VI. — A Dom Raymond de St-Bernard
L pp. 13-14, Lettre spirituelle VIII. — V pp. 333-334, seulement un long fragment. — - R VIII. — Texte de V complété par L.
Mon très Révérend Père,
Votre sainte bénédiction1 !
Je ne pouvais attendre qu’une réponse favorable de votre bonté, et je savais bien que le Bien- Aimé de nos cœurs toucherait le vôtre et lui ferait trouver bon de nous aider pour son amour. L’ouverture des vôtres2 nous fit tressaillir de joie, ma Mère Ursule et moi. Mais comme il n’y a point de joie en cette vie sans mortification, nous en trouvâmes une qui nous donna bien à penser. Quoi ! vous partez, mon très cher Père, et vous partez sans nous ! Celui qui donna la ferveur à saint Laurent martyr, nous en donnera par sa grande miséricorde autant pour vous dire ce qu’il dit à son père saint Xyste lorsqu’on le conduisait au martyre3, — car, il faut que je vous dise que je ne vois que souffrances et que martyres en ce dessein : — Où allez-vous, mon père, sans vos filles ? Avez-vous peur qu’elles souffrent ce que vous allez souffrir ? Je sais que vous ne trouverez point de lieu préparé ; c’est ce qui est glorieux, et vous voulez nous priver de cette gloire ! Vous dites que vous nous donnerez avis de l’état des choses. Pour moi, je fais état qu’en quelque temps que nous y allions, nous n’y trouverons que des incommodités4. Et pourquoi donc différer plus longtemps de nous perdre entre les bras de la divine Providence ? J’estime et je chéris cet abandon par-dessus tout ce qu’il y a d’éminent
Lettre VI. — ■ x. Souhait propre à L.
2. L : de votre lettre. Mais le courrier en apportait plusieurs, car Dom Raymond répondait en même temps à Françoise de St-Bernard, et à Ursule de Ste-Catherine.
3- Réminiscence de la légende du diacre saint Laurent, martyr au IIe siècle. L’Église célèbre sa fête le 10 août, jour anniversaire présumé de sa mort. Quatre jours plus tôt, le pape saint Sixte Ier avait été conduit au supplice. Laurent, le rencontrant sur la voie qu’il suivait pour se rendre au lieu de l’exécution, lui aurait adressé cette plainte filiale : « Hé quoi ! mon Père, vous vous hâtez au martyre, sans attendre votre fils ! »