CIV. — A la Mère Claude de Ste-Agnès
SUPÉRIEURE DES URSULINES DE DlJON L p. 54, Lettre spirituelle XXIX. — R LV.
Ma révérende et très honorée Mère,
La paix et l’amour de Jésus pour mon très humble et très affectionné salut !
Ce nous sera trop de consolation d’entrer avec vous dans une sainte association des biens spirituels1. Oui,
52. L : Nous avons encore quantité d’autres filles très sages. Priez Notre-Seigneur pour elles et pour moi, qui suis Votre... — Sur ces mots L achève sa lettre historique XXIX.
53. L supprime toute cette recommandation. La copie de la B. N. porte ici en marge le mot nota, qui n’est peut-être qu’une indication du copiste.
54. L a transposé cette conclusion dans la lettre spirituelle XXVIII, et il en a fait, comme on l’a vu plus haut dans la note 22, la conclusion de toute la pièce.
Lettre CIV. — En 1644, la Mère Marguerite de Saint- Xavier achevait ses deux triennats, et était remplacée dans la charge de Supérieure par sa sœur aînée, Claude de Sainte-Agnès. C’est à cette dernière que Marie de l’Incarnation eut à répondre. Claude et Marguerite étaient sœurs plus encore par l’âme que par le sang. Elles témoignaient le même dévouement affectueux à la Mission du Canada et à ses Ursulines.
1. Les Ursulines de Dijon avaient sollicité cette communication de bonnes œuvres, comme marque spéciale de leur union aux travaux apostoliques de leurs sœurs de Québec.
Marie de l’Incarnation
CORRESPONDANCE
ma révérende Mère, ne soyons qu’une dans l’amour de Dieu pour travailler ensemble à l’amplification du royaume de Jésus-Christ, lequel est plus traversé que jamais par les Iroquois, nation féroce et barbare. Ils ont encore pris un de nos révérends Pères2, qu’ils ont brûlé à petit feu, à ce qu’on nous a dit, et à qui ils ont coupé toute la chair 3 ; ils en ont fait autant à deux autres Français4, sans parler de trois autres qu’ils ont tués sur la place avec plusieurs Sauvages chrétiens et non chrétiens de l’un et de l’autre sexe5. Nous ne sommes pourtant pas encore bien assurés de cette nouvelle. Mais quoi qu’il en soit, nonobstant cette persécution, la foi ne prend que de plus profondes racines dans les cœurs de nos néophytes, qui se soucient peu de la vie, pourvu qu’ils possèdent Jésus-Christ6. Nos séminaristes sont très bien, et elles chantent conti-
2. Le P. Bressani après le P. Jogues. Voir la lettre précédente.
3. Bressani, on l’a vu dans la lettre précédente, ne fut pas mis à mort. A la date où Marie de l’Incarnation écrivait, les Hollandais du Fort-Orange, sur les instructions antérieurement reçues des Provinces-Unies, cherchaient à le racheter ainsi que son jeune domestique français. Le missionnaire fut rendu à la liberté le 19 de ce même mois d’août. Quelques jours plus tard, il était à la Nouvelle-Amsterdam (New-York), d’où il devait s’embarquer pour la France, dans le courant du mois suivant. (Bressani, Relation abrégée..., édit. F. Martin, pp. 128 et ss.)
4. Il s’agit d’une autre affaire, antérieure de plus d’un mois à la capture du P. Bressani. Dans un combat livré par Maisonneuve, le 30 mars, aux Iroquois embusqués près de l’Habitation de Montréal, les Français pressés par le nombre avaient dû battre en retraite, perdant cinq hommes, dont trois tués sur place et deux autres faits prisonniers. Ces derniers avaient été « brûlés tout vifs, pendant quatre jours, avec des cruautés épouvantables ». RJ 1644 (Q 20 et 42 ; C XXV, 192 et XXVI, 34-36). Ce détail était une de ces informations du Huron Stontrats, qu’on ne put contrôler. Dollier de Casson, relatant le même combat des Français et des Iroquois, insiste surtout sur la valeur de Maisonneuve, sans rien dire des prisonniers ( Histoire du Montréal, édit. Flenley, pp. 118-120). Mais il écrivait plusieurs années après les faits.
5. Nouvel épisode, connu encore par Stontrats. Un parti d’Iroquois opérait sur l’Outaouais. Il y avait surpris « une bande d’Algonquins, qui furent tous emmenés prisonniers, la plupart incontinent brûlés au village des Iroquois ». RJ 1644 (Q 42 ; C XXVI, 36).
6. Même note dans la Relation. « Ce n’est plus maintenant, y disait Vimont, une chose honteuse parmi (les Sauvages) de professer le christianisme, de prier Dieu le soir et le matin en présence des infidèles mêmes. La grâce va tous les jours adoucissant leur ancienne barbarie. Le métier des jongleurs et des sorciers perd son crédit peu à peu. Les nations éloignées, attirées par l’odeur de nos bons chrétiens, s’approchent de nous pour jouir de la même faveur... Enfin la vérité triomphe de l’erreur. » RJ 1644 (Q 3; C XXV, 110-112).
DE MARIE DE L’INCARNATION
nuellement des saluts7 pour leurs bienfaiteurs. Vous êtes du nombre, ma très honorée Mère8, et je vous rends grâces de tout mon cœur de tout ce qu’il vous a plu nous envoyer pour elles et pour ceux qui sont presque continuellement à notre grille. Il y a fallu faire cet hiver une instruction continuelle, et accompagner cette nourriture de l’âme d’un aliment corporel 9. L’on a découvert de grandes nations10, où trois de nos Pères11 vont prêcher notre sainte foi. Je vous supplie de prier pour eux, ma chère Mère ; puisque nous sommes associées, tout cela vous regarde comme nous. Avec votre permission je salue toutes mes Mères, vos saintes filles, que j’embrasse un million de fois dans le Cœur de notre bon Jésus.
De Québec, le y août 1644.
7. Chants de cantiques et d’hymnes, où, par manière de dévotion et de récréation, les séminaristes imitaient ce qu’elles voyaient dans la chapelle des Mères.
8. Dans la vie de Marguerite de Saint-Xavier, nous lisons, qu’étant Supérieure, « sa charité lui suggéra le dessein de mettre à part, avec le consentement de ses religieuses, toutes les épargnes qui se pourraient faire dans son couvent pour contribuer à la subsistance des Ursulines de Canada, afin de leur faciliter par ce secours temporel les moyens de s’employer au salut éternel de ces peuples barbares, avec d’autant plus de zèle qu’elle savait que saint Joseph avait été choisi pour leur protecteur # ( Op . cit., p. 239). Comme pour l’année précédente, les aumônes de Dijon doivent figurer dans les envois de Bernières ou des Ursulines de Paris. Elles durent consister principalement en argent, car d’après la Relation « cette année... on n’ (avait) point ou fort peu apportéd 'étoffes (aux Mères) » RJ 1644 (Q 30; C XXV, 242).
9. Le séjour des Algonquins, de la nation d’Iroquet et des Nipissings mentionné plus haut, dans la lettre CIII.
10. Nouvelle allusion aux nations situées au nord et nord-ouest des Hurons. Il ne s’agit pas de découvertes faites depuis 1643.
11. Les trois Pères nommés dans la lettre précédente (voir la note 39). Us devaient arriver dans la Huronie le 7 septembre, comme on peut l’induire d’une note du Journal des Jésuites (J 1645. Q 9 ; C XXVII, 88). Leur départ de Québec ou des Trois-Rivières était donc imminent.