‹ Écrits spirituels et historiquesChapitre 232 sur 239 · SUPÉRIEURE DES URSULINES DE SAINT-DENYS · texte numérisé non relu

SUPÉRIEURE DES URSULINES DE SAINT-DENYS

en-France 1

L pp. 62-64, Lettre spirituelle XXXIV. — R LXII.

Ma très révérende et très honorée Mère,

Salut très humble dans le sacré Cœur de notre bon Jésus !

C’est Lui qui me procure des amis qui le puissent prier pour moi qui en ai des besoins extrêmes. Vous êtes trop humble, ma chère Mère, de vouloir chercher en moi une médiatrice auprès de Dieu, puisque je n’ai ni force, ni vertu pour cela, mais bien pour être votre petite servante aux pieds de Jésus-Christ. Pour ce titre

Lettre CXI. — 1. L donne en marge, comme destinataire de cette lettre, la Mere Marie de l’Incarnation. Marie de Hocquinquam, dite de l’Incarnation, née en 1606, avait ete en 1628 la fondatrice du monastère des Ursulines de Saint- Denis. Première professe de cette maison, elle en fut aussi la principale supérieure au cours du XVIIe siècle. Elle devait mourir en 1690, à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. C’est dans le monastère de Saint-Denis, on l’a vu, que s’était retirée MIle de Luynes, qui vivait encore à cette date. Il est vraisemblable qu’entre Saint-Denis et Québec une correspondance assez active a existé. Nous n’en possédons plus que deux ou trois pièces.

DE MARIE DE L’INCARNATION

je le chérirai, et je vous assure que je tâcherai de vous y rendre le plus fidèle service qu’il me sera possible, et que vos intérêts y seront les miens. Pour le pacte dont vous me parlez, il est fait 2 ; mais sachez, ma toute chère Mère, que si vous en ressentez les effets, il les faudra attribuer à votre sainte intention, et non à mes demandes. Pour moi, j’ai besoin d’une plus grande force d’esprit et d’une vertu plus pure, que je n’ai pas, pour être une digne missionnaire de Jésus- Christ3. Il est peut-être vrai que les grâces de Dieu se communiquent plus abondamment en Canada qu’en France, parce qu’il y a moins d’objets et de sujets capables de prendre le cœur. Mais hélas ! ma très bonne Mère, je suis tout l’objet et tout le mal de moi-même. Il n’en est pas ainsi de tous les autres ; j’y vois des âmes si épurées de tout, qu’il semble qu’elles ne soient plus de la terre, Dieu les conduisant dans un dénuement si grand, qu’il semble qu’elles ne tiennent plus qu’à Dieu. Il opère en elles ce dégagement d’une manière si admirable, qu’elles ne connaissent plus rien que leur néant dans cet unique Tout.

Le bon Père Le Jeune, que vous avez vu, est de ceux-là, et je ne m’étonne pas que vous en ayez eu la satisfaction que vous dites, puisque selon la parole de notre Maître, la langue rend témoignage des sentiments du cœur4. Il m’a parlé de vous et de votre sainte famille, de laquelle il est très satisfait : surtout il m’a parlé de votre bonne religieuse de laquelle aussi vous m’écrivez. Nous vous avons une très grande obligation de nous aimer jusqu’à ce point de nous la vouloir donner ; mais pour le présent nous avons quelques raisons pour lesquelles nous ne pouvons faire passer des filles cette année5. Nos Mères d’Angers nous ont fait la même

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