Ils tuèrent tous les hommes, et réservèrent environ vingt femmes pour remplacer un pareil nombre des leurs, que les Algonquins avaient fait mourir peu de temps auparavant. Celles-ci s’étant sauvées, celles qui restent peuvent bien trembler, car on croit qu’ils les feront brûler, comme ils firent brûler leurs maris et leurs enfants en leur présence.
Vous verrez par la Relation combien les diables sont enragés de voir le progrès du christianisme ici et aux Hurons. C’est pour cela qu’ils font révolter ceux qui ne sont pas chrétiens contre ceux qui le sont. Ces bons néophytes présentent généreusement leurs têtes et celles de leurs enfants sous la hache pour le soutien de la foi. Dieu leur donne tant de courage qu’ils ne font point d’état de la vie quand il faut soutenir le parti de Jésus- Christ, pour lequel ils sont outrageusement persécutés 52. Il y a peu que les démons déclaraient leur rage tout haut par la bouche des païens qu’ils possèdent ; et ils avaient en quelque façon prédit le massacre qu’ils viennent de faire des Hurons par les mains des Iroquois53. Mais
51. Dans son exécution, les Iroquois déployèrent en effet la férocité la plus raffinée. Eustache était « la terreur des Iroquois ». Il fut pris le premier de tous, car il s’était le plus engagé dans le combat. Il avait protesté au P. Jogues qu’il vivrait ou mourrait avec lui. Il tint parole. Avec lui, mais dans un autre village, mourut son neveu, néophyte lui aussi. RJ 1647 (chap. IV).
52. Marie de l’Incarnation renvoie ici à ce qui devait faire la matière des chapitres IV et IX de la Relation des Hurons dans RJ 1642. Malgré les menaces de mort, on ne passa pas à l’effusion du sang.
53. Après avoir raconté l’apparition d’un démon sous la forme d’une furie et reproduit la prédiction qu’il faisait de la prochaine entrée en campagne des
CORRESPONDANCE
quoi qu’ils fassent, ils sont contraints de céder la place au Roi légitime des nations, dont le royaume croît d’une telle manière que nous en sommes consolées. Remerciez-le des grâces qu’il nous fait. Priez-le pour nos bons néophytes, et particulièrement pour nos captifs et pour moi qui vous suis en lui une servante tout acquise.
De Québec, le 2g de septembre 1642.