‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 180 sur 239 · L : supérieure. Faute évidente pour sous-prieure · texte numérisé non relu

L : supérieure. Faute évidente pour sous-prieure

11. Marie de l’Incarnation aimait tout particulièrement cette enfant qu’elle avait élevée dans ses toutes premières années. Pour elle comme pour Claude, elle s’était offerte en victime à Dieu, se substituant devant lui aux châtiments qu’ils auraient l’un et l’autre mérités, et lui demandant avec larmes la grâce de la vocation pour ces deux âmes ( Écrits II, pp. 382, 492-493). Dans le même temps, Claude Martin pensait lui aussi à sa jeune cousine. Dom Martène nous a conservé le souvenir d’une « grande lettre de quatre pages » qu’il lui écrivit à la même époque, « la plus touchante et la plus pressante du monde, pour lui persuader de quitter les vanités du siècle et embrasser la vie religieuse. » La jeune fille « était pour lors, ajoute-t-il, chez l’un des premiers officiers de la ville, qui lui déroba cette lettre ; et au milieu des joies et des plaisirs qu’une jeune fille de son âge a coutume de se donner, il prenait cette lettre et lui en lisait les endroits les plus capables de la toucher. Elle faisait alors l’esprit fort ; mais malgré qu’elle en eût, ces vérités ne laissaient pas de faire de temps en temps de fortes impressions » (M pp. 29-30). Marie Buisson, qui en 1697, fit imprimer la Vie de Dom Claude Martin, n’a point retranché ces détails du manuscrit de Dom Martène qu’elle a eu entre les mains, et qu’elle a cependant fortement remanié, comme on l’a dit ailleurs. Nous pouvons donc les reconnaître pour authentiques.

Lettre XCIX. — Cette lettre, comme les précédentes reproduites par A. Gazier, dans le même périodique, provient du fonds de Port-Royal conservé par MUe de Thémericourt.

DE MARIE DE L’INCARNATION

a plu m’écrire* 1. A l’abord, il faut que je vous dise que notre saint captif, le R. P. Jogues n’est pas mort2, mais dans les Iroquois, où il enseigne notre sainte foi et y a baptisé plus de soixante personnes3. Il y a étrangement souffert. Maintenant il est en repos, quoique captif, ainsi que la Relation vous fera voir4. Notre séminariste vit aussi et y a professé généreusement la foi. Ces Iroquois nous sont toujours ennemis. J’apprends qu’on en vient de défaire une troupe, ce qui pourra épouvanter les autres et faire qu’ils se retireront plus tôt5. On a érigé

Les originaux des lettres de Marie de l’Incarnation à Port-Royal, des années 1641 et 1642, faisant partie du fonds de l’Oratoire versé, à la Révolution, à la Bibliothèque départementale de l’Aube (aujourd’hui la Bibliothèque de Troyes), les liasses de Mlle de Thémericourt ne pouvaient en contenir que des copies. Pour cette nouvelle pièce, la dernière que nous possédions à cette heure de la correspondance des Ursulines et de Port-Royal, ce n’est également qu’une copie que A. Gazier y a trouvée et qu’il a reproduite dans le périodique cité plus haut. Cette copie doit être de la même date que les précédentes et présenter les mêmes caractères de fidélité. L’original n’existe pas à Troyes et ne figure sur aucun catalogue des Bibliothèques publiques de France.

1. La Mère Agnès avait quitté la charge d’abbesse depuis le mois de décembre de l’année précédente. Elle en avait fait part à Marie de l’Incarnation dans sa lettre du printemps dernier.

2. La lettre du 30 août 1642 (lettre XC ) avait mandé à la Mère Agnès la capture du P. Jogues et les craintes que l’on entretenait sur son sort. C’est seulement au printemps de cette année 1643, qu’on avait appris à Québec par des Hurons chrétiens, faits prisonniers avec lui, qui étaient enfin parvenus à s’évader, les premiers renseignements exacts sur sa captivité. Les Ursulines en avaient eu connaissance de première main, par l’un des fugitifs, Joseph Taondechoren, l’oncle de leur petite Thérèse.

3. C’est le chiffre donné par le P. Jogues dans sa lettre au gouverneur Montmagny, du 30 juin de cette année. A cette date, Jogues était encore prisonnier ; c’est du « village des Iroquois » (Ossernenon, près de l’Auriesville actuel,, sur la rive gauche de la rivière des Mohawks, État de New-York) qu’il écrivait.. Ces néophytes se composaient de Hurons captifs et aussi d’enfants et de vieillards iroquois à la mort. RJ 1643 (Q 66-67 ! C XXIV, 294-296).

