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Écrits II, pp. 374 et ss

24. Convention dont nous retrouvons l’attestation dans la Relation de 1654 'et dans le mémoire complémentaire de 1656 ( Écrits II, pp. 382-383 ; 492-493. Voir aussi Écrits I, pp. 292-293).

25. Ce sont les conversions dont la lettre précédente a fait mention et dont il fiera de nouveau question plus loin et plus amplement.

DE MARIE DE L’INCARNATION

ce sujet26, nous font souffrir et ressentir ce que c’est que d’avoir épousé les intérêts du Fils de Dieu. Je m’étends beaucoup, mais il faut que je le fasse puisque vous le voulez.

Vous me parlez de votre solitude. Il est vrai que la retraite est douce et qu’on ne traite jamais mieux avec Dieu que dans le silence 27. C’est ce qui me console de ce que sa bonté vous a appelé à un Ordre saint, où cette vertu règne en sa perfection, et où vous pouvez faire pour vous et pour autrui plus que vous ne feriez de paroles. La vie mixte a son tracas, mais elle est animée de l’esprit de Celui qui l’ordonne28. Je ne me trouve jamais mieux en Dieu que lorsque je quitte mon repos pour son amour, afin de parler à quelque bon Sauvage et de lui apprendre à faire quelque acte de chrétien. Je prends plaisir d’en faire devant lui, car nos Sauvages sont si simples, que je leur dirais tout ce que j’ai dans le cœur. Je vous dis cela pour vous faire voir que la vie mixte de cette qualité29 me donne une vigueur plus grande que je ne vous puis dire. Aussi est-ce ma vocation que je dois aimer par-dessus toute autre ; et si je puis avoir le bien de n’être plus Supérieure, et de me voir délivrée de l’inspection que je suis obligée d’avoir sur un monastère que nous faisons bâtir, je serai ravie de n’être plus que pour nos néophytes. C’est peut-être mon amour-propre qui me fait parler ; mais, sans avoir égard

26. Allusion à l’alternative d’hostilité ouverte et de relative neutralité, ou même d’apparente bienveillance, par où la nouvelle Église des Hurons avait continuellement à passer.

27. A la solitude ordinaire du cloître s’ajoutait à ce moment pour Claude celle du site. La Trinité, où il avait fait son premier noviciat et prononcé ses vœux était en pleine ville, Tiron, où il allait achever sa formation monastique, en pleine campagne, dans la forêt du Perche.

28. Ordonne, plutôt, nous semble-t-il, dans le sens de servir de règle, que dans celui de prescrire.

29. Vie mixte, à la prendre dans la matérialité de ses fonctions et sous son aspect visible, mais du point de vue du sentiment qui l’inspire et l’anime, de son principe formel, seul capable de différencier les genres d’existence, vie essentiellement une, parce que c’est la vie apostolique : celle, nous dit saint Thomas, où l’action n’est pas le pôle opposé de la contemplation, mais son prolongement à l’extérieur ( Écrits I, p. 394. Nous renvoyions alors à la Somme Théologique, II. II, 179, a 2).

Marie de l’Incarnation

CORRESPONDANCE

à mes inclinations, je désire que la volonté de Dieu soit faite.

Pour vous, votre office est de recevoir les hôtes, et d’être en lieu de faire la charité. Quand on aime trop sa cellule, il est bon d’en être un peu privé pour un temps 30.

Vous me ferez plaisir de me mander le progrès de votre saint Ordre, que j’aime et honore uniquement; je sais les grands services qu’il a autrefois rendus à l’Église, et j’espère qu’il reviendra à sa première splendeur. Les grands progrès que nous voyons de son rétablissement en sont de grands présages. De notre bout du monde je l’offre à Dieu, quoique je sois très pauvre et indigne d’être écoutée, mais mon cœur s’y sent porté et je ne le puis retenir31.

Je me réjouis de ce que votre Supérieur vous exerce à la mortification, c’est une marque qu’il vous aime et qu’il vous veut du bien32. Laissez faire Dieu et vos Supérieurs, et croyez que sa bonté vous mettra où il vous veut pour sa gloire et pour votre sanctification. Vous m’obligeriez de m’envoyer un de vos sermons par écrit. N’ai-je pas droit d’exiger cela de vous, puisque

30. Car il ne faut s’attacher à rien qu’à Dieu et à sa volonté. Les choses n’ont de bonté et de vertu que par le rapport qu’elles ont avec elle.

31. La première moitié du XVIIe siècle fut en France une période de restauration de la vie monastique par le retour à la discipline primitive et à l’esprit de la règle. Les calamités publiques des trois siècles écoulés, leurs guerres interminables, leurs pestes et leurs famines, l’invasion de l’humanisme païen avec la Renaissance, l’introduction du régime de la Commende dans les abbayes, avaient été fatales à l’observance. Une réaction, une réforme s’imposait. Demandée par le Concile de Trente, dont les dernières sessions s’étaient achevées en 1563, cette réforme avait été inaugurée pour les moines noirs, les Bénédictins proprement dits, en Lorraine, alors pays d’Empire, par Dom Didier de la Cour, au début du XVIIe siècle. De Lorraine, elle était passée en France. En 1631, elle s’était établie au monastère royal de Saint-Germain-des-Prés, d’où, avec des alternatives de progrès et de régression, elle devait gagner peu à peu la majorité des abbayes et des prieurés du royaume. Les monastères qui acceptaient la réforme de Saint- Germain-des-Prés et adhéraient à son régime, formaient avec lui la Congrégation de Saint-Maur.

32. Allusion possible à une humiliation très pénible que son directeur avait infligée à Claude Martin. Le souvenir devait s’en perpétuer dans la mémoire des témoins, puisque Dom Martène en recueillait encore le récit de leur bouche, cinquante ans plus tard (M p. 32).

DE MARIE DE L’INCARNATION

vous pouvez juger que j’aurai une sensible consolation de voir au moins ce que je ne puis entendre ? Si Dieu vous veut dans le ministère de la prédication, il vous donnera les talents nécessaires. Quoi qu’il en soit, vous êtes à lui, je suis contente, vivons et mourons dans son saint service, mon très cher fils.

Vous me demandez si nous nous verrons encore en ce monde ? Je ne le sais pas ; mais Dieu est si bon que si son nom en doit être glorifié, que ce soit pour le bien de votre âme et de la mienne, il fera que cela soit. Laissons-le faire ; je ne le voudrais pas moins que vous, mais je ne veux rien vouloir qu’en lui et pour lui ; perdons nos volontés pour son amour. Je vous vois tous les jours en lui, et lorsque je suis à Matines le soir, je pense que vous y êtes aussi, car nous sommes au chœur jusqu’à huit heures et demie, ou environ, et comme vous avez le jour cinq heures plutôt que nous33, il semble que nous nous trouvons ensemble à chanter les louanges de Dieu. Vous me réjouissez de ce que vous aimez l’humilité : en effet, vous en aviez bien besoin, aussi bien que moi, car le monde nous en avait bien fait accroire ; conservez toujours l’amour de cette précieuse vertu, qui est le fondement solide sans lequel tout l’édifice de la perfection que vous voulez élever en votre âme serait ruineux et de peu de durée. Enfin demeurez dans la consolation que vous avez d’être serviteur de Dieu et que je suis sa servante, qui sont les plus nobles de toutes les qualités et celles que nous devons le plus aimer. Demeurons en Jésus et voyons-nous en lui .

De Québec, le 2er de septembre 1643.

33. En 1632, le P. Le Jeune, selon la base de sa supputation, comptait un peu plus de six heures ou quatre heures et six minutes entre le temps de France et celui du Canada. RJ 1632 (Q 13 ; C V, 64-66). De nouveaux calculs avaient été sans doute exécutés depuis, et l’on était arrivé à une différence de cinq heures, identique à celle de nos fuseaux horaires. Les Mauristes commençaient les matines à deux heures de la nuit.

CORRESPONDANCE

XCVII. — A PLUSIEURS DE SES NEVEUX L pp. 45-46, Lettre spirituelle XXIV. — RL.

Mes très chers enfants,

Je vous souhaite toutes les bénédictions du Ciel.

J’ai reçu toutes vos lettres, avec une très sensible consolation d’apprendre de vos nouvelles. Continuez de le faire ; vous ne me sauriez davantage obliger que de me dire vos dispositions et vos desseins, car vos intérêts sont les miens, puisque je vous aime au delà de ce que je vous puis dire. Dieu vous bénira, si vous continuez à le servir comme vous me dites que vous le faites. Rendez l’obéissance à votre père et à votre mère, qui ont plus de plaisir de vous voir riches des biens du ciel, qui sont la grâce de Dieu et les vertus chrétiennes, que de ceux de la terre qui ne sont qu’une fumée passagère. Je vous présente tous les jours à Dieu comme autant de victimes que je désire être consacrées à sa divine Majesté. Faites le même à mon égard, mes très chers enfants, que j’aime et embrasse de la plus tendre affection de mon cœur. Priez aussi pour les Sauvages, afin qu’ils se convertissent tous, et qu’ils croient en ce grand Dieu auquel vous croyez. Vous êtes heureux, mes enfants, d’être nés de parents chrétiens ; c’est de quoi vous devez rendre grâces à Dieu tous les jours de votre vie ; car vous n’avez pas mérité cette grâce non plus que* 1 ces pauvres barbares : il vous l’a faite par sa pure miséricorde. Remerciez-le aussi de la grâce et de l’honneur qu’il me fait de le servir en ce bout du monde, et d’aider à instruire quelques âmes pour le ciel. Adieu, mes chers enfants, je suis toute à vous et toute vôtre.

De Québec, le 11 de septembre 1643.

Lettre XCVII. — Les destinataires ont encore leur père et leur mère. Ce ne sont donc pas les enfants de Hélye Guyart et de Louise Dugué, comme précédemment, mais ceux sans doute de deux des sœurs de Marie de l’Incarnation, Catherine ou Jeanne Guyart.

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