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CV. — A la Mère Marie-Gillette Roland

RELIGIEUSE DE LA VISITATION DE TOURS L pp. 381-382, Lettres historique XXX. — R LVI.

Ma très chère et bien-aimée Mère,

Jésus, notre très doux et très aimable Époux, soit à jamais la consolation de votre cœur !

Vous êtes toujours ma chère sœur, et en cette qualité vous m’êtes toujours présente auprès de notre très bon Maître. Je suis consolée de ce que vous avez vu le R. P. Lejeune, et nous ne l’avons pas moins été de le revoir en notre Canada, avec nos deux chères Sœurs qui sont arrivées heureusement avec lui, ayant fait une traversée fort courte1. Elles nous ont apporté de vos nouvelles de vive voix, ce qui nous a donné une particulière consolation.

Vous désirez, ma chère Sœur, savoir des nouvelles de nos bons néophytes. Ils sont dans la ferveur, plus que jamais inexorables à ceux qui s’éloignent de leur devoir et qui dégénèrent de la pureté de la foi. L’un d’entre eux ayant commis une faute considérable contre les bonnes mœurs, les chefs le voulaient tout à fait chasser de leur bourgade, et firent leur possible auprès de M. le Gouverneur et des Révérends Pères pour empêcher qu’il n’y demeurât, quoiqu’il eût fait une confession publique de sa faute. Car, disaient-ils, il attirera le diable parmi nous ; il est cause, avec sa jeunesse, que Dieu nous quitte, et qu’il nous punit par nos ennemis2. D’autres qui avaient été excités à

Lettre CV. — 1. Les Jésuites et les Ursulines s’étaient embarqués à La Rochelle, sur la fin d’avril ou au commencement de mai ; la première escale avait été à Tadoussac, et l’on était arrivé à Québec le 14 juin. La traversée avait donc été courte et heureuse. On se souvient que celle de Marie de l’Incarnation en 1639 avait pris trois mois.

2. Il s’agit d’Étienne Pigarouich, dont les chutes, les pénitences et les rechutes tiennent tout un chapitre dans RJ 1644. Ancien jongleur, obstiné dans ses pratiques de sorcellerie, raisonneur à sa façon, sa conversion avait coûté bien du mal aux missionnaires. Baptisé, néophyte militant, les Relations, comme

DE MARIE DE L’INCARNATION

boire par des Français, et qui avaient traité avec eux pour des boissons enivrantes, en sorte que quelques jeunes gens qui en furent pris, furent privés trois jours entiers de l’entrée de l’église à la sollicitation des anciens. Les innocents ont aidé les coupables à faire cette pénitence. Ils allaient deux fois le jour de compagnie à la porte de la chapelle faire leurs prières avec une grande humilité, mais ils n’y entraient pas. Les anciens, non contents de cela, condamnèrent les coupables à l’amende, qui était d’un certain nombre de peaux de castor destinées à acheter de quoi parer l’autel de Celui qui a tout fait, afin de l’apaiser* * 3. Cette pénitence est ordinaire et sert beaucoup à retenir dans le devoir ceux qui n’ont pas des intentions tout à fait pures. Ils donnent à Dieu les prémices de leurs champs au temps de leur récolte. Enfin, quoiqu’ils soient continuellement persécutés de leurs ennemis4, leur foi n’en est que plus forte : vous le verrez dans le récit que j’en fais à nos Mères5, où je leur parle, tant de la disposition de notre séminaire, que des particularités de toute cette nouvelle Église, pour laquelle je vous supplie de continuer vos prières et de porter votre sainte communauté à y joindre les siennes.

De Québec, le 12 août 1644 .

les lettres de Marie de l’Incarnation, ne tarissaient plus d’éloges sur son compte. Mais depuis plusieurs mois, il était retombé dans le désordre, entraînant une partie de la jeunesse après lui. Son inconduite avait « causé du scandale... et beaucoup troublé la paix de (la) petite Église (de Sillery) », durant l’année

1643-1644. Voir RJ 1644, c. VIII.

3. C’étaient des néophytes et des catéchumènes de Tadoussac, qui avaient troqué leurs pelleteries aux équipages français contre des boissons fortes, et que le P. De Quen avait excommuniés. RJ 1644 (Q 64-65 ; C XXVI, 146-148).

4. Marie de l’Incarnation pense surtout ici aux Hurons et aux Algonquins.

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