4. La Relation devait en apprendre à ses lecteurs plus que n’en savait Marie de l’Incarnation. En effet, tout le chapitre XIV : De la délivrance du P. Jogues et de son arrivée en France (RJ 1643. Q 74-81 ; C XXV, 42-72) fut ajouté à Paris en janvier 1644, et le Canada ne le connut qu’à l’été de cette même année, plusieurs mois par conséquent après les lecteurs de France. En attendant, le repos de Jogues chez les Iroquois était très relatif : le missionnaire, à travers bien d’autres souffrances, y courait le risque perpétuel de sa vie. A la date où écrivait Marie de l’Incarnation, il y avait déjà quelques semaines qu’il s’était enfui dans la colonie hollandaise des bords de l’Hudson, et qu’il vivait caché au Fort-Orange,, où il attendait l’occasion de descendre à la Nouvelle-Amsterdam (New-York) et de gagner la France.

5. Dans cette chronique rapide, tous les faits prennent les mêmes proportions. Les Relations, ni celle de 1643 ni celle de 1644, ne parlent de cette rencontre, sans doute fortement grossie par la rumeur.

de nouveau quatre chapelles aux Hurons, et une qui y était déjà6. Tous les plus considérables veulent être baptisés 7 . Toute la nation des Attikamègues l’a été cette année ; la Mission de Tadoussac est admirable et prodigieuse ; des nations éloignées de plus de douze journées dans les terres y viennent par des précipices et rochers presque inaccessibles pour être instruits, et nombre y ont été baptisés. Vous pleurerez de joie de voir la Relation, ma très honorée Mère, pleine des bénédictions que Dieu nous donne. J’ai cru vous le devoir dire par avance, comme à une des zélées de cette Mission. Madame la Révérende Mère Abbesse8 nous oblige trop de l’honneur de son affection. Je l’ose supplier d’agréer mon très humble salut, qu’avec son congé je présente aussi à sa sainte communauté, et lui demande encore un nouveau secours de ses saintes prières et continuité de son affection. C’est aussi l’humble prière que je vous fais, et de me tenir, Ma Révérende Mère, pour votre très humble et très obéissante fille et servante, etc.

(... 18 septembre 1643 ) 9.

6. Le premier manuscrit de la relation annuelle des Hurons ayant été intercepté par un parti d’Iroquois, et un second étant arrivé trop tard à Québec pour être joint à la Relation générale de la Nouvelle-France de l’année 1643, on en réserva la publication à l’année suivante. C’est donc à la Relation de 1644 qu’il faut se reporter pour y trouver l’historique de la Mission huronne pour l’exercice 1642-1643. Nous y voyons en effet la mention de cinq chapelles ou oratoires dans le territoire de la Huronie proprement dite. La plus ancienne, celle de la Conception à Ossossané, avait été ouverte en décembre 1638 ; les autres étaient des années 1639 (RJ 1639. — Q 61 ; C XVII, 34) et 1642 ou 1643 (RJ 1644. — Q 74, 86, 94, 101 ; C XXVI, 200, 260, 298 et XXVII, 40-42).

7. La Relation signale en effet la conversion de plusieurs chefs Hurons, et le succès du ministère des Pères Antoine Daniel et René Ménard dans les Missions ■de Sainte -Élisabeth et de Saint- Jean-Baptiste, des Pères Chaumonot et du Perron dans la Mission de Saint-Michel, et des Pères Charles Garnier et Simon Le Moyne dans celle de Saint-Joseph. Partout les néophytes s’imposent au respect de leurs •compatriotes (RJ 1644 : Relation de ce qui s’est passé de plus remarquable... aux Hurons, depuis le mois de juin de Vannée 1642, jusques au mois de juin de Vannée 1643).

8. La Mère Angélique, de nouveau abbesse depuis le mois de décembre précédent.

9. La copie ne porte ni signature ni date. Nous empruntons la date que jaous donnons au titre de la copie de Gazier : Lettre de la même à la même, du 18 septembre 1643.

DE MARIE DE L’INCARNATION

Nos Révérendes Mères de Paris10 nous ont donné votre charitable aumône. Je vous en remercie de tout mon cœur, ma Révérende Mère. Vous ne vous lassez point de nous obliger. Nos néophytes et nous tâcherons de le reconnaître devant Dieu par nos prières. Je vous prie d’excuser ce brouillon dans la presse de plus de deux cents lettres* 11.

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