‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 199 sur 239 · Dans une lettre perdue · texte numérisé non relu

Dans une lettre perdue

5. Le P. Jogues nous a laissé plusieurs récits de sa captivité et de son évasion. Les premiers en date sont des lettres insérées dans RJ 1643. Dès septembre de 1642, quelques semaines seulement après sa capture, le commandant hollandais du Fort-Orange, Arendt van Corlaër, avait tenté de le délivrer. La rançon qu’il offrait, pourtant assez élevée, n’avait pas été acceptée. Mais en août 1643, Jogues, de passage au Fort-Orange avec ses maîtres, était sur son territoire. Van Corlaër lui proposa de lui faciliter son évasion. Après hésitation, Jogues avait adhéré au projet, et le 30 suivant, il pouvait écrire au P. Charles Lalemant, alors procureur à Paris de la Mission de la Nouvelle-France, qu’il était hors des mains des Iroquois. Il n’était cependant pas encore libre ni en sécurité. Les Iroquois, furieux de sa fuite, s’en prenant aux Hollandais de leur déconvenue, les menaçaient de représailles. Van Corlaër tenta de les apaiser par des présents d’une valeur de 300 livres qu’il leur fit accepter. Les Hollandais restèrent toutefois sur le qui-vive, et Jogues, pour leur éviter tout ennui, dut subir, dans l’attente de sa liberté définitive, une séquestration fort rigoureuse de plusieurs semaines, chez le cantinier de l’habitation. C’est seulement dans

DE MARIE DE L’INCARNATION

qui leur avait été étroitement commandé de la Reine* * * * * 6. Ainsi Dieu nous l’a rendu un vrai martyr vivant qui porte en son corps les livrées de Jésus-Christ. Cette arrivée nous a apporté la joie que vous pouvez juger. Le pauvre Père devait être brûlé, en s’en retournant dans son village, si les Hollandais qui en furent avertis ne se fussent dépêchés de faire leur coup. Il m’a raconté les conduites de Dieu très particulièrement 7 sur lui pendant sa captivité8. Il y a des milliers de martyrs qui sont morts à moindres frais. Imaginez-vous les choses les plus ignominieuses qu’on peut faire souffrir à une personne chaste, il les a souffertes. Je ne sais si les Relations en ont fait ou en feront mention 9. Je vais seulement vous dire une circonstance de ses travaux.

la première quinzaine d’octobre, qu’il s’embarquait secrètement pour Manhatte. Il y était accompagné par le prédicant calviniste, Joan Meckelenburg (le Domine Joannes Megapolensis), qui lui témoigna la plus grande humanité. Six jours de navigation sur l’Hudson, l’avaient amené à la résidence de Wilhelm Kieft, le directeur général de la colonie. Là, Kieft et la population déjà fort mêlée de la bourgade qui devait devenir un peu plus tard New-York, lui firent un très sympathique accueil. Le 5 novembre, enfin, à bord d’un lougre hollandais,

Jogues partait pour l'Europe, où après de nouvelles péripéties et de dures privations, il abordait dans les derniers jours de décembre. En janvier suivant, il était à Paris, et il y demandait aussitôt à être renvoyé dans la Nouvelle-France.

Ses supérieurs ayant fait droit à sa requête, il descendait au milieu d’avril sur

La Rochelle, sans vouloir repasser par Orléans où sa mère l’attendait pour le

dernier adieu. Quelques jours plus tard, il s’embarquait pour Québec.

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