Voir ci-dessus
23. Syndiquant, du verbe syndiquer, qui signifiait dans la langue des XVIe, XVIIe et même XVIIIe siècles, censurer, critiquer : « Bien apprentis sont ceux qui syndiquent leur liberté » (Montaigne, Essais II, xxix). Dans le français moderne, syndiquer a perdu cette signification. — R a imprimé syndicant, qui ne signifie rien.
24. L : outre cet esprit syndiquant qui nous suit partout et qui nous dicte plus mille fois que nous n’en faisons, vous avez d’excellents maîtres avec vous, capables d éclaircir tous vos doutes, en sorte que ce me serait une présomption de vous en dire davantage.
DE MARIE DE L’INCARNATION
Ordre, mon très cher fils. Je ne vous puis dire l’édification qu’en a reçue mon âme et ce que je crois devoir à Dieu pour vous y avoir appelé. Vous me demandez mon sentiment. Moi, je vous dis que tout le précis de la perfection y est enclos, et qu’il n’y a aucun Ordre en l’Église qu’il n’ait emprunté ce qu’il a de plus saint de saint Benoît et de ses enfants ; et cette vôtre sainte réforme a comme rappelé et englouti en soi le suc de ce premier esprit. Mon fils, vous ne serez point excusable, après tant de faveurs que vous a faites notre divin Sauveur, si vous avez du cœur pour d’autre que pour lui. Donnez-vous tout à lui et rendez-vous capable par vos soumissions de recevoir son esprit principal 25 , qui est celui de votre saint Ordre. S’il a passé et passe encore par le creuset des afflictions et persécutions, il n’en sera que plus éclatant26. Donnez-moi toujours la consolation, — si l’obéissance vous le veut permettre, — de me dire ce qui y sera arrivé de nouveau, tant dans ses progrès que dans ses combats. Je m’y intéresse si fort qu’il me semble que j’y suis incorporée. Ne vous étonnez donc pas si je vous fais ces demandes. J’ai une singulière obligation au R. P. Prieur de vous avoir permis de m’en parler si particulièrement27. Il me semble
25. Expression qui vient directement de la Vulgate. Voir le psaume L, le verset 14. L’esprit principal, c’est l'esprit source et principe de toute la vie intérieure.
26. La réforme de Saint-Maur passait alors par des alternatives de progrès et de recul. Par les principes qui l’inspiraient et les abus auxquels elle tentait de remédier, elle heurtait trop d’égoïsmes et de convoitises pour ne pas accumuler les oppositions sous ses pas. Les années précédentes avaient été marquées par un événement capital : l’accession à Saint-Maur de deux anciennes et très importantes congrégations bénédictines, Cluny et Chezal-Benoît. Mais cette union n’avait duré qu’un temps. Dès la fin de 1643, Condé, usant de violence, faisait nommer son fils, le prince de Conti, — rien moins qu’un dévot, alors, — comme abbé de Cluny. C’était le retour à la Commende et à son régime néfaste. Le supérieur général de Saint-Maur, Dom Grégoire Tarisse, préféra la rupture. Approuvée par Anne d’Autriche, la séparation était peu après confirmée par Innocent X. C’est sans doute à cet échec, le principal épisode de l’histoire de Saint-Maur en 1644, que Marie de l’Incarnation, qui en avait appris par les lettres de son fils la première phase, fait allusion ici. Au fond, ce que la réforme mauriste perdait en étendue, elle le retrouvait en cohésion. Ce n’était qu’un gain pour elle